Émilie
écrit à

   


Louis XIV




Françoise d'Aubigné

    Votre majesté,

Depuis mon enfance, votre grandeur m'a toujours impressionnée. Pour ne point vous le cacher, j'ai toujours eu de l'admiration pour votre Gracieuse Majesté. Vous êtes à mes yeux un des plus grands monarques, voire le seul, que notre pays ait eu. Mais là n'est pas mon propos.

Étant curieuse, j'ai beaucoup lu sur vous, et sur une de vos maîtresses qui a retenu toute mon attention et mon admiration par son destin. Je veux parler de Françoise d'Aubigné, la veuve Scarron, qui fut votre épouse morganatique, en seconde noce.

Je voulais savoir quelles motivations vous avaient poussé à faire d'elle la nourrice de vos enfants et de la Marquise Athénaïs de la Rochefoucault, et quels étaient vos sentiments pour cette femme que vous avez fait marquise?

Je vous saurai gré, votre Gracieuse Majesté, d'accepter mes plus sincères salutations.

Votre humble servante

Je me permets d’abord une legère correction concernant vostre missive:  Madame de Montespan est bien de Rochechouart-Mortemart et non de la Rochefoucauld.

Au sujet de Madame de Maintenon, j'ay eu, et j'ay encore pour Madame de Maintenon beaucoup de respect et d'amitié et le temps ne nous a point séparés malgré plusieurs années de vie commune qui connurent leurs hauts et leurs bas. 
 
Il est vray qu’elle fut au début la gouvernante de mes enfants avec Madame de Montespan et c’est lorsqu’elle occupoit cette fonction que j’eus d’abord le bonheur de la costoyer. L’on m’avoit déjà entretenu de son passé, du fait qu’elle avoit régné dans les salons de Paris avec son mari de l’époque, Paul Scarron, ce qui ne pouvoit que me desplaire. Et l’on m’avoit aussi entretenu de son esprit, que j’en estois venu à craindre sans le connoistre.
 
Je fis néanmoins confiance à Madame de Montespan dans son choix pour la gouvernance de mes enfans et lorsque j’eus le plaisir de la mieux connoistre, je me rendis bien compte que son esprit n’estoit point à craindre mais plutost à apprecier. Je pouvois avoir avec elle de longues conversations sur plusieurs sujets differens et je me sentois toujours trés bien lorsque je me retrouvois en sa si agréable compagnie. Tout en elle a su me charmer, de son esprit à son interest sincère pour le bien-estre de mes enfants. Je sçus toujours apprécier son esprit, sa douceur, sa discretion, sa pieté, sa gentillesse et tous ses nombreuses autres qualités. Je ne pouvois, à vray dire, avoir meilleur femme à mes costés après la mort de la feu Reyne Marie-Thérèse. 
 
Je vous donne le bonjour,
 
Louis