Misère du peuple
       

       
         
         

Catherine

      Roi-Soleil,

On dit que le XVIIe siècle a été un grand siècle à cause de votre règne. Vous avez construit le château de Versailles et vous viviez dans l'opulence. Pendant ce temps, votre peuple mourait de faim, vivait dans des conditions exécrables et était victime de multiples épidémies. Pourquoi ne l'avez-vous pas aidé? Pour être un grand roi, ne faut-il pas satisfaire son peuple?

Catherine

(P.S. répondez-moi vite S.V.P.)

 

       
         

Louis XIV

      Madame,

Où prenez-vous cette idée que mon peuple meure de faim pendant que je vivrois dans l'opulence? Et où prenez-vous que je n'aie point aidé mon peuple? Il est bien entendu que certains tems sont plus difficiles que d'autres, qu'il y eut et qu'il y aura encore des famines dans le Royaume et que certains de mes sujets ont faim. Mais je m'efforçai toujours de les soulager le plus qu'il m'estoit possible de le faire, selon les circonstances. Quant à mon opulence, sachez ceci: la richesse et le luxe de Versailles représentent le pouvoir, la richesse et la grandeur du royaume, à l'extérieur comme à l'intérieur.

Si vous avez d'autres questions, n'hésitez point à les poser.

Louis
         
         

Catherine

      Louis XIV,

Tout d'abord, merci de m'avoir répondu.

Pour ma part, je crois plutôt que le pouvoir, la richesse et la grandeur d'un royaume résident au sein du peuple et non dans l'acquisition des plus somptueux châteaux. Un peuple heureux ne fait-il pas une nation plus forte (je suis consciente que ce n'était qu'une partie de la population mais tout de même)?

De plus, on dit que vous étiez un mécène très dispendieux: vous collectionniez l'art, vous avez fait les jardins de Versailles et vous avez agrandi le château. Vous organisiez de grandes réceptions et gardiez en pension de nombreux artistes. Au lieu de dépenser cet argent de cette manière, n'auriez-vous pas pu les aider encore plus que vous ne l'avez fait?

Je suis tout à fait consciente que vous avez été un grand roi.
(répondez-moi vite SVP)

Catherine
         
         

Louis XIV

      Madame,

Où voyez-vous que j'aye dit que la grandeur d'un royaume résidoit dans l'acquisition de chasteaux? D'abord, une précision: je n'ay acquis aucun chasteau. Les chasteaux que j'habitai sont les chasteaux de mes ancestres. Je fis construire Versailles à partir d'un pavillon de chasse du Roy mon père et je fis aussi construire Marly. Pour les autres, comme Compiègne, Fontainebleau et j'en passe, ces chasteaux existaient depuis bien longtems avant moy: tout au plus les ai-je entretenus ou quelque peu améliorés.

Vous ne semblez pas comprendre un principe politique pourtant bien simple: la grandeur d'un royaume repose sur plusieurs aspects différens et un de ceux-là, et non le moindre, est la richesse que peut et que se doit de démonstrer le royaume. Ou si vous préférez, la force et la stature d'un royaume se mesurent à l'aune de sa splendeur, et cela comprend les bastiments et les richesses qui sont déployées. Elles le sont dans le but d'impressionner les autres Estats et leurs dirigeants, comme dans celuy de démonstrer la force du royaume à l'intérieur mesme de celuy-ci. Tant de splendeur ne peut qu'impressionner, que faire sentir aux autres Estats toute la puissance et la force de la France. De plus, j'aimerois bien savoir où vous allez chercher que mon peuple ne soit point heureux.

L'argent dépensé à Versailles, dans les bals, ballets, opéra, spectacles et réceptions de tout genre est non seulement bien investi mais nécessaire. Outre les raisons que je vous mentionne plus haut, le bon goust françois n'est-il point reconnu aujourd'huy dans tous les Estats de l'Europe et mesme au-delà? L'influence de la France n'en est que grandie et cela ne peut qu'estre avantageux pour tous ses habitans, qu'ils soient nobles ou roturiers, et de quelques autres estats qu'ils soient.

En ce qui concerne les divertissemens, ils ont aussi le grand avantage de retenir les courtisans à la Cour, près de moy, d'où ils ne songent point à comploter.

Un Roy, ou tout autres chef d'Estat qui ne se préoccuperoit que d'un aspect et en négligeroit d'autres tout aussi importants, ne pourroit que rendre de mauvais services à son Estat et ses habitans. Le gouvernement d'un royaume ne se limite jamais à seulement un aspect. Dans le cas qui nous concerne ici, la grandeur du royaume par la démonstration de sa richesse, et par le fait mesme de sa force, est tout aussi important que n'importe quels autres aspects, et je dirois mesme tous les autres aspects et domaines du gouvernement de l'Estat.

Louis