Bénédicte
écrit à

   


Louis XIV




Des passions


    Votre Majesté,

Quelle joie et quel privilège de pouvoir prendre la plume pour vous écrire! Je me prénomme Bénédicte et je m'intéresse énormément à votre personne et à l'ensemble de votre vie.

Le château de Versailles est à mes yeux le bâtiment le plus grandiose de tous les temps. Comme j'aimerais me promener dans ses jardins en compagnie de la Cour!

J'affectionne aussi tout particulièrement la musique de Monsieur Lully et le théâtre de Monsieur Molière.

Je vous écris aussi pour vous témoigner toute mon admiration pour le danseur que vous êtes, la danse classique étant l'une de mes passions. Comment danse-t-on à la Cour? Pourriez-vous me parler du menuet?

Quelles étaient vos relations avec la reine, Marie-Thérèse? Et pourquoi avoir choisi d'épouser Madame de Maintenon?

Je m'excuse par avance de vous abreuver de questions, mais c'est vous montrer à quel point je vous admire.

J'attends impatiemment votre réponse,

Bénédicte

P.S.: Mon prénom est-il représenté à la Cour ou dans votre entourage?
Madame Bénédicte,

Il m'est arrivé de rencontrer des gens portant vostre prénom mais ce sont habituellement des hommes.

Vostre missive me prouve que vostre tems sait encore reconnoistre le bon goust et cela me ravit. Vos contemporains semblent souvent ne pas comprendre Versailles et ils me questionnent souvent sur ses cousts quand la beauté et l'utilité des lieux seul devroient les préoccuper.

Il me fait grand plaisir de respondre à vos questions sur la danse. S'il y a bien longtems que je ne danse plus moi-mesme, celle-cy fut pour moy une
grande passion en plus de m'estre utile dans ma manière de gouverner. Je vous décriray ici ce qu'estoit la danse dans ma jeunesse.

À la Cour, l'on se donne en spectacle en dansant, que ce soit lors de représentation ou lors de bal. Le menuet est une manière de danser, un pas, qui ne se mélange point avec les autres. Si je danse le menuet, je n'ay point d'autres pas de danse que celuy-là. Le pas de menuet suit la musique, c'est-à-dire en six tems. On peut le faire en avançant, en reculant, vers la gauche ou vers la droite, à trois ou à deux mouvements. C'est un pas empli de grace et de prestance, qui ne demande point des années d'apprentissage, puisqu'il est assez facile à executer.

Passons à vostre prochaine question.

Mes relations avec la Reyne furent de tout tems excellentes et je n'ay point de sujet de me plaindre. Aujourd'huy, Madame de Maintenon partage mes jours
et son amitié m'est très importante.

Au plaisir de vous lire de nouveau,

Louis

Sire,

Quelle joie de lire si vite votre réponse! Merci beaucoup!

La danse est pour moi aussi une grande passion et je suis sûre que vous aimeriez voir comment nous l’apprenons. Avec qui avez-vous appris la danse? Dans le menuet, tous les courtisans sont-ils invités à danser? Et si oui, ont-ils une place particulière selon leur rang? Qui ouvre généralement la marche? Dansiez-vous vous-même avec Madame de Montespan?

J’en viens à vous parler d’elle car elle devait être une formidable compagnie! Quelles sont ses passions? La Reine acceptait-elle sa présence?

Quant à Madame de Maintenon, êtes-vous réellement marié avec elle? Que pensez-vous de Saint-Cyr?

Je vous remercie par avance du temps que vous consacrez à répondre à toutes mes questions mais c’est une fois de plus vous montrer l’immense intérêt que je vous porte. Quoi qu’on puisse vous reprocher vous avez bien fait de construire Versailles, ce château est le symbole de votre grandeur,

Bénédicte

Madame Bénédicte,

Je me permets de vous poser tout de bon une question: comment apprenez-vous la danse?  Avez-vous encore des maistre à danser?  Utilisez-vous les notations de l'Académie royale de danse?

Je respons maintenant aux vostres: la Cour comprenoit plusieurs maistres à danser, dont les pères et grand-père d'un maistre à danser que vous connoissez peut-estre, Claude Ballon. Mais de tous mes maistres à danser, celuy que je distinguay le plus et avec lequel j'avois le plus de plaisir à danser estoit Pierre Beauchamps, un maistre à danser de grand talent.  Le connaissez-vous?

La danse, comme le reste, est hiérarchisée.  Les premiers à danser sont ceux qui ont le rang le plus élevé, dans le menuet comme dans les autres danses. Il existe aussy les contredanses, mais j'aime moins ce type de danse, dans laquelle on ne peut respecter la hiérarchie comme cela est le cas dans les autres. 

