Marie Mancini
écrit à

   


Louis XIV




Lettre d'une vieille amie

   

Votre Majesté,


Je me souviens d'un jour particulièrement ensoleillé; je me tenais debout sur un balcon, entourée de personnes magnifiquement vêtues. En contrebas de ce balcon, une foule dense avait envahi les rues.

Subitement, une clameur s'éleva, monta jusqu'à nous. Je me penchai pour mieux voir et voilà qu'apparut au loin l'un des plus magnifiques cortèges qu'il me fut donné de voir. Des carrosses recouverts de dorures, tirés par de splendides chevaux dont la robe brillante luisait au soleil. Des soldats parés de leurs plus beaux atours et tant d'autres belles choses que mes yeux en furent éblouis.

Tous attendaient l'arrivée du roi et de sa jeune épouse avec fébrilité. Au moment où vous saluâtes la foule, des cris se firent entendre, les exclamations se répandirent comme des feux follets. Comme celui de tout le monde, mon visage exprimait de la joie mais, comme personne, mon cœur exprimait du désespoir.

Ce fut l'une des dernière fois que je vous aperçus. Peu de temps après, j'épousai le Prince Colonna et partis pour Rome.

Un jour, ma sœur Hortense et moi arrivâmes aux frontières de la France pour vous demander l'hospitalité. Votre refus me fit plus de mal que tous les exils du monde. Je ne pouvais comprendre que votre âme se fût ainsi glacée à mon égard. Certes, vous étiez roi mais n'étiez-vous plus mon ami? Il semblait que non.

Il me fallut l'effet apaisant du temps qui passe sur les évènements pour comprendre. Vous ne pouviez vous permettre certaines choses de par votre statut, vos préoccupations. Ne croyez pas que cela rende ma déception moins vive, elle n'a fait que devenir plus inévitable encore.

Depuis, nos vies ont continué à se dérouler, avec des hauts et des bas mais sans qu'elles ne se recroisent. Il m’arrivait quelquefois d'avoir de vos nouvelles mais vos mots ne vinrent plus jamais m'informer directement.

Vous ne pouvez imaginer ce que je ressens à l'instant alors que je couche ces mots sur le papier, ces mots qui par cette étrange chose qu'est Dialogus vous parviendront. Dans mes songes les plus incroyables je n'aurais jamais pu imaginer vous écrire à nouveau. Sachez que je ne souhaite maintenant pour vous que de la joie, de l'apaisement. Vous le méritez mieux que quiconque.


Voici donc quelques mots écrits par une vieille amie qui ne vous oubliera jamais.

Marie Mancini, connétable de Naples


Madame,

La magie de Dialogus, qui nous permet de nous escrire aujourd’huy, me surprendra toujours.

Ce rappel me touche, Madame. Je vois que vous avez bien compris mes actions à vostre égard. Les rois n’ont point d’amis. Ils se doivent tout entiers à leurs sujets et à Dieu; vostre présence en ce royaume n’auroit fait que nuire à mon devoir.

Je ne vous souhaite que de bonnes choses, Madame. Rien de ce que j’ay pu faire n’a esté fait contre vous.

Je vous donne le bonjour,

Louis