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Nicole
écrit à

Louis XIV


Petits détails


   

Majesté,

Voilà quelque temps que je n'ai eu le plaisir de venir discuter un peu avec vous.

Lors du décès du cardinal Mazarin, je sais que beaucoup de ministres ont espéré prendre sa place. Est-il exact que votre parrain avait prolongé votre enfance et qu'il ne vous instruisait que depuis peu des affaires de l'État?

Dès ce mois de mars 1661, vous supprimez des charges militaires pour progresser vers l'étatisation de l'armée et un conseil royal des finances est fixé au 15 septembre 1661, donc après l'arrestation de Fouquet; il y a-t-il là une raison de cause à effet?

J'aurais beaucoup d'autres questions mais je ne voudrais abuser ni de votre temps ni de votre fatigue.

Une réponse, Majesté, serait pour moi pain bénit. Croyez en mon profond respect,

Nicole

P.-S.: une petite anecdote pour terminer. Est-il exact qu'un de vos laquais devait frotter vos couverts avec de la mie de pain et la manger ensuite (en cas de poison)? Les livres qui vous sont consacrés racontent tellement de choses...



Madame,

L’on me dit qu’à vostre espoque, l’on parle de «premier ministre», mais à la mienne, il est question de «principal ministre» et non point de «premier ministre». Ce point estant éclairci, j’ay fait part de mon désir de régner seul immédiatement après la mort du cardinal Mazarin. Ceux qui ont pu espérer me voir faillir ou changer d’idée, ont dû bien vite deschanter. Je peux aussi vous assurer qu’il est faux de dire que feu le cardinal Mazarin ne m’a que peu instruit des affaires d’Estat. Si j’ay laissé mon parrain en charge de mes affaires si longtems, cela est que je le voulois bien. Aussy, connoissois-je bien mes affaires lorsque je les pris moi-mesme en main pour de bon.

En mars 1661, l’arrestation de Nicolas Foucquet n’estoit point encore une chose décidée ou prévue. Cependant, il me paroissoit bien évident que je me devois de bien reprendre en main mes affaires en prenant moi-mesme en charge les conseils, dont le conseil des Finances. Dans les mois qui suivirent la mort du Cardinal, j’appris à mieux connoistre Foucquet et fus mit au courant de ses agissements. Son arrestation, lorsqu’elle fut décidée, mit un terme à cela et ne fit que confirmer la bonne décision que j’avois prise de moi-mesme m’occuper des mes affaires.

Quant à l’anecdote que vous me demandez, je puis vous dire que tous mes plats estoient goustés avant que l’on me les serve. S’il y avoit eu du poison sur les plats, sans doute se seroit-il retrouver dans ma nourriture. C’estoit donc là le rosle des gousteurs.

J’espère, Madame, avoir le plaisir de vous lire à nouveau.

Louis
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