Le comte de Vermandois
       

       
         
         

Bart

      Sire,

Je vous écris pour que vous m'aidiez à éliminer quelques ambiguïtés qui me troublent.

Je fais des recherches sur la personne de feu votre fils avec Mlle de la Vallière, Louis de Bourbon, comte de Vermandois et Amiral de France né le 3 octobre 1667 et mort devant Courtrai le 18 novembre 1683.

De par les lettres de feu votre cousine, la Duchesse de Montpensier, j'ai pu comprendre que votre fils est mort à cause de son goût un peu excessif cette nuit-là pour l'eau-de-vie. Or, dans un autre document, j'ai lu qu'il est mort de la petite vérole. Pourriez-vous me dire quelle est la vraie cause de sa mort?

Un deuxième point qui me trouble, c'est que peu avant sa mort, vous étiez fâché contre lui.

Selon un certain M. Dumas, homme qui a beaucoup d'imagination, votre colère aurait son origine dans le fait que le M. de Vermandois avait giflé son demi-frère, le Grand Dauphin, mais d'une bonne source, François-Louis de Bourbon-Conti, le prince de la Roche-sur-Yon votre fils aurait été impliqué dans une affaire qui a fait beaucoup de bruit en l'année 1682: une certaine confrérie pratiquant «le vice italien», une sorte de club auquel participait également ce prince de Conti, ainsi que d'autres jeunes gens de votre cour. Vous devinerez donc ma question suivante: quelle était la vraie raison de votre colère?

Finalement, ma troisième question porte sur cette confrérie: quelle est la différence entre cette confrérie et l'autre club des débauchés, une vingtaine d'années plus tôt, mieux connu sous le nom l'affaire de Roissy, car les documents que j'ai pu trouver se contredisent quelque peu.

J'espère ne pas vous avoir trop importuné en posant ces questions-là et dans l'attente d'une prompte réponse de votre part ou de votre cabinet, je vous prie de bien vouloir accepter, cher Monsieur, mes salutations les plus respectueuses.

Bart

 

       
         

Louis XIV

      Monsieur Bart,

Je sais ce que l'on a dit sur les causes de la mort de mon fils. Malgré ce qu'en a dit ma cousine ou cet autre document dont vous me parlez, il n'est point mort pour avoir abusé de l'eau-de-vie mais bien d'une fiesvre maligne. Il ne s'agissoit cependant point de la petite vérole mais bien d'une maladie contractée sur le champs de bataille et qui l'emporta rapidement.

Avant sa mort, je n'estois point en colère contre mon fils, du moins pas de la façon dont vous semblez le croire. Il est vray que la jeunesse l'a parfois poussé vers les excès, comme c'est le cas de plusieurs jeunes personnes de son asge. Mais surtout il eut le malheur de se laisser influencer par certains personnages ne craignant point la plus vil desbauche. Je ne peux mettre de tels esgarements que sur le compte de la jeunesse.

La différence entre ces deux affaires? Il y en a peu, à mon point de vue, car la desbauche est la desbauche et ce dans toutes circonstances. Ce qui est plus désolant avec la deuxiesme est sans doute la qualité de certaines des personnes qui y participèrent.

Ne craignez point, Monsieur, de m'importuner jamais.

Louis