Louise de la Vallée
écrit à

   


Louis XIV




Lettre de reconnaissance

    Cher Louis,

Permettez que je vous appelle Loulou... Non pas que je souhaite vous vendre du parfum, mais je pense que les sobriquets à deux syllabes identiques sont tout à fait propices au rapprochement, et je souhaite instaurer entre nous deux une relation de confiance.

Par ce courrier, je voulais vous faire parvenir ma reconnaissance. Vous ne pouvez vous douter à quel point vous avez changé ma vie, et ce malgré le fait que sous votre règne, plusieurs de mes aïeuls soient morts de faim par votre faute, mais aujourd'hui mon frigo est rempli, je n'ai donc aucun grief envers vous... (L'esprit de famille a toujours été une grande qualité chez moi).

Je ne peux m'empêcher de penser à vous lorsque je suis devant mon miroir, lorsque je me remets du masque à rats. Parfois je mets derrière moi, légèrement en biais un autre miroir, parfois trois, afin de recréer l'effet d'abîme présent dans votre Galerie des Glaces de Versailles (drôle de nom que vous avez trouvé là, pour une Galerie qui ne vend aucun Magnum ou Mr Freeze).

Je m'arrêterai là, ayant bien conscience que vous n'avez que peu de temps à me consacrer, moi qui suis si loin de vous, à tant de kilomètres et tant d'années... Je n'en reste pas moins votre admiratrice, quand bien même je condamne fermement votre politique intérieure et extérieure, qui a fait tant de morts et laissé quatre-vingt-dix pourcent de vos sujets dans une misère noire... Telle la couleur de la peste de la fin des années 1340. Mais je m'égare, car là je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Et pour moi vous gardez l'éternelle fraîcheur de vos jeunes années.

Je vous souhaite un bon repos, Loulou, et espère avoir de vos nouvelles bientôt. Si vous pouviez passer le bonjour à Racine, Boileau, et Le Nôtre (qui n'est pourtant pas mien), je vous en serais fort reconnaissante.

Louise

Madame,

Je ne permets point que vous me nommiez autrement que Majesté ou Sire. Je n'ay point besoin de ce genre de sobriquets pour vous respondre et au contraire de l'effet que vous recherchez, cela me pousse à ne point accorder ma confiance. Je ne respondray pas à vos vaines accusations qui d'ailleurs ne sont pas trés claires et vous prie d'apprendre les régles de base de la vie en société, et à plus forte raison la façon de vous adresser au Roy, si vous pensez de nouveau vous adresser à moy.

Louis