Karine
écrit à

   


Louis XIV




La douleur de Louise

    Sire,

En avez-vous voulu à Louise de vous avoir quitté, vous et la cour, pour entrer au Carmel? Il est vrai que la cohabitation, le fait de partager quelqu'un pour une autre personne est particulièrement douloureux. C'est une déchirure du cœur qui prend de l'ampleur chaque jour davantage! Avez-vous compris la douleur de Louise de vous savoir avec Athénaïs? Quand l'amour est sincère, il est exclusif! Je comprends que Louise de la Vallière soit entrée au couvent car lorsque la douleur est trop forte et que l'envie de mourir se fait de plus en plus fréquente, on se dirige vers Dieu car nous savons qu'Il nous guérira! Pourquoi n'êtes-vous jamais allé la voir? Si vous aviez une chance de tout recommencer, adopteriez-vous cette même attitude désinvolte envers elle? Pourquoi avez-vous demandé à Louise de vous aider financièrement pour mener une guerre alors que vous l'avez humiliée avant son départ pour le couvent en couchant avec Athénaïs? Louise avait des raisons de vous en vouloir, elle qui vous fut fidèle et compréhensive. Elle vous aimait tant qu'elle vous pardonnait, mais vous lui avez brisé le cœur en vous servant d'elle, en l'ignorant, en l'obligeant à financer votre guerre alors que vous ne lui avez jamais rendu visite durant ses trente-six années de vie monastique! Il est absolument sidérant de demander à une personne que l'on ne va jamais voir, qu'on ignore complètement (l'ignorance est pire que le mépris), de nous aider! Si madame de la Vallière était restée à la cour de France, l'auriez-vous épousé en secret en lieu et place de madame de Maintenon?

Karine



Madame,

Je vois que vous vous inquiétez beaucoup pour feue la duchesse de La Vallière. Il est vray que j’ay esté mécontent de sa décision d’entrer au couvent. Je ne crois point avoir jamais compris cette décision. Elle m’en faisoit la demande depuis si longtems! Et pourquoi serois-je allé luy rendre visite? C’est elle qui a choisi de quitter la Cour et son roy pour aller au couvent. Là n’estoit point ma place d’aller lui rendre visite. Et je n’en ay jamais eu envie.

La vérité, Madame, est que je suis tombé beaucoup trop souvent dans le pesché dans ma jeunesse. Et si l'on me permettoit de tout recommencer, aurois-je la force de changer les choses? Je l’ignore. 

Quant à votre accusation de m’être «servie» de la duchesse de La Vallière, je ne crois point qu’elle soit fondée! Elle occupoit malgré tout une position enviable à la Cour, ne le croyez-vous point? Je suis bien conscient que les choses n’ont pas toujours esté faciles pour elle, mais je crois aussi qu’elle-mesme n’a pas su tirer le meilleur de cette vie et profiter de sa position. Je n’aurois point espousé ni la duchesse de La Vallière, ni Madame de Montespan, mesme si toutes les conditions avaient esté réunies.

N’hésitez point à m’escrire de nouveau, sur ce sujet ou un autre,

Louis