Amandine Auffret
écrit à

   


Louis XIV

     
   

Sire mon bon Roy

    Sire,

Mon nom est Amandine. À mon époque, je suis une jeune fille comme les autres, issue d'une famille qui fut noble et d'une famille de paysans bretons. Je voulais avant tout vous communiquer ma forte admiration pour vous et vous dire à quel point je suis outrée de voir la présentation qui nous est faite lors de notre éducation. On vous fait passer pour un roi sans coeur alors que tout de même vous avez un coeur... Bien sûr, vous avez fait des erreurs, qui n'en aurait pas fait? Mais de là à dire que vous avez été cruel, oh grand Dieu non!

Je voulais vous demander: en avez-vous beaucoup voulu à Monsieur Mazarin et à votre défunte Mère lorsqu'ils vous séparèrent, vous et Marie? Aviez-vous d'autres amours avant elle?

Si vous deviez décrire Madame de Maintenon, comment le feriez-vous? Comment éduquait-elle vos enfants? L'aimiez-vous plus fort que Marie Mancini, moins fort ou pareillement?

Avez-vous entendu parler de la comédie ballet Le Roi-Soleil qui retrace votre histoire magnifique? Qu'en pensez-vous? Est-ce que les personnes qui jouent votre rôle et ceux de votre maîtresse et vos deux autres amours vous plaisent? Et le duc de Beaufort? Était-il ainsi?

Comment était la vie à Versailles? Était-ce compliqué? Pourquoi ne se lavait-on pas? Quel était le langage que vous utilisiez? Vouvoyiez-vous tout le monde? Ou peut-être tutoyiez-vous votre famille? Auriez-vous préféré vivre sous notre époque? Comment conceviez-vous la Bretagne?

On dit que vous étiez éperdu d'amour pour vos maîtresses. Était-ce ce vrai pour toutes? Ou seulement pour quelques-unes? Connaissiez-vous le violon à votre époque? (c'est l'instrument dont je joue.) Comment auriez-vous réagi si l'une de vos filles vous avait dit qu'elle refusait de se marier à tel ou tel homme?

Sur ce, Sire, je me dois de me retirer. Une jeune fille de treize ans a un dur travail à accomplir... Sire, recevez sans plus tarder mes mille pensées, tous mes sentiments vont vers vous.

Amandine Auffret
(descendante lointaine d'une princesse ayant vécu après votre génération, après même la Révolution. Je ne sais pas si dans sa famille, il y eut des princes que vous connaissiez. Les révolutionnaires brulèrent nos archives...)




Mademoiselle,

Si l'on me despeint tel que vous le descrivez, cela est bien malheureux et je plains vostre espoque de ne pas savoir reconnaistre la grandeur. Heureusement, il semble que ce ne soit point le cas de tout le monde.

Pour respondre à vos questions, je vous diray d'abord que je ne compris point, ou plutost que je ne voulu point comprendre tout de suite les raisons de l'éloignement de Marie. Mais je n'en voulu point ni au Cardinal, ni à ma mère. Je savois qu'ils avoient raison. Un Roy ne s'appartient point et il se doit entier à ses sujets. La paix du royaume despendoit de mon mariage et je ne pouvois me permettre de la compromettre. Je vous asseure l'avoir considéré, mais je revins fort heureusement à la raison. Bien que j'eusse connu l'amour avant Marie, ma relation avec elle n'avoit rien de comparable.

Madame de Maintenon est une femme exceptionnelle. Je me plais à luy donner le surnom de «Vostre Solidité». Elle a su très bien éduquer mes enfans, et l'amour qu'elle leur portoit et leur porte encore aujourd'huy prouve que le choix d'en faire leur gouvernante fut un excellent choix. Les sentiments que j'ay pour sa personne ne peuvent estre comparés à ceux que j'ay eus pour Marie, ou qui que ce soit d'autre.

Je n'ay point entendu parler de cette comédie-ballet dont vous me parlez ici, mais vous me voyez heureux de constater que cet art existe encore de vostre tems.

Vous me questionnez aussi sur la vie à Versailles et me demandez pourquoi l'on ne se lave point.  Ne savez-vous point que l'eau peut nuire à la santé? Si vous vous lavez, les miasmes de l'air peuvent entrer par les pores de vostre peau, tout comme les maladies qui peuvent se trouver dans l'eau. L'on se lave les mains et le visage régulièrement, avec de l'eau froide, qui est moins nuisible que l'eau chaude.

Le langage que l'on parle est le françois.  Le vouvoyment et le tutoyment sont utilisés tous les deux, selon le cas.

Ne connaissant point vostre espoque, je ne peux me prononcer sur la question que vous me posez, à savoir si j'aurois préféré y vivre. Mais je ne le crois point. Dieu m'a placé où je devois estre.

La Bretagne est un estat qui fait partie du royaume et mes sujets de la Bretagne sont aussi importants à mes yeux que tous mes autres sujets.

Le violon est connu et joué régulièrement. On utilise aussi des violons de pochette. Les connaissez-vous?

Les mariages des princes et princesses sont des alliances et non des mariages d'amour. Mes filles se sont soumises à cette exigence, comme elles le devoient. Cela est leur devoir.

