L'Édit de Nantes
       

       
         
         

Dames Guy

      Votre règne est très controversé, guerre, famine pouvoir absolu, sophistication... Une Cour avide, inutile, sans aucun sens moral, allant toujours dans votre sens, pour ne pas perdre ses avantages. Sous vos perruques poudrées et vos atours se cachait un manque d'hygiène, source de maladies. Votre ambition vous a aliené une partie de l'Europe et le peuple surchargé d'impôts.

Vous nous avez laissé le Palais de Versailles, fleuron de notre pays. Les jardins (de Lenôtre), les jets d'eaux, les fontaines... Son intérieur est à votre image, majestueux... Aidé de Colbert, vous avez pris des mesures pour l'agriculture, stimuler l'industrie, créer les manufactures royales.

Malgré tout, une question m'obsède, pourquoi avoir révoqué l'Édit de Nantes en 1685, promulgué par votre grand-père, Henri IV, si ce n'est pour asseoir davantage votre grandeur, avide de pouvoir, se comparant à Dieu?

Votre despotisme, était-il une marque de puissance, ou de grande faiblesse???

Une descendante d'huguenot

 

       
         

Louis XIV

      Madame,

Que de reproches et que de louanges dans la mesme missive!

Je suis bien heureux de pouvoir vous respondre sur le sujet de la révocation de l'Edict de Nantes qui est un geste qui fut sans doute à ce jour un des plus importants posés durant mon règne et qui réjouit mon peuple tout entier, tout autant que moi-mesme. Plusieurs raisons m'ont poussé à révoquer cet edict que le Roy mon grand-père avoit promulgué. Celui-ci avoit lui-mesme esté un disciple de la Religion Prétendue Réformée avant de se convertir définitivement au catholicisme quelques années après son accession au trosne de France. La situation politique d'alors nécessitoit un edict comme celui de Nantes pour assurer la paix à l'intérieur du royaume, paix bien nécessaire après tant d'années de guerres civiles. Les huguenots s'étoient aussi montrés fidèles envers le feu Roy mon grand-père dans plusieurs situations et il avoit pour eux de la compassion. Cela n'empescha point qu'il ne s'applique à tenter de convertir les huguenots de son entourage et du royaume. Mais son attachement envers son ancienne religion et ceux qui la pratiquoit, tout comme le contexte politique du moment, demandoit un Edict comme celui de Nantes qui accordoit certains privilèges et une certaine protection à ceux de la RPR.

Mais l'unité religieuse du royaume ne peut se faire qu'avec une seule religion et de tels privilèges ne pouvoient que nuire. Je ne doute point que le Roy mon grand-père n'eut réussi à ramener ses sujets à la vray foy s'il avoit vécu plus longtems.

Le feu Roy mon père eut aussi à subir des révoltes de huguenots qui l'encouragèrent à limiter les privilèges accordés dans l'Edict de Nantes, entre autres en ce qui concerne les places fortes accordées à ces derniers. Mais les guerres incessantes et sa mort prématurée ne lui permirent pas non plus de réaliser l'unité religieuse du royaume comme il l'auroit souhaité.

Quant à moi, j'ay toujours regardé avec beaucoup de douleur l'existence de la RPR à l'intérieur du royaume et j'ay toujours considéré l'unité religieuse comme un élément de première importance. Différentes mesures ont esté mises en place dès le début de mon règne afin de convertir mes sujets de la RPR et de les ramener à la vray foy. Ces mesures furent fructueuses et ce n'est que lorsque j'eus la certitude que les adeptes de la RPR furent en majorité convertis et que l'Edict de Nantes devenoit par le fait mesme inutile, que je pris la décision de promulguer l'Edict de Fontainebleau qui révoquait celui de Nantes.

La RPR fut toujours cause de troubles autant d'ordre religieux que d'ordre politique depuis son apparition dans le royaume de France. C'est une erreur de laisser subsister dans un royaume de potentiels foyers d'agitation et de rébellions. Et quelle plus grande oeuvre un Roy pourroit-il accomplir que de restablir la seule vray religion dans son royaume, religion partagée par tous ses sujets?

Des violences furent commises, me direz-vous, lors de la conversion de certains adeptes de la RPR et envers les nouveaux catholiques. Mais la douceur fut dans tous les cas préconisée et les fauteurs ramenés à l'ordre dans les occasions qui furent portées à ma connaissance, comme dans le cas de l'intendant Marillac. Mes instructions à ce sujet ont toujours esté très claires. Le nombre de conversions justifioit bel et bien la révocation de l'Edict de Nantes qui étoit devenu inutile et qui n'avoit plus sa raison d'estre. L'unité religieuse du royaume le demandoit et il falloit mettre fin une fois pour toute à toute dissension religieuse.

Voilà, Madame, j'espère avoir repondu à vostre question. N'hésitez point à m'en faire parvenir d'autres. Dans cette attente, je demeure, Madame, vostre dévoué,

Louis