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Ombeline
écrit à

Louis XIV


Confiance


   

Bordeaux, Jeudi 18 Novembre 2010

Votre Majesté,

Je ne suis pas très douée pour écrire des lettres car il est rare que j’en écrive. J’espère donc que je ne vous importunerai pas avec cette lettre d’une extrême simplicité.

Pour commencer, j’aurais quelques questions. Je suppose que vous avez déjà dû y répondre et que cela vous est pénible plus qu’autre chose, mais j’aimerais avoir des réponses plus claires et d’une origine sûre. N’avez-vous jamais douté de votre manière de diriger le pays? Avez-vous toujours eu confiance dans les personnes qui vous entouraient? Quel est votre sentiment quand vous repensez à toutes ces années passées?

Noël approche et je voulais savoir si dans votre temps, vous fêtez Noël. Si c’est le cas, de quelle manière?

J’admire beaucoup votre époque, votre manière de vivre… Tout ne doit pas être toujours facile, pour le peuple comme pour vous. Les sentiments des gens à votre égard, prévoir le futur qui ne se passe pas forcément comme vous l’imaginez… Il paraît que vous fûtes un bon roi, malgré quelques erreurs de jeunesse. Quel en est votre sentiment? Une chose est sûre, on ne vous appela pas «le Roi Soleil» pour rien. Vous avez ébloui nombreuses personnes et vous en éblouissez encore.

J’aimerais beaucoup visiter votre château, le château de Versailles. D’après les photos que j'ai vues, il m’a paru merveilleux et d’une extrême finesse.

Il me reste une question à vous poser: avez-vous aimé votre vie et ne regrettez-vous pas certaines choses (il n’est pas question que de guerre et de politique)?

Je suis confuse de vous poser tant de questions et je suis, avec le profond respect, Sire, de Votre Majesté la très humble servante.

Ombeline



Madame,

Votre lettre me convient parfaitement. Vous vous dites peu douée, mais je vous asseure qu’il n’est en rien. Ayant pris l’habitude de lire les lettres envoyées par vos contemporains, je vous asseure que vous n’avez point à rougir! Car si certaines lettres sont bien escrites, d’autres manquent mesme de la politesse de base et la plupart ignorent comment s’adresser à un Roy. Que vous ne me donniez point le titre d’Altesse est déjà un grand avantage que vous avez sur plusieurs de vos contemporains!

Vous m’escrivez de Bordeaux. Il y a bien des années que je n’ay point eu l’occasion de visiter ma bonne ville de Bordeaux. J’y estois pendant la Fronde, alors que la ville refusoit de se soumettre à son Roy. Mais j’y estois aussi dans un moment qui se vouloit plus heureux, tout juste après mon mariage, en 1660.

Croyez-le ou non, l’on ne m’a jamais posé les premières questions que vous me posez ici. Il me fera grand plaisirs de vous respondre.

Je n’ay jamais eu de doute sur ma manière de diriger le pays. D’abord et avant tout parce que le Roy est le lieutenant de Dieu sur Terre. C’est Luy qui m’a choisi et m’a mis où je suis. Il m’inspire lors de chacune des décisions que je dois prendre. Aussy, qui est mieux placé que le Roy pour savoir ce qui