Carol Alessandra
écrit à

   


Louis XIV




L'affront de la fronde

    À Votre Gracieuse Majesté, Louis le XIVème, Roi de France et de Navarre,
 
Je tenais par la présente à remercier votre altesse de l'intérêt qu'elle porta à ma missive. C'est un réel honneur pour l'humble dame que je suis de pouvoir correspondre avec votre Majesté. J'espère toutefois ne point vous importuner avec mes questions, mais ma curiosité est telle que je ne puis réfréner les élans cognitifs de mon esprit demandeur. Je suis une dame inspirée par votre royale personne, certes, mais également par le monde qui vous entoure et c'est pourquoi j'ai à cœur cette correspondance.
 
Je prends donc la plume en ce petit matin, m'assieds à mon secrétaire et couche sur ce beau papier à lettre ces premiers mots qu'il me tarde que vous lisiez. J'aimerais, si vous me le permettez, commencer nos échanges par un sujet qui me tient à cœur d' approfondir plus amplement: la politique. Je pense d'ailleurs que nous aurons l'occasion d'y revenir bien plus d'une fois! Je suis une dame qui, votre grâce l'apprendra très vite, s' intéresse à moult sujets. J'ai en effet l'esprit volage et l'attrait pour toutes choses liées à la connaissance. Et je sais que votre Majesté aura à cœur d'entretenir cette curiosité en répondant à mes attentes. Cependant, la politique est un sujet que j'ai du mal à appréhender. C'est pourquoi, j'aimerais m'entretenir de ce sujet avec vous en prenant un exemple concret. La Fronde! Je suis navrée, sire, de devoir vous remémorer cette tragique période de votre vie et je m' en excuse par avance. J'ose croire toutefois que répondre à mes questions vous permettra de mieux me faire connaître votre Majesté. J'ai tant le désir de vous connaître, sire!
 
Je n'ignore en rien que La Fronde fut une série de révoltes contre le pouvoir monarchique français et qu'elle évolua en guerre civile. J'ai jadis posé de nombreuses questions à feu votre frère sur cet épisode mais j'aimerais avoir votre point de vue personnel sur ce qui s'est passé.
 
Quel était le contexte politique à cette période? Je sais dores et déjà que vous avez été marqué par cette période funeste et Monsieur votre frère me l'a en effet confirmé. Comment avez-vous vécu ces terribles événements? Comment un jeune roi voit-il les choses terribles qui se déroulent autour de lui? Est-ce à cause de La Fronde que votre altesse n'a jamais réellement aimé Paris? 
    
On distingua La Fronde Parlementaire et La Fronde des Princes. Quelles furent les causes politiques de ces révoltes et quelles en étaient les différences fondamentales? Feue votre mère et feu le Cardinal de Mazarin eurent-ils une quelconque responsabilité dans ces troubles? Pourquoi les Grands n'étaient-ils pas d'accord avec la politique en place? Durant cette tragique période, beaucoup de Grands se rendirent coupable du crime de lèse-majesté. Pourquoi, dans ce cas, avez-vous été aussi conciliant avec eux? S'agit-il là de politique? Pourquoi les contrôler plutôt que de les évincer? «Faire d'un ennemi un allié» disait Zarathustra. Serait-ce cela? Pour finir, quelles furent les conséquences directes et indirectes de La Fronde?
 
J'espère ne point avoir été discourtoise avec certaines de mes questions et surtout ne point vous avoir peiné par ces terribles souvenirs. Sire, qu'il me tarde de pouvoir parcourir des yeux votre prochain courrier.
 
Je vous prie de croire une nouvelle fois, Votre Grâce, à mes respects les plus sincères ainsi qu'à ma plus grande admiration.

Votre humble et dévouée servante,

Carol Alessandra, une dame inspirée.

Madame,

Ne savez-vous point que les femmes et les affaires de l'Estat de font point bon ménage? Ne craignez point, je me permets de vous taquiner… Il me fait grand plaisir de respondre à vos questions. Les questions que vous me posez sur la Fronde sont, par ailleurs, excellentes.

Vous savez que j'estois bien jeune au moment de ces événements mais je puis cependant vous entretenir du «contexte politique», comme vous l'escrivez. Il est bien simple. Le feu Roy mon père étant décédé en 1643, alors que je n'avois point encore cinq ans, la feue Reyne ma mère fut déclarée Régente. Ces périodes sont de tous les tems des périodes d'instabilité pour les Royaumes et ma minorité ne fut pas une exception. Durant ces moments où le pouvoir est affaibli par le fait mesme de la minorité royale, certains gens croient à tort qu'ils ont le droit de prendre ce pouvoir pour leur personne et leurs clients, ou pour se donner un rosle qui n'est pas le leur, comme ce fut le cas pour le Parlement. La guerre y joua aussi un rosle important, en monopolisant les finances du Royaume, poussant toujours les personnes en charge de mes affaires à trouver de nouveaux expédients pour pouvoir poursuivre ladite guerre. La présence du cardinal Mazarin aux affaires, un estranger, n'estoit que le prétexte de rassemblement des factieux. Je crois que vous avez ici les principales raisons qui ont mené à la Fronde.

Je n'estois alors qu'un enfant et je l'ai vécu en tant que tel. Il a de soi que cette période fut difficile, certains moments plus que d'autres. Mais ma mère la Reyne faisoit tout ce qui estoit en son pouvoir pour nous préserver, mon frère et moy, des aléas de la guerre civile. 

Pour moy, la Fronde est une seule et mesme guerre. Qu'elle soit animée par les gens du Parlement ou par les Grands du Royaume, cela est toujours une atteinte à mon autorité.  Pourquoi ay-je esté conciliant? Le pardon est un geste important pour le Roy. Il est le père de ses peuples. Et après avoir chastié, le père veut avoir ses enfants auprès de luy. Et n'est-il point plus grand pouvoir que de ramener les égarés dans le droit chemin, ou à tout le moins n'est-il pas plus prudent d'avoir ses ennemis près de soi? Quant aux conséquences, je puis dire que ces événements m'en apprirent beaucoup sur les affaires. Des leçons qui ne furent point oubliées…
 
En attendant vostre prochaine missive, je vous donne le bonjour, chère Dame inspirée,
 
Louis