Il m'est arrivé de danser avec Madame de Montespan, qui dansoit de très belle façon. Sa compagnie estoit en effet très agréable et son esprit sembloit ne point avoir de limite. Ses passions estoient celles de toutes les femmes: les vestements, les coiffures, etc… La reyne a toujours bien vescu avec Madame de Montespan.

Je partage aujourd'huy ma vie, et cela depuis moults années, avec Sa Solidité madame de Maintenon. Je ne pense que du bien de Saint-Cyr, comme vous pouvez vous en douter et j'y suis trés attaché, comme madame de Maintenon.

Je vous donne le bonjour, madame Bénédicte,

Louis

Votre Majesté,

Tout d'abord je tiens à vous remercier du temps que vous m'accordez à chaque lettre. C'est un immense honneur de vous lire et je suis comblée de l'attention que vous portez à mon courrier.

Pour répondre à votre question, j'apprends la danse avec un professeur que nous n'appelons plus maître à danser mais qui revient au même. Je pense que nous utilisons les notations de l'Académie Royale de Danse. Je me permets de vous demander ce que vous entendez par là pour m'assurer de répondre correctement. Comment se déroule un cours de danse au château? Vous seriez étonné de savoir que dans le monde entier les cours de danse classique sont dispensés en Français. À chaque fois que je danse, je pense un peu à vous. Je connais bien sûr Pierre Beauchamps pour avoir souvent entendu parler de lui.

Je tiens aussi à évoquer un autre sujet qui me tient autant à coeur que la danse. J'admire beacoup les salons dans lesquels les invités s'expriment galamment. J'aimerais beaucoup que vous m'enseigniez cette forme de language aujourd'hui nommé «précieux» qui s'éloigne du barbarisme de nos propos actuels. Vous avez l'art de bien parler et je trouve extrêmement dommage qu'une aussi belle langue que le français devienne un vulgaire charabia. Je m'adresse donc à vous, en espérant que vous accepterez de m'enseigner cet art du langage.

En vous remerciant à nouveau de votre attention,

Bénédicte

Madame, 

Il est très difficile d'expliquer ce que sont ces notations. Il est dommage que je ne puisse vous en faire parvenir un exemple. Je vais tenter de vous les descrire, pardonnez-moy si cela n'est point aussi clair que je le voudrois. Il s'agit de lignes et de courbes sur lesquelles sont inscrits tous les mouvements, que ce soient les pliés, les sauts, etc. Souventes fois, les notes de la mélodie sont aussi inscrites sur le document. Je ne puis vous en dire plus. Est-ce que cela vous dit quelque chose?

Vous me demandez comment se déroulent les cours de danse au chasteau? Cela dépend de ce que vous préparez. S'il s'agit d'une chorégraphie demandant plusieurs danseurs, nous nous réunissons avec un, voire deux maistres à danser, et un ou plusieurs musiciens. Là, nous apprenons les mouvements si nous ne les connaissons point desjà ou nous nous concentrons sur les figures. Je dansois souvent aussi en privé avec mon maistre à danser et un musicien seulement.

En ce qui concerne les salons, je puis vous dire que mesme si j'apprécie les gens qui ont de l'esprit et un beau langage, je n'ai jamais apprécié ou encouragé ces genres de salons. Cela dit, Madame de Maintenon, qui les connut bien au temps de sa jeunesse, pourroit sans doute vous en entretenir davantage. 

Le françois est une langue en evolution. Elle a déjà bien changé par rapport au tems de ma jeunesse. Et l'Académie françoise est là pour bien s'en occuper. Connoissez-vous Antoine Furetière? Il a escrit un dictionnaire qui fut publié en 1694, tout comme le Dictionnaire de l'Académie françoise. Cela pourroit sans doute vous en dire plus sur la langue et, par le faict mesme, sur l'art du langage.

Je vous donne le bonjour,

Louis

Sire,

Je suis à nouveau honorée de recevoir une réponse de votre part, je vous remercie.

Je vois effectivement maintenant en quoi consistent les notations dont vous me parlez. Les grands chorégraphes les utilisent de temps à autre lorsqu'ils créent un ballet à succès. Nous apprenons les pas directement à l'école de danse car nous devons nous déplacer pour prendre les cours. Nous n'avons pas le privilège d'avoir des cours particuliers à domicile, ce qui est bien dommage! Vous avez dû faire des progrès exceptionnels grâce à ces cours! Quel est votre pas préféré? Personnellement j'aime beaucoup le «pas de valse» ainsi que les grands jetés.

