Justice?
       

       
         
         

Stéphanie Labelle

      Votre majesté,

Un grand roi, un merveilleux danseur et un dirigeant hors-pair, vous avez vraiment marqué votre siècle. Avec la construction du château de Versailles, vous avez prouvé irrévocablement votre grandeur, mais au fond, ce n'était pas pour votre peuple, c'était pour vous. Vos actes étaient-ils guidés par la vanité, aviez-vous quelque chose à prouver?

Vous avez laissé un royaume en ruines. Un roi n'est-il pas supposé faire tout ce qui est en son pouvoir pour aider son peuple? Je crois que si, mais pourquoi ne pas l'avoir fait? Pourquoi avoir laissé un peuple dans la misère, le laisser payer vos dettes?

Je ne suis pas d'accord avec ce que vous avez fait, car je crois que vos actions étaient pour la plupart guidées par un peu trop d'amour-propre. Alors voici ce que je veux savoir: croyez-vous que vous avez aidé votre peuple? Pensez-vous que le devoir d'un roi est de servir son peuple ou que c'est au peuple de servir le roi? Je crois que les deux sont valables. Merci de m'avoir accordé une partie de votre temps.

Stéphanie Labelle

 

       
         

Louis XIV

      Madame,

Vous me prestez plus d'amour propre que je n'en ay vrayment eu. Ceci dit, dire que je n'en ay pas eu du tout seroit aussi faux que de dire que je n'ay eu que cela. Cependant, je fis tousjours tout ce qui estoit en mon pouvoir pour soulager mon peuple, contrairement à ce que vous semblez croire. Il m'apparaist par vos propos que vous confondez grandeur et amour propre et que la première ne peut estre atteinte qu'avec le seul et unique sentiment de la seconde. Dans tout cela, vous oubliez que la grandeur d'un Roy est aussi celle de son peuple et de son royaume. Je remarque que cela est souvent le cas pour les gens de vostre epoque, qui semblent toujours comparer richesse affichée du Roy et pauvreté du peuple. Mais Madame, chacun a sa place à tenir dans la societé, certains sont plus riches que d'autres et cela est ainsi fait. Et n'oubliez point que lorsque l'on parle de la richesse du Roy, il n'est point question ici de sa fortune personnelle, puisque le Roy n'a point de richesse qui n'appartienne aussi au Royaume. Versailles appartient à tous mes sujets, comme les autres bastiments que j'ay fait construire, comme tout ce que mes actes ont créé. Et les actes d'un Roy sont toujours et surtout guidés par l'intérest de son peuple et de son Royaume. Celui-ci, dans son ensemble, à beaucoup souffert lors de la dernière guerre, qui estoit cependant inévitable, et il est vray que les finances du Royaume ne sont point à leur meilleur. Mais tout sera fait pour préserver les finances, comme la grandeur du royaume.

Louis
         
         

Stéphanie Labelle

      Bonjour votre majesté,

Vous parlez de la grandeur de votre peuple, mais votre peuple ne devait pas se sentir bien grand en payant vos dettes. Mais enfin, j'avais une autre question: quel avantage de votre règne vous a plu le plus? et aimiez-vous danser? Tout de même bravo pour tout ce que vous avez accompli, mais je sais certainement que votre peuple ne devait pas être heureux pendant ce temps.

Merci beaucoup cher roi soleil.

Stéphanie Labelle
         
         

Louis XIV

      Madame,

Je vois bien, en lisant vostre première et vostre dernière phrase, qu'il n'y a rien que je vous pourrois dire, ni rien que je vous pourrois expliquer qui vous fît voir les choses comme elles estoient réellement. Cela est dommage, mais je m'y résous en me disant que vous ne vivez point à la mesme epoque que la mienne et que peut-estre il y a des choses que vous ne pouvez entendre.

J'ay aimé estre un Roy puisque le mestier de Roy est le plus beau mestier du monde. Cela est difficile à descrire puisque seuls les Roys peuvent comprendre ce que je veux dire. Il n'y a rien dans mon mestier que j'aimais plus qu'autre chose, j'aime mon mestier, un point c'est tout.

J'ay esté, dans ma jeunesse, un excellent danseur. Je le faisois par devoir mais aussi par passion. Je n'arrestai point de me passionner pour cet art lorsque j'arrestai moi-mesme de danser. J'avois créé en 1661 l'Academie royale de danse qui continue toujours ses travaux. Je continuay à m'intéresser à la danse et celle-cy ne disparut point du théatre françois. Elle eut d'ailleurs une grande place dans les opéras.

Louis