Nicole
écrit à

   


Louis XIV




Le plus grand roi

    Majesté,

Trois cents ans nous séparent, mais depuis l'âge de huit ans je vis avec vous par les livres, j'ai maintenant soixante-neuf ans et mon amour est intact malgré tous ces manants qui ne pensent qu'à vous dénigrer, sans penser que notre France actuelle, c'est à vous que nous la devons. Il était impossible à votre époque d'éviter les guerres (nous ne faisons pas mieux), vous aviez compris le danger des aristocrates qui ont tout fait pour provoquer la révolution, révolution qui s'est retournée contre eux. Vos successeurs ont été trop mous, Louis XVI aurait fait un bon roi.

Juste un mot, majesté, madame de Maintenon, l'avez-vous aimée d'amour? A-t-elle compté pour vous?

Merci pour Versailles, à voir ces millions de visiteurs vous êtes remboursé de vos dépenses et, là encore, vous avez contribué à la grandeur de la France, cette France que vous avez épousée avec votre cœur.

Votre parrain le Cardinal Mazarin vous a mis le pied à l'étrier, vous l'admiriez, mais l'aimiez-vous vraiment? Enfin, je n'oserais vous demander si vous avez vraiment effectué un pèlerinage à Brouage, couchant là où Marie Mancini avait dormi. Je suis indiscrète mais à ma décharge j'achète tous les livres qui vous concernent ou qui concernent la cour et ceux qui gravitaient autour de vous.

Merci Majesté de m'avoir lue. Une dernière question: Fouquet était-il coupable?

Recevez, Majesté, mon profond respect.

Nicole

Madame,

La passion que vous avez mis dans vostre missive est une chose très touchante. Je suis un Roy bien privilégié, d’estre aimé et admiré de la sorte tant d’années après mon règne.     

Vous me parlez d’amour. Je vous respondray qu’après m’estre une première fois marié par raison, je n’aurois pu envisager une seconde union de la sorte, passer le reste de mes jours avec une femme pour laquelle je n’aurois eu que peu d’amitié. Est-ce là une faiblesse? Peut-estre. Mais alors je l’accepte bien volontiers.

Quant à mon parrain, dans certains cas, l’admiration vaut parfois plus que l’amour. 

Brouage… j’y suis bel et bien passé. Certaines passions sont parfois si fortes qu’il nous faut boucler la boucle pour passer à autre chose. La jeunesse aidant, cela ne fut pas inutile.

Versailles reçoit donc des milliers de visiteurs et contribue encore à la grandeur de la France. Cela ne peut que me réjouir que de constater qu’il atteint encore le but fixé, dans un tems si loin du mien…

Foucquet estoit coupable. Sur plusieurs sujets. Vous en doutez? 

N’hésitez point à m’escrire de nouveau,

Louis

Majesté,

Votre réponse à ma dernière lettre est pour moi un grand honneur. Je vis en 2009, mais mon cœur et mon esprit vivent entre 1715 et 1738.

En ce moment je suis plongée dans les lettres écrites par votre belle-sœur Madame. Dans une de ses lettres, elle écrit: «le feu roi s'était gravement endetté, et par dessus les oreilles, il a laissé deux cent millions de dettes c'est l'ouvrage de la vieille guenipe» d'où lui vient cette haine à l'encontre de votre épouse? En effet dans toutes ses lettres elle méprise Madame de Maintenon. Elle affirme même, le quatorze avril 1716, que Madame de Maintenon a fait empoisonner Louvois!

Un enfant de France, à sa naissance, recevait l'Ordre du Saint-Esprit mais n'était fait chevalier de l'ordre qu'après sa première communion. Qu'en est-il de vos enfants légitimés?

Je suis en cure à Barbotant et ne vais pas manquer d'aller visiter le château de Castelmore, terre de Charles de Batz dit d'Artagnan.

Dans ma dernière missive j'ai omis de vous demander d'enlever un doute qui titille tous mes contemporains: est-il vrai que vous mesurez plus de un mètre quatre-vingt (ceux qui vous dénigrent disent un mètre soixante-cinq)? Pouvez-vous me donner votre version que je puisse répondre: «Le Roi m'a répondu»

Je terminerai, Majesté, par cette supplique que vous avez entendue si souvent: «Sire Marly»

Nicole

Madame, 

Madame ma belle-sœur a un caractère bien particulier, dont la jalousie n’est point le moindre trait. La position de Madame de Maintenon lui attire des admirateurs, mais aussy des jaloux. Et il faut bien avouer que les caractères de ces deux femmes ne sont point compatibles.

Quant à vostre question sur l’Ordre du Saint-Esprit, mes enfans légitimés ont sur ce sujet les mesmes privilèges que les Princes du Sang. Ils peuvent estre nommés chevalier à partir de leur seiziesme année.

Quant à ma taille, je n’ay pas la connoissance des mesures de vostre tems. Je puis cependant vous dire que l’on me juge assez grand. 

Croyez, Madame, que j’aurois grand plaisir à vous recevoir à Marly, si les circonstances pouvoient nous le permettre.

Je vous donne le bonjour,

Louis