Le français est en effet une langue en perpétuelle évolution, comme toutes les langues d'ailleurs. Au moins, en évoluant, elle n'est pas vouée à la mort. Mais nous pouvons tout de même regretter le temps du langage «précieux».

Comment se déroulent vos journées actuellement? Quelles étaient vos relations avec le cardinal Mazarin et votre mère Anne d'Autriche?

Aimez-vous beaucoup la lecture?

Dans l'attente de vous lire,

Bénédicte

Madame Bénédicte,

Vous me posez là une question à laquelle il m’est bien difficile de respondre. J’ai tant aimé la danse, comment ne choisir qu’un tout petit pas pour vous respondre? Si j’apprécie les menuets, j’aime bien aussi tout ces pas qui demandent de l’agilité, de la grasce, un bon maintien mais de la douceur dans le mesme tems. Je pourrois vous en nommez tant et tant… le pas de rigaudon et le sissonne, le pas de bourrée, les jetés, les chassés, sans parler des sauts!

Vous me demandez aussi comment se déroulent mes journées. Je vous dirois qu’elles se déroulent comme elles le doivent selon l’Etiquette et c’est ce qui est important. L'Etiquette de la Cour règle le quotidien, du matin jusques au soir et il existe, bien évidemment, certaines variations selon les événemens et circonstances. Je vous descriray ici une journée typique à Versailles. Le réveil se fait à huit heures et demie, mais les officiers de ma maison s'affairent desja depuis quelque tems. À huit heures et demie donc, c'est le réveil. Après la prière, je me lève et commence le Petit Lever. Ont droit d'assister au Petit Lever les Princes de la famille royale, c'est-à-dire ceux qui ont les Grandes Entrées, bien que maintenant, après la mort de Monseigneur mon fils, de mes deux petits-fils les ducs de Bourgogne et de Berry, et le départ du duc d'Anjou devenu Roy d'Espagne, les Princes de la famille royale se fassent moins nombreux. Y peuvent assister cependant le duc d'Orléans mon neveu, le duc du Maine et le comte de Toulouse, mes fils. Après m'estre fait laver, raser et peigner, vient le moment du Grand Lever et ont droit d'y assister ceux qui ont les Petites Entrées. C'est là que je prens mon bouillon et que je m'habille avant de passer dans le Cabinet du Conseil où je donne l'ordre de la journée, savoir s'il y a chasse, promenade, etc. Les audiences peuvent estre aussi données à ce moment-là.

Suit la Messe que j'entends quotidiennement, entre dix et onze heures. À cette heure, c'est le moment du Conseil. Dependant du jour de la semaine, ce peut estre le Conseil d'En-Haut, des Despesches, des Finances.

À une heure, c'est le disner, le plus souvent au Petit Couvert, c'est-à-dire seul dans ma chambre. J'entends par seul que ce n'est point un disner familial ou avec aucun invité particulier.

L'Après-Disner est réservé à diverses activités, comme la promenade.

Au retour, vers six heures, c'est le moment de travailler dans le particulier avec un ministre préalablement convoqué, et ce jusques à dix heures, le moment du souper au Grand Couvert, c'est-à-dire que les Princesses y assistent.

L'Après-Souper est consacré à passer quelques moments avec les dames puis avec la famille. Vient ensuite la cérémonie du Coucher, d'abord vient le Grand Coucher puis elle se termine par le Petit Coucher, suivant mesme principe que pour le Lever. Il est aux alentours de la minuit lorsque j'ay loisir de m'endormir.

Vous voyez que mes journées sont bien remplies et que je n’ai point le tems de me morfondre, croyez-le bien. 

J’ay beaucoup de respect et d’estime pour feu le cardinal Mazarin, qui assista la Reyne ma mère lors de ma minorité et qui fut ensuite mon principal ministre jusques à sa mort. Ses enseignements me furent précieux, puisque sa vision était le prolongement de ce que le Roy mon père et le cardinal de Richelieu avaient voulu mettre en place, et c’est cette vision qu’il m’enseigna. Je luy en seray toujours reconnaissant. Cependant, nous ne fusmes pas toujours d’accord sur tout et j’appris aussi, de mon costé, bien des choses.

