Jo
écrit à

   


Louis XIV




L'affaire des poisons

    Votre Majesté ,

Par cette missive  je vous fais part de mon ardent souhait de connaître enfin la vérité sur la sordide Affaires des Poisons qui éclaboussa quelque peu les marches du trône en son temps, et d'éclairer quelques autres points de votre vie qui me paraissent obscurs Voici donc quelques miennes interrogations auxquels je vous prie instamment de répondre.

1 ) Madame de Montespan fut-elle réellement mêlée à l'Affaire des Poisons ?
2 ) Etait-elle vraiment insupportable et jalouse ainsi que le laisse entendre plusieurs personnes ?
3) De combien d'enfants êtes-vous l'heureux papa , (officiellement et officieusement ) Qui en sont les mères ?
4) Pourquoi avoir refusé le mariage du duc de Lauzun avec votre cousine la Grande Mademoiselle ?
5) le marquis de Montespan fut-il intraitable quand il apprit votre liaison avec sa femme ?

Merci de prendre le temps de répondre à mes interrogations. Votre Majesté, veuillez croire à l'assurance de mon plus grand dévouement.

Jo.



Chère Madame Jo,

Cette affaire de poison me causa, en son tems, quelques maux de teste et vous me voyiez bien heureux que cette histoire soit terminer depuis longtems.  Laissez-moi d’abord vous rappelez que Madame de Montespan fut lavée de tout soupçon et que j’ose croire que cela est bien la vérité.

Pour respondre à vostre première question, je crois fermement en l’innocence de Madame de Montespan.  Si elle fut toujours attirée par les astrologues, si elle fit l’utilisation de philtre d’amour et de poudre, je ne peux croire qu’elle soit allée aussi loin que certains l’ont laissés entendre.  Une femme du rang de Madame de Montespan est propice aux attaques de toutes sortes, par jalousies ou ambitions.  Si elle fut meslée à cette affaire des poisons, ce fut bien malgré elle.

Madame de Montespan n’étoit point insupportable.  Elle étoit jalouse, dans la mesure où toutes les femmes le sont.  Elle étoit une femme formidable, pleine d’esprit, avec du caractère comme une femme de son rang devoit en avoir.  J’ay toujours eu beaucoup de respect pour Madame de Montespan.  Elle nous a quitté il y a déjà quelques années, mais elle restera toujours la mère de mes enfants et sa mesmoire doit estre honorée comme il se doit.

J’eu avec Sa Majesté la Reyne plusieurs enfants dont mon fils, feu Monseigneur le Dauphin, fut le seul survivant.  Ces décès de mes enfants, peu après leurs naissances ou un peu plus âgés, me causèrent de grandes douleurs. La duchesse de La Vallière me donna quatre enfants, dont deux vécurent assez longtems pour estre légitimés.  Il s’agit de la Princesse de Conti et du comte de Vermandois. Madame de Montespan me donna sept enfants, dont six furent légitimés :  le duc du Maine, le comte de Vexin, la duchesse d’Enghien, la Princesse de Bourbon, la duchesse d’Orléans et le comte de Toulouse. J’eu certainement d’autres enfants.  Je pense à la duchesse de Fontanges qui eut un fils qui ne survécut point.  Mais si d’autres enfants il y a eut, je ne les connus point.  J’aime et j’ay toujours aimé mes enfants, desquels je me suis toujours efforcés d’estre bon père.

Pourquoi avoir refusé le mariage de Mademoiselle et du duc de Lauzun?  Si j’ avois au début donné mon accord, je me suis vite ravisé.  Il est vrai que Mademoiselle étoit si amoureuse de Monsieur de Lauzun que je voulu lui faire plaisir en acceptant ce mariage.  Mais le scandale provoqué par l’annonce de cette union me fit réfléchir plus longuement à la question.  Mademoiselle étoit la plus riche Princesse d’Europe et Monsieur de Lauzun ne vouloit-il pas l’espousé que pour bénéficier de cette fortune?  Une union plus avantageuse pour la France ne seroit-elle pas mieux?  Sans parler du caractère du duc de Lauzun, naturellement ambitieux et mesme arrogant.  Je ne souhaitai point que cette fortune passe entre ses mains.  J’y consenti finalement lorsque Mademoiselle eut la bonté de céder à mon fils, le duc du Maine, une partie importante de son domaine.  Cela fait, je jugeai que je pouvois accorder ce mariage en remerciement et puisqu’elle en étoit encore amoureuse après toutes ces années, et la fortune se faisant moindre, Monsieur de Lauzun ne pourroit en profiter autant.  Au bout du compte, ce mariage fut malheureux et cela ne me surprit point.

Le moins que l’ont puisse dire est que le Marquis de Montespan n’étoit point heureux lorsqu’il eut vent de notre relation, ce qui, je dois l’avouer, me surprit quelque peu par le temps qu’il prit à l’accepter.  Madame de Montespan eut à subir ses violences ce qui fit que Monsieur de Montespan dû estre exilé sur ses terres.

Voilà, Madame, les responses à vos questions.  J’y ai respondu, comme toujours, le plus sincèrement du monde.  J’espère qu’elles sauront vous plaire.

Louis