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Classe de lycéens de Zurich
écrit à

Louis XIV


Noël (2)


   

Sire,

Nous sommes une classe de lycéens curieux de mieux connaître votre vie. Après avoir longtemps discuté sur votre époque, qui nous semble parfois bien étrange, nous avons décidé de vous poser les questions suivantes:

1) On a vu que vous portez toujours des hauts talons et des perruques. Pourquoi faites-vous cela? Et est-ce que vos vêtements sont confortables?

2) Quelles sont vos relations avec vos enfants, les légitimes et les illégitimes?

3) Si vous pouviez changer de vie pour un jour et devenir un de vos sujet, que feriez-vous pendant ce jour?

4) Comme la fête de Noël s'approche, nous aimerions bien savoir comment vous fêtez ce jour? Plutôt dans l'intimité de la famille ou avec tous vos courtisans?

Avec nos salutations les plus distinguées,

Quatorze très humbles sujets



Bonjour à vous tous,

Mon espoque vous semble estrange? Puis-je vous demander ce que vous trouvez d’estrange? Je vous avoue que, de mon point de vue, vostre espoque me semble définitivement très estrange! Mais je ne m’en inquieste point. Les tems changent…

Il me fait grand plaisir de respondre à vos questions. J’y respondray dans le mesme ordre dans lequel vous me les escrivez.

Dans ma jeunesse, j’estois reconnu pour avoir une chevelure magnifique. Mais à mon grand malheur, je me mis à perdre mes cheveux et ce, assez jeune. Je garday d’abord mes cheveux longs et l’on me fit des perruques avec des trous dans lesquels je pouvois passer mes propres cheveux. Mais le tems passant et les cheveux tombant, je dus me résigner à les tenir courts et à ne porter que des perruques. Voilà pourquoi vous me voyez avec de majestueuses perruques sur les portraits qui vous sont parvenus. Quant aux hauts talons, il y a là une questions de hauteur et de mode. Je considère mes vestements assez confortables.

Peut-estre n’estes-vous point sans savoir que le malheur m’a frappé durement dans les dernières années? J’ay d’abord perdu mon fils, puis mon petit-fils et sa femme, mon arrière-petit-fils et finalement, mon troisième petit-fils. De ma nombreuse descendance légitime, il ne me reste qu’un arrière-petit-fils, asgé maintenant de cinq ans. Il m’est donc difficile de respondre à vostre question. Lorsque mon fils vivait, mes relations avec luy estoient bonnes. J’entretiens aussy de bonnes relations avec mes enfans légitimés.

Que voilà une excellente question, et qui me fait bien sourire! Je crois que je marcherois librement, dans les rues, les champs et par les chemins, seul. Je ne sais point, cependant, si cela me conviendroit bien longtems! Je n’aime point du tout la solitude et je m’ennuie bien rapidement! Peut-estre en profiterois-je pour apprendre un mestier que je ne connois point.

Vous savez, Noël est avant tout une feste religieuse. Évidemment, nous celebrons la naissance du Christ et cela donne lieu a des ceremonies particulières. La plus belle vaisselle est utilisée, tout se doit d’estre magnifique. Mes correspondances passées avec vos contemporains m’ont fait croire que cela n’est plus tout à fait le cas pour vous en vostre temps. Aussy, l’intimité ne fait pas partie de la vie d’un Roy.

J’espère avoir su respondre à vos questions et avoir le plaisir de vous lire de nouveau,

Louis


Majesté,

Nous avons été très honorés de recevoir une réponse de votre part. Puisque les vacances de Noël approchent à grands pas, nous n'aurons pas l'opportunité, dans l'immédiat, de faire suite à notre correspondance. Mais un de vos humbles sujets -le plus brillant, à vrai dire- aimerait quand même bien savoir où diable! vous avez appris à écrire des courriels. Cela tient de la sorcellerie! On était fermement convaincu que l'invention du courrier électronique faisait partie de NOTRE époque!

Très humblement,

Vos quatorze sujets helvétiques


Messieurs,

Vous me demandez où j’aurois appris à escrire des «courriels». Quel est ce mot, je ne le connois point? Comme il ressemble au mot «courrier», je desduis de vostre question que vous me demandez comment il se fait que je puis vous escrire, à vous qui venez d’un tems si lointain? Si cela est bien le cas, ma response risque de vous décevoir: je suis aussy ignorant que vous sur ce sujet. Je sais seulement que je suis bien icy, à Marly, en ce mois d’aoust 1715, et je vous escris avec les moyens de mon tems. Je termine ma lettre et je la cacheste moi-mesme avec un sceau particulier qui m’est venu de Dialogus. Je la dépose non loin et je me mets à l’escriture d’une nouvelle response. Lorsque je dépose cette nouvelle response, la précédente n’y est plus.

Je ne sais comment nommer ce phesnomesne, mais j’ose croire qu’il s’agit là de la volonté de Dieu et non point d’une sorte de diablerie. Auquel cas, je refuserois net de me prester à cette expérience, vous pouvez m’en croire! Mais l’on m’a assuré qu’il ne s’agit point ici de sorcellerie et je veux bien le croire, pour le plaisir que cette expérience me procure.

Je vous donne le bonjour,

Louis
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