En ce qui concerne ma mère, je l’ay beaucoup aimée et je n'ay point de doute qu'elle aima énormément ses enfans. J'ay toujours eu le plus grand respect pour elle. De par nos rangs respectifs, il est certain que cela se manifesta dans l'estat de nos relations. Je dois imaginer qu'il n'est point aisé d'estre la mère d'un Roy, mais elle sçeut très bien accomplir sa tasche, et ce malgré les troubles que connut le royaume dans ma jeunesse. Comme dans toute famille, nous eusmes quelques difficultés, tout particulierement lorsque je pris moy-mesme le contrôle de mes affaires. À cette époque, mes vues et celles de ma mère estoient quelque peu différentes. Mais cela ne nous empescha point d'estre bonne mère et bon fils, jusque à la fin. Dieu la rappela à Luy en janvier 1666.

La lecture? Je n’ay jamais eu beaucoup de goust pour l’estude mais je lis toujours assidusment lorsqu’il s’agit des affaires du Royaume.

Au plaisir de vous entretenir de nouveau, vostre conversation m’est bien agréable.

Je vous donne le bonjour,

Louis

Votre Majesté,

Vos lettres sont un véritable trésor pour une passionnée de votre temps comme moi, je vous en remercie donc énormément.

En complément à mes recherches, j’aurais aimé que vous me parliez du duc de Beaufort ainsi que de la princesse Palatine et de la Grande Mademoiselle.

Aimeriez-vous parler d’un sujet en particulier avec moi? J’ai bien souvent l’impression de vous imposer l’objet de notre correspondance.

Prenez soin de vous,

Bénédicte

Madame Benedicte,

Ce sont vos lettres, Madame, qui sont un veritable thresor.  Il m'est agreable de discuter avec vous, par le biais de la magie de Dialogus.  À ce jour, je ne suis pas certain de la comprendre et je ne cherche pas à le faire non plus.  Je profite seulement de l'occasion qui m'est offerte d'eschanger avec vous et vos contemporains.

Le duc de Beaufort… il estait certainement un personnage!  Sa personnalité estoit bien particulière.  Je ne sais point quels mots utiliser pour le descrire… flamboyant seroit peut-estre approprié?  Sa mort fut glorieuse, à l'image de son talent militaire.  Il rendit de grands services au royaume dans les années qui suivirent la fin des troubles de la Fronde et eut l'occasion de montrer à tous pourquoy il estoit le Grand Maistre de la navigation.

Madame est aussi tout un personnage.  J'apprecie beaucoup ma belle-soeur, comme elle sçait parfois me faire reconsiderer cette appreciation!  Elle a un caractère bien à elle et je dois avoüer que la Cour ne seroit point la mesme sans sa presence.

La Grande Mademoiselle, comme vous la nommez, sçeut se remettre sur le droit chemin après ses escarts de conduite durant la Fronde… mais elle me causa d'autres maux de teste un peu plus tard, par ses amours tumultueuses.  J'ay eu beaucoup d'affection pour elle malgré tout. 

Vous me voyez ravy de discuter avec vous et vos questions et les sujets que vous abordez m'apportent du plaisir.  Mais n'hesitez point à me parler un peu de vous… vous en sçavez beaucoup sur moy mais je n'en sçais que trés-peu sur vous.

Je vous donne le bonjour,

Louis

Majesté,
 
Qu'il fut bon de recevoir votre missive! La correspondance que nous entretenons me ravit. De plus, je crois comprendre que c'est un plaisir réciproque et j'en suis comblée.
 
Merci pour les précisions que vous apportez sur vos contemporains, c'est un bonheur d'en apprendre plus à leur sujet. Je peux désormais me représenter ces personnes autrement que par leur nom.

Il y a trois jours, j'étais à Versailles à nouveau. Je rêve de pouvoir, un jour, sortir de la merveilleuse mais traditionnelle visite du château et d'aller inspecter ses greniers, sous-sols et portes secrètes. Mais, ne connaissant aucun conservateur, je pense que ce ne sera jamais possible...
 
Je suis très flattée que vous demandiez à en savoir plus sur moi. Je vous ai déjà parlé de ma passion pour la danse classique. J'aime également le français, la calligraphie, le théâtre et la lecture. J'aime aussi beaucoup les jeux allant des cartes aux jeux en ligne sur l'ordinateur que vous n'avez pas eu la chance de connaître. Vous avez également dû comprendre que je me passionne pour Vous ainsi que pour la marquise de Montespan. J'ai bien lu une biographie de Françoise d'Aubigné ou encore de Ninon de Lenclos mais leurs vies ne m'intéressent pas autant que celles de la marquise de Montespan dont je me plais à emprunter le surnom: Athénais. C'est un mystère pour moi aussi, je ne sais pas pourquoi elle retient ainsi mon attention. En tout cas, je me suis penchée avec joie sur tous les livres qui parlent d'elle. Je la crois innocente dans l'Affaire des Poisons. Je pense que vous avez là un portrait qui me ressemble beaucoup. Si vous avez d'autres questions, je me ferais une joie d'y apporter une réponse.
 
