Gaïa
écrit à

   


Louis XIV

     
   

Des insolences bien involontaires

    Sire,

Je suis confuse de vous déranger et c'est avec respect et excuses que j'ose vous poser quelques questions... Mon français et ma connaissance bien médiocre de votre temps feront sûrement mille affronts involontaires que je vous supplie d'oublier (malgré votre mémoire gigantesque).Vous êtes apparemment une personne fort mystérieuse. Voilà pourquoi je m'apprête à vous poser quelques questions (dont certaines seront sûrement indiscrètes). Je vous demande encore pardon de mes insolences bien involontaires...

1) Quelle taille avez-vous?

2) Quel roman biographique de Vous vous semble-t-il le plus fidèle à la réalité?

3) Quelles relations entretenez-vous avec votre frère, votre mère, vos maîtresses?

4) Que pensez-vous de votre fils, petit-fils et arrière-petit-fils?

5) Qu'est-ce qui vous a vraiment décidé à prendre pour deuxième épouse madame de Maintenon?

6) Quel aspect de votre métier de Roi vous plaît le plus?

7) Le moins?

Je vous serais obligée à jamais et votre plus fidèle servante (ce que je suis déjà), si vous répondiez ne serait-ce qu'à l'une de ces questions.

J'espère en l'avenir et en vous, et je vous remercie mille fois d'avance.

Une admiratrice de 13 ans: Gaïa.



Mademoiselle Gaïa,

Laissez-moy d'abord vous dire que je trouve vostre prénom tout à fait joli. Saviez-vous que c'est le nom attribué à la Terre dans la mythologie grecque?

Voici les responses à vos questions, dans l'ordre qu'elles me sont parvenues.

- Je suis d'une taille assez grande, mais je ne crois point que vous donner un chiffre vous aideroit beaucoup. L'on me dit que vous n'avez plus les mesmes mesures dans vostre tems.

- Serois-je le sujet de roman de vostre espoque? Je serois curieux de voir ce que l'on dit de moy dans ces romans! Malheureusement, je ne peux point respondre à vostre question puisque je ne peux les lire.

- Ma relation avec mon frère fut de tout tems excellente. Celle avec ma mère le fut la plupart du tems. Et en ce qui concerne mes maistresses, à mon grand age, il y a longtems que cela ne m'est point arrivé d'en avoir! Mais lorsque, dans ma vie, ce fut le cas, j'entretins toujours d'excellentes relations avec elles.

- Mon fils nous a malheureusement quitté il y a quelques années de cela. En ce qui concerne mon petit-fils, le seul qui me reste est maintenant le Roy d'Espagne. Je n'ay pour luy que de bonnes pensées. Mon arrière-petit-fils est agé de 5 ans seulement. Il est un enfant de santé fragile mais j'ay grande confiance qu'il grandira et deviendra un grand Roy.

- Madame de Maintenon partage ma vie depuis plusieurs années desja. Elle a toujours esté de bon conseil, douce, charmante, constante et plusieurs autres qualités que je ne puis vous nommer ici, puisque cette missive deviendroit interminable... Elle a toutes les qualités qu'un homme, qu'un Roy, pourroit désirer.

- Il m'est très difficile d'apporter response à vos deux dernières questions. Je ne crois point que je pourrois trouver l'aspect qui me plaist le plus dans mon mestier de Roy. Je crois que la meilleure response que je pourrois vous donner est qu'il n'y a rien qui me desplaist.

J'ose espérer, gente demoiselle Gaïa, avoir su respondre à vos questions. N'hésitez point à m'escrire de nouveau si vous en avez d'autres.

Louis



Sire,

Il est vrai que, de nos jours, il y a beaucoup d'écrivains qui ont essayé de percer les mystères du XVIIe siècle! En effet, le peuple a maintenant obligation d'être instruit!

La joie que me causa votre lettre est indescriptible, aussi ne m'étendrai-je pas dessus.

J'ai grande honte à étaler ainsi mon non-savoir de la grammaire et de l'orthographe de votre temps (et du mien par ailleurs). Cependant, j'ose encore vous répondre, bien que je sache votre grand travail et le temps que je vous vole.

1) Quel est votre poète-auteur-acteur préféré?

2) Écrivez-vous quelques poèmes?

3) Si oui, pourriez-vous m'en transmettre quelques-uns?

J'ai eu beaucoup de plaisir à voir que vous saviez aussi l'origine de mon nom, mais si j'avais eu à le choisir, je m'appellerais Louise.

Il est vrai que nos mesures ne sont plus les mêmes: Nous mesurons maintenant en centimètres. Les mesures du XVIIe siècle étaient-elles le pouce et le pied, comme en Angleterre?

Quel fut le pays qui vous causa le plus de soucis?

Je ne sais comment vous exprimer ma reconnaissance (et Dieu sait qu'elle est grande!!!), mais soyez assuré qu'elle est plus qu'existante!

Mes respects à Madame de Maintenon,
Et toutes les marques de respect et d'admirations qui existent pour vous,

Votre éternelle obligée et votre plus fidèle servante: Gaïa.


PS: La plupart de mes phrases sont impertinentes et insolentes, je vous prie à genoux de n'y pas faire attention, car elles sont bien involontaires...



Mademoiselle Gaïa au joli nom,

Ne craignez point de m'importuner jamais. Il me fait grand plaisir d'avoir l'occasion de respondre à vos questions, demoiselle Gaïa.

J'ai connu dans ma vie plusieurs artistes qui m'ont tous touché d'une manière différente. Il me seroit très difficile de devoir choisir. Mais j'aurois tendance à vous dire que Molière fut sans aucun doute très apprécié de moy, bien que d'autres, tel Racine ou encore Quinault, surent me plaire eux aussi.

Bien que j'aye escrit moy-mesme quelques poemes durant ma jeunesse, je ne pourrois vous les transmettre aujourd'huy. À ma connaissance, ils sont perdus depuis bien longtems… et je peux bien avouer que peut-estre est-ce mieux ainsi!

Il est vray que Louise est un très beau prénom, comment pourrois-je dire le contraire? Mais soyez fière du vostre, qui est si joli!

Les mesures que nous utilisons dépendent de la region dans laquelle vous vous trouvez. Je peux cependant vous nommer les lieues pour ce qui concerne les distances, ou encore d'autres mesures de surface comme les aunes, les toises et j'en passe.

Le pays qui me causa le plus de souci? Cela depend. Ils m'en causèrent presque tous! Ce fut tour à tour l'Espagne, la Hollande, l'Angleterre, l'Empire...

Et laissez-moy vous rassurer une fois de plus, demoiselle Gaïa: vous n'estes ni impertinente, ni insolente.

Je vous donne le bonjour,

Louis