Vincent Fradette
écrit à

   


Louis XIV




La Nouvelle-France, une province de France?


   

Très Chère Majesté,

La présente lettre a pour objet de vous demander quelles furent les raisons qui dictèrent votre choix de faire de la Nouvelle-France, après une période d'essai de colonisation relativement peu fructueuse, une colonie royale puis de l'édifier, plus tard, au rang de province de votre Royaume.

Vous feriez de moi le plus reconnaissant de vos sujets si vous accédiez à ma demande.

En vous souhaitant la plus grande Gloire, puisse le Royaume connaître la joie de vous avoir pour souverain aussi longtemps que Dieu le voudra!

Vive le Roi! Vive la France!

Votre très humble sujet,

Vincent Fradette


Monsieur,

D’abord, les territoires que possèdoit la France au Nouveau-Monde avoient trop longtems été laissés à eux-mesme ou entre les mains des compagnies à monopole. Dans plusieurs cas, ces compagnies devoient aussi s’occuper du peuplement de la colonie, mais la plupart d’entres-elles ne s’intéressèrent qu’au très important commerce des fourrures. Dans le mesme tems et d’une tout autre manière, les colonies angloises au sud se développèrent aussi et se peuplèrent beaucoup plus rapidement que ne le faisoit la Nouvelle-France. Les Anglois s’intéressoient aussi au commerce des fourrures et les territoires convoités estoient donc souvent les mesme.

Les explorations continuant, la Nouvelle-France grandissoit mais n’estoit point peuplée comme ils se devoit. Le territoire estoit également de plus en plus difficile à défendre.

Lorsque la décision fut prise de faire de la Nouvelle-France une province françoise, cela avoit pour but d’en assurer la défense, l’administration et le peuplement. Il falloit aussi mieux organiser le commerce, puisque ce vaste territoire est rempli de ressources. Il s’agissoit de favoriser le commerce avec le royaume et les autres colonies françoises des Antilles, de façon à ce que le royaume puisse bénéficier à la fois des ressources des colonies et de la vente de produits à ces mesme colonies.

La première étape estant le peuplement, plusieurs moyens ont esté mis en oeuvre. Parmi ceux-cy, l'arrivée de Filles du Roy, l'encouragement fait aux soldats présents de s'establir dans la colonie et les contrats d'engagement. D'après les rapports de mes intendants, je peux vous dire qu'en moins de vingt ans, le nombre de colons establis en Canada a triplé. Cependant, la situation de l’économie, autant que celle de la politique, ainsi que la résistance de plusieurs à quitter la France pour s'establir dans le Nouveau-Monde ont ralenti les efforts entrepris. Des compagnies de commerce ont esté créées, ouvertes autant à la noblesse qu'à la roture. Elles connurent et connaissent encore un certain succès.

Il falloit aussi arrester les explorations se terminant en prise de possession de nouveaux territoires et je jugeai que le meilleur moyen de faire cela estoit de mettre la Nouvelle-France directement sous ma gouverne et non plus sous celle des compagnies à monopole. Malheureusement, les explorations et les prises de possessions n’en continuèrent pas moins et le territoire s’agrandit d’avantage. Ne vous méprenez point sur mes paroles. Avoir un grand territoire est glorieux mais encore faut-il pouvoir le défendre. Voilà le plus grand problesme des explorations.

Pour espérer bien défendre les colonies en cas d’attaque, il falloit aussi faire de la Nouvelle-France une province du royaume. Un gouverneur ainsi qu'un intendant y furent envoyés pour s’occuper de l’administration de la colonie, comme c’est le cas pour les autres provinces de France. Cela est d’autant plus important que ces territoires sont situés si loin de la France.

Pour respondre à vostre question, le peuplement, l’establissement du commerce, le controsle sur le territoire de la colonie autant que sa défense éventuelle contre les Anglois et le controsle sur son administration, demandoient d’en faire une province du royaume.

J’ose espérer que cette response saura vous satisafaire, mais n’hésitez point à m’écrire de nouveau si vous avez d’autres questions sur ce sujet ou un autre. Il me fait grand plaisir de pouvoir respondre à vos questions ainsi qu’à celles de vos contemporains.

Louis