J'ai encore et toujours une question à vous poser. N'en avez-vous pas marre d'être toujours observé par la Cour dans tout ce que vous faites? Ne souhaiteriez-vous pas pouvoir vous retrouver seul ou en compagnie de vos proches plus souvent, lors des repas ou autres?
 
J'attends impatiemment votre réponse et vous souhaite une agréable soirée,
 
Bénédicte

Madame Bénédicte,

Tous mes sujets sont les bienvenus à Versailles.  Mais je vous assure que les combles ne sont point aussi impressionnants que le reste du chasteau!  Ne soyez donc pas triste de ne point pouvoir les visiter!

Madame de Montespan a de tout tems eu cette faculté de retenir l’attention, je ne suis donc point surpris de ce que vous m’escrivez.

Pour respondre à vostre question, je vous dirois que les roys se doivent à leurs sujets et ce, dans toutes les occasions. Le roy est le centre du royaume comme le soleil est le centre de l’univers, cela doit estre ainsy. Mais il est vray -et je ne peux point le nier- qu’il me prend parfois l'envie de me retrouver en plus petit comité. Je profite alors de mes séjours à Trianon où certains privilégiés seulement ont le droit de m’accompagner. Cela dit, je puis vous assurer que je déteste estre seul donc estre constamment entouré ne me pèse point.

Je vous donne le bonjour en attendant vostre prochaine missive,

Louis


Majesté,
 
Je m'excuse de ne point vous avoir répondu plus tôt. Comment allez-vous?
 
Les fêtes de Noël approchent à grands pas, c'est pourquoi je me demandais comment vous fêtez Noël à Versailles. Le château est-il différemment décoré? Mangez-vous des mets différents?
 
Je me demandais aussi quelle est la couleur favorite de Madame de Montespan et quelle est la vôtre. Par ailleurs, en-quoi Madame de Montespan était-elle différente de vos autres maîtresses?
 
Je voudrais aussi savoir s'il y a des animaux de compagnie à Versailles.
 
Enfin, diriez-vous que vous préfériez la chasse ou la danse? Je cherche désespérément à apprendre la danse baroque, mais je n'ai trouvé aucune école qui propose des leçons, malheureusement.
 
Je m'excuse de l'apparence «questionnaire» de cette lettre, mais c'est à chaque fois un tel bonheur de vous écrire que je ne peux retenir toutes mes questions. Je l'avoue, ma passion dépasse ma raison.
 
Je vous souhaite une excellente soirée, au plaisir de vous lire à nouveau,
 
Bénédicte


Madame Bénédicte,

Je m’inquiétois de ne point recevoir une autre missive de vostre part, me voilà rasseuré. 

Vous me dites « Comment allez-vous »?  J’imagine que cela est un façon de me demander comment je me porte?  Cela n’a point la mesme signification à nos deux espoques.  Je vous respondray donc que je porte très bien, malgré mon grand age, car je ne suis point certain que vous voulez vraiment savoir comme je vas.

Il m’est particulier de vous entretenir de Noël, particulierement puisque je vous escris du mois d’aoust 1715!  Noël semble encore bien loin!  Bien sur, cette feste est avant tout une feste religieuse.  Evidemment, nous celebrons la naissance du Christ et cela donne lieu a des ceremonies particulières.  La plus belle vaisselle est utilisée, tout se doit d’estre magnifique. 

Je vous avoue ne point connoistre la couleur favorite de Madame de Montespan.  Les miennes sont le vert et le rouge.

Madame de Montespan avoit un esprit bien particulier.  Il estoit très difficile de ne point estre passionné par sa personne!  Elle sçavoit me divertir, m’entretenir comme nulle autre ne pouvoit le faire à cette epoque là.  J’ay de tout tems apprécié son esprit, cela ne changea point.

Il y a plusieurs animaux à Versailles et de tout genre.  Madame de Montespan en possédoit d’ailleurs plusieurs.

La chasse ou la danse?  Quelle question difficile!  Je dois dire la chasse, peut-estre parce que je peux encore exercer ce plaisir malgré mon age, ce qui n’est pas le cas de la danse…

J’espère que vous trouvez une école de danse, et si vous arrivez à trouver les cahiers de notations de l’Académie royale de danse, ceux de monsieur Feuillet et bien d’autres, vous pourrez mesme apprendre par vous-mesme.  Il suffit de connoistre les signes.

Au plaisir de vous lire de nouveau bientost, Madame Bénédicte, je vous donne le bonjour,

Louis