Griefs
       

       
         
         

Olivier

      Au roi très Chrétien, Louis, par la grâce de Dieu roi de France,

Je ne sais comment m'adresser comme il faut au roi des rois, à Phoebus, au Soleil... aussi je vous prie d'excuser mes manquements à l'étiquette.

Mais laissez-moi d'abord me présenter: je me nomme Olivier et je viens d'Ath, ville des Pays-Bas que vous surnommiez votre «petit Paris sur la Dendre». Je suis maintenant historien et j'ai beaucoup étudié votre règne et ses implications pour mon pays et ma ville.

Or, malgré l'amour que vous nous avez porté, nous avons de grands griefs contre vous! Hé oui, j'ose le dire, pour notre ville il aurait mieux valu que vous ne soyez pas devenu roi!

Pourquoi un tel courroux, si grand que j'ose manquer de respect à Votre Majesté? La guerre, la guerre, toujours la guerre, que vous aimiez trop.

Sous votre règne, la pauvre ville d'Ath, refortifiée par Monsieur Vauban, a dû subir trois sièges destructeurs... elle a été ruinée pour plusieurs décennies et ne s'est en fait jamais vraiment relevée. D'ailleurs, votre siècle est connu chez nous comme «le Siècle des malheurs».

Je tenais à vous dire cela. En effet, de vos beaux appartements de Marly ou de Versailles vous ne vous êtes peut-être pas rendu compte du mal que vous avez fait, de la misère que vous avez créée.

Cependant, je ne suis pas assez sot pour être votre juge, Dieu se chargera de cela. Et puis il est bien trop tard pour vous demander réparation.

Vous trouverez ma lettre fort discourtoise, cependant j'ose vous demandez une faveur, pourriez vous me faire parvenir des documents précieux et inédits pour mon travail d'historien.

Olivier

 

       
         

Louis XIV

      Monsieur,

Tout d'abord, laissez-moy vous dire que vostre Etiquette me semble satisfaisante. Je remarque dans les missives qui me parviennent que beaucoup de gens de vostre espoque ne connoissent point la façon de s'adresser à un Roy, ce qui ne semble point estre vostre cas.

Vous me voyez attristé de lire ce que vous me dites sur l'estat de vostre ville, et sur ce que mon règne soit connu de cette façon. Ath, comme tant d'autres villes de cette région, dut subir les guerres et les destructions qui les accompagnent inévitablement. S'il est vray que j'ay trop aimé la guerre, souvenez-vous cependant que les guerres ne se font point que pour le plaisir des Roys, que lorsqu'elles ont lieu c'est qu'elles sont rendues nécessaires par les troubles du tems, et ne pensez point que je ne sois pas conscient que des gens en souffrent. Dieu jugera mes actions, comme vous le dites si bien, et je n'ay point de crainte à ce sujet, puisqu'Il sait inspirer les Roys dans les actions qu'ils doivent accomplir.

Louis