Thuy
écrit à

   


Louis XIV




Les «hérétiques»

    Vraiment, je suis choquée! Je viens d'apprendre que vous avez chassé des milliers de Protestants hors du royaume de France! Mais qu'est-ce qui vous est passé par la tête? Bon sang, mais ce sont des gens normaux! Ils n'ont peut-être pas la même religion que vous, mais cela ne fait pas d'eux des monstres!

Je ne vous comprends plus. Peut-être êtes-vous le roi Soleil, mais votre cerveau ne marche plus très bien! Je suis révoltée, mon cher, et vous avez intérêt à me répondre! Donnez-moi une explication à ce massacre, justifiez-vous!

Une historienne très mécontente


Madame, 
 
Comme vous vous emportez! Cela n'est ni séant, ni approprié à la circonstance.
 
La révocation de l'Édict de Nantes est le geste qui fut sans doute à ce jour un des plus importants posés durant mon règne et qui réjouit mon peuple tout entier, tout autant que moi-mesme. Plusieurs raisons m'ont poussé à révoquer cet edict que le roy mon grand-père avoit promulgué. Celui-ci avoit lui-mesme esté un disciple de la religion prétendue réformée avant de se convertir définitivement au catholicisme quelques années après son accession au trosne de France. La situation politique d'alors nécessitoit un edict comme celui de Nantes pour asseurer la paix à l'intérieur du royaume, paix bien nécessaire après tant d'années de guerres civiles. Les huguenots s'étoient aussi montrés fidèles envers le feu roy mon grand-père dans plusieurs situations et il avoit pour eux de la compassion. Cela n'empescha point qu'il ne s'applique à tenter de convertir les huguenots de son entourage et du royaume. Mais son attachement envers son ancienne religion et ceux qui la pratiquoient, tout comme le contexte politique du moment, demandoit un Edict comme celui de Nantes qui accordoit certains privilèges et une certaine protection à ceux de la RPR.

Mais l'unité religieuse du royaume ne peut se faire qu'avec une seule religion et de tels privilèges ne pouvoient que nuire. Je ne doute point que le roy mon grand-père n'eut réussi à ramener ses sujets à la vray foy s'il avoit vécu plus longtems.

Feu le roy mon père eut aussi à subir des révoltes de huguenots qui l'encouragèrent à limiter les privilèges accordés dans l'Edict de Nantes, entre autres en ce qui concerne les places fortes accordées à ces derniers. Mais les guerres incessantes et sa mort prématurée ne lui permirent pas non plus de réaliser l'unité religieuse du royaume comme il l'auroit souhaité.

Quant à moi, j'ay toujours regardé avec beaucoup de douleur l'existence de la RPR à l'intérieur du royaume et j'ay toujours considéré l'unité religieuse comme un élément de première importance. Différentes mesures ont esté mises en place dès le début de mon règne afin de convertir mes sujets de la RPR et de les ramener à la vray foy. Ces mesures furent fructueuses et ce n'est que lorsque j'eus la certitude que les adeptes de la RPR furent en majorité convertis et que l'Edict de Nantes devenoit par le fait mesme inutile, que je pris la décision de promulguer l'Edict de Fontainebleau qui révoquait celui de Nantes.

La RPR fut toujours cause de troubles autant d'ordre religieux que d'ordre politique depuis son apparition dans le royaume de France. C'est une erreur de laisser subsister dans un royaume de potentiels foyers d'agitation et de rébellions. Et quelle plus grande œuvre un Roy pourroit-il accomplir que de restablir la seule vraie religion dans son royaume, religion partagée par tous ses sujets?

Des violences furent commises, me direz-vous, lors de la conversion de certains adeptes de la RPR et envers les nouveaux catholiques. Mais la douceur fut dans tous les cas préconisée et les fauteurs ramenés à l'ordre dans les occasions qui furent portées à ma connaissance, comme dans le cas de l'intendant Marillac. Mes instructions à ce sujet ont toujours esté très claires. Le nombre de conversions justifioit bel et bien la révocation de l'Edict de Nantes qui étoit devenu inutile et qui n'avoit plus sa raison d'estre. L'unité religieuse du royaume le demandoit et il falloit mettre fin une fois pour toutes à toute dissension religieuse.
 
Voilà, Madame, la response que je fais à vostre missive, et que vous me demandez de façon si insolente.
 
Louis


Je vous remercie pour cette explication. Vous avez raison, je n'aurais point dû m'emporter. Mais hélas! Quand injustice il y a, injustice je dénonce! Je ne vous accuse point, n'en prenez pas ombrage. Mon devoir n'est que de connaître la juste vérité. Cela étant dit, je vous assure que je vous considère de nouveau comme l'illustre Roi Soleil. Vous avez fait bien des choses, néanmoins certaines ne peuvent être considérées comme justes. De nouveau, je vous le dis, ce n'est que mon opinion: que vaut-elle à côté de celle de Louis XIV? Je vous admire, Monsieur, pour toutes les choses que vous avez faites.

Je vous salue, et vous souhaite bien le bonjour,

Thuy


Madame, 

Je ne serois point surpris d’apprendre que l’idée de ce qui est juste et de ce qui ne l’est point ait bien changé entre mon tems et le vostre. N’oublions point cependant que seul Dieu a le pouvoir de juger de nos actions et de la justice de celles-ci.

Je vous donne le bonjour,

Louis


Je m'excuse pour l'impertinence de ma précédent missive. Cependant, sachez que je vous admire énormément! Vous avez fait Versailles, avez régné cinquante-quatre ans (est-ce cela? J'ai peur de m'être trompée), et... Vous êtes le Roi Soleil. En découvrant ce site, l'idée de pouvoir entretenir une correspondance avec vous m'a séduite.

Je vous écris donc pour vous faire part de toute mon admiration.

Bien le bonjour,

Thuy


Madame, 

Ne craignez point: je ne prends aucune offense de vos mots. Il me fera grand plaisir de vous escrire encore et de respondre à vos questions.

Louis