M. Lamotte-Piquet
écrit à

   


Louis XIV

     
   

Nicolas Fouquet (2)

   

Sire,

Pouvez-vous m'expliquer pourquoi vous avez incarcéré le gentilhomme Fouquet. Ce dernier était un homme de grande valeur au service de Sa Majesté et du royaume.

Je sais parfaitement que votre contrôleur, l'austère Colbert, était méprisant envers M. Fouquet. Sans vouloir vous contredire, vous n'avez pas fait confiance à la bonne personne.

Fouquet aurait fait un meilleur conseiller que votre ami dieppois. N'en déplaise à Sa Majesté, la polyvalence d'un Fouquet aurait fait du royaume de France un véritable empire colonial au détriment de vos «cousins» anglais. Au lieu de cela, votre jalousie (et celle de Colbert) envers la fortune de M. Fouquet aura fait de votre royaume «un colosse aux pieds d'argile», la France se renfermant sur elle-même avec son mercantilisme à outrance et son économie rigide. Fouquet possédait les aptitudes libérales qui auraient permis à votre royaume de connaître le succès dans l'aventure coloniale.


Un autre point négligent envers Votre Majesté aura été sans contredit d'avoir révoqué l'Édit de Nantes habilement instauré par votre grand-père Henri. Par votre intolérance et votre nombrilisme, Votre Majesté a fait de la colonie aux Amériques un échec retentissant. Votre obstination de ne vouloir peupler la colonie que de bons catholiques aura fait de la Nouvelle-France une colonie essoufflée, sans l'apport des huguenots: un groupe besogneux et instruit.

Monarchiste convaincu, partisan de la noblesse, je m'indigne de votre étiquette et de vos frivolités de Versailles. Vous auriez dû prendre exemple sur votre père qui a su écouter son plus fidèle allié, Richelieu. Votre obsession de vouloir tout contrôler ruinera votre royaume.

M. Lamotte-Piquet


Monsieur,

Fouquet? Un homme de grande valeur pour mon service et celuy du royaume? Sans doute ne parlons-nous point du mesme Nicolas Fouquet, celuy qui s’enrichit de façon démesurée sur le dos de mes sujets? La jalousie de Colbert, vraie ou non, n’a rien à y voir.

Le travail effectué avec Colbert auprès de mes colonies est admirable. Ces dernières n’ont jamais reçu plus d’habitans que sous mon règne. Il reste du travail à faire, mais cela ne se compare en rien à l’estat où elles se trouvoient lorsque je pris moi-mesme mes affaires en mains.

Vos insinuations sur l’incapacité des catholiques sont déplorables. De plus, la Nouvelle-France est une province française et se doit d’être un exemple. Les huguenots n’y ont pas leur place, pas plus qu’ils ne l’ont ici.

En ce qui concerne vos accusations de frivolité de Versailles, j’avoue ne point sçavoir de quoy vous me parlez. Versailles représente la grandeur du royaume, à l’intérieur de celuy-cy, comme à l’extérieur.

Louis