Voilà, Mademoiselle, les responses à vos questions. N hésitez point à m'escrire de nouveau si vous en avez d'autres.

Louis




Tout d'abord, Votre Majesté, je vous remercie... Oui, les comédies-ballets existent encore mais sous le nom de comédies musicales.
 
Je ne connais point les violons-pochettes... cela n'existe plus. Les temps ayant évolué, nous sommes passés à des violons très sophistiqués, pour certains.

J'aimerais savoir: avez-vous entendu parler de la famille De Noailles? Ce sont mes parents éloignés. Enfin, je ne sais pas si cette famille existait déjà à cette époque mais je pense que oui.

Pourrais-je savoir le nom de ce premier amour avant Marie? Sauf si vous désirez le tenir secret, ce que je comprendrais.

Quel était votre fils préféré parmi tous ceux que vous avez eu? Votre fille préférée?

Merci Sire... Avec toute mon affection.

Votre dévouée Amandine




Mademoiselle,

La disparition des violons de pochette est très dommage. Ceux-ci pouvoit estre très utile pour les musiciens.

Les Noailles existent bel et bien et vous serez sans doute heureuse d'apprendre que cette famille compte des membres illustres, qui surent se distinguer par leur zèle à mon service. Je pense ici au mareschal de Noailles et à son père, qui fut capitaine de mes gardes du corps.

Si je connus l'amour avant Marie, je ne pourrois vous nommer de nom. Non point que je souhaite les taire, mais plutost que l'amour que je connus ne peut pas se nommer avec un nom de femme.

Je n'aime point à me prononcer sur l'amour que je porte à mes enfants, chacun estant particulier.

Je vous donne le bonjour,

Louis




Sire,

Veuillez croire à ma fierté, lorsque j'ai vu que vous m'aviez répondu.

Je suis enchantée de savoir que les Noailles existaient à cette époque. En effet plus tard, après votre règne, les archives familiales furent brûlées car nous étions une famille de nobles. J'ai encore une question, enfin non, plusieurs, je crains de devoir vous importuner!

1. Si votre fils, le Duc Du Maine avait aimé une simple noble, sans dot, mais fort ravissante, comment auriez-vous pris la chose? L'auriez-vous laissé faire?

2. On dit que vous étiez toujours le préféré de votre mère, est-ce vrai? Quels rapports aviez-vous donc avec votre frère? Comment était-il? Était-il gentil, méchant? Timide ambitieux?...

3. Pourquoi avoir confié la charge de Ministre des Finances à un bourgeois? Il me semble avoir entendu dire que vous n'aimiez pas les bourgeois?

4. Pourriez-vous m'en dire un peu plus sur la famille De Noailles?

Merci Sire de tout coeur.

Amandine




Mademoiselle,

Pour respondre à vostre première question, mes enfans, comme moi-mesme à l'espoque, ne peuvent suivre leur coeur en ce qui concerne leur mariage. Ces unions sont avant tout des alliances.

Je ne crois point avoir esté le préféré de ma mère. J'estois le Roy et ma mère me devoit le respect comme au Roy. Ce qui ne l'empeschoit point de me gronder quand je le méritois!

Mon frère et moy avons toujours eu d'excellent rapports, malgré ses extravagances. Il estoit gentil, oui, et n'estoit point ambitieux.

Je ne sais point de quel bourgeois vous parlez. Ceci dit, j'aime tous mes sujets, comme un père aime ses enfans.

En ce qui concerne la famille de Noailles, je vous laisse vous-mesme faire vos recherches, en vous souhaitant bonne chance. Si vous descouvrez des choses et que des questions plus précises vous viennent à l'esprit, il me fera grand plaisir d'y respondre.

Je vous donne le bonjour, Mademoiselle Amandine,

Louis




Merci Sire pour toutes ces précisions.

J'espère que vous allez bien... Mais je crains de ne rien trouver sur ma famille, ceci dû à la Révolution française, en 1789!

Je voulais vous remercier de votre sympathie, qui me touche au plus profond de mon coeur.

Vous m'avez parlé de violons pochettes, pourriez-vous me dire ce que c'était? Sire, je ne veux point vous importuner c'est pour cela que je vous laisse.

Votre dévouée sujette à travers les temps,

Amandine



Mademoiselle,

Un violon de pochette est un tout petit violon qui se range dans une pochette. On peut le transporter très facilement.

Je vous donne le bonjour,

Louis




Sire, merci bien.

Mais de nos jours, nous avons des étuis afin de transporter nos violons, ce qui est fort pratique...

Votre lecture m'est toujours bien agréable et je vous assure que j'attends ces missives avec joie.



Mademoiselle,

Les estuis existent aussi à mon espoque mais cela reste encombrant. Je vous asseure que les violons de pochette ont leur utilité.

Je vous donne le bonjour,

Louis



Mais je ne mets absolument point en doute votre parole qui, je vous l'assure, ne peut l'être. Cependant, l'évolution est arrivée, ce qui permet un encombrement minimum, voyez-vous?

Votre altesse, une question me turlupine l'esprit. Voilà, je désirais savoir: à votre époque, les femmes avaient-elles le droit de chanter en public?

Mademoiselle,

Les femmes ont non seulement le droit de chanter en public, mais cela seroit bien dommage qu'elles ne le fissent point.


Louis