Luxe et misère
       

       
         
         

Gut

      Votre majesté,

Je me présente à vous car une question trouble mon esprit. On m'a toujours présenté votre majesté comme un grand roi, grand par sa puissance, par son pouvoir, par sa durée, par ce qu'il a laissé en patrimoine architectural et culturel.

Des gens se pressent de par le monde pour visiter votre demeure en Versailles et ma foi, des gens ayant fort peu de noblesse, des roturiers, comme votre serviteur que je suis. Mais c'est chaque fois un grand plaisir que de voir flâner dans les jardins de Versailles. J'ai toujours été admiratif de l'image que vous aviez laissée. Et j'ai été très fier d'apprendre que ma ville natale était aussi la vôtre. Ce qui ne me met pas à votre hauteur, bien entendu.

Cependant je trouve inadmissible la manière dont vous avez traité votre peuple au profit de la grandeur de la France. Certes les idées d'aujourd'hui ne sont pas celles de votre époque (fort heureusement) mais ne vous est-il jamais arrivé de vous dire que vous auriez pu naître de sang populaire, plutôt que de sang royal?? Ne vous êtes-vous jamais demandé comment vous auriez réagi si vous étiez à la place des paysans de vos campagnes vivant dans la misère pendant que vous barbotiez dans le luxe? Les palais et citadelles que vous avez fait construire pour la gloire et la grandeur de la France, ne doivent pas faire oublier le malheur qui les entourait!! J'espère que vous en êtes conscient et que maintenant que le peuple est roi, j'espère que vous y repensez avec remords.

Salutations bien basses,

Gut, homme du peuple

 

       
         

Louis XIV

      Monsieur Gut,

Pour respondre à vos questions, il me faut d'abord vous dire ceci: les Roys ne choisissent point de naistre roys. Dieu seul fait les roys et c'est Lui qui les fait naistre où ils doivent estre.

La grandeur de la France est indispensable au bonheur de mes sujets. Ne pensez point que je ne suis conscient de leurs souffrances et de leurs malheurs. Ils ont connu et connaistront malheureusement encore la famine, les maladies et les guerres. Ne pensez point que je ne fais rien pour les soulager, bien au contraire. Différentes mesures ont esté mises en place au cours des années pour aider au soulagement des souffrances endurées par mon peuple. Mais nous ne sommes jamais à l'abri des soubresauts de la nature et des mauvaises récoltes. Dieu seul a le pouvoir sur ces choses-là. Mon plus grand bonheur et ma plus grande joie sont de voir mon peuple heureux. Un royaume de France grand, puissant et bien défendu ne touche pas seulement à la grandeur de la France mais aussi au bonheur de mes peuples qui en retirent toutes sortes d'avantages.

Le luxe et la grandeur de mes chasteaux et de mes domaines représentent le luxe et la grandeur de la France. Il est important que les estrangers voient et admirent ce luxe et cette grandeur, cela attire le respect et démontre la force du royaume. Cela va de pair encore une fois avec le bonheur de mon peuple.

Voilà, Monsieur, les responses à vos questions,

Louis