Louvois et les camisards
       

       
         
         

H.P.

      Bonjour Majesté,

Lorsque vous avez entrepris de persécuter les huguenots des Cévennes, est-il vrai que votre ministre Louvois vous cachait la cruauté dont il faisait preuve avec eux, par l'intermédiaire de Lamoignon et autres Villars, et qu'il ne faisait «que» les exécuter sans les torturer auparavant. Louvois savait en effet, comme bon nombre de vos ministres et fidèles, que vous aviez peur de l'enfer et que, pour cela, vous vouliez vous donner bonne conscience en agissant le plus modérément possible dans toutes les affaires religieuses.

Merci de me répondre, Majesté.

H.P.

 

       
         

Louis XIV

      Monsieur,

Je vois dans la révolte des Cévennes bien plus qu'une révolte huguenote. C'est avant tout une révolte contre mon autorité et cela ne peut et ne doit estre toléré d'aucune façon. On m'informoit régulièrement de la situation et il est certain que quelques cruautés ont inévitablement esté commises sur place par mes gens dans le but de master cette révolte. Soyez assuré cependant que j'ay toujours désiré que l'on agisse avec modération et que mes ordres sont toujours allés dans ce sens. Je rejetai plusieurs avenues qui me parurent aller trop loin. Certains vouloient agir avec une dureté extresme envers ces révoltés. Je pense entre autres au mareschal de Montrevel qui me suggéra tout de bon de mettre à mort tous les huguenots de cette région. Je m'y opposai fermement et optai plutost pour le razement du pays et la desportation de ses habitants, que je jugeai préférable. La modération n'empesche point la fermeté. Dans ce cas particulier, il falloit agir avec fermeté, d'autant plus que les actions des révoltés nescessitoient d'agir de cette façon. Ceux-ci pilloient les églises et tuoient sans retenue les catholiques dans les villages, autant les femmes enceintes que les enfants. Ce genre de révoltes armées, qu'elles soient huguenotes ou non, ne peut estre tolérée.

Voilà, Monsieur, la response à vostre question. N'hésitez point à m'en faire parvenir d'autres si vous le souhaitez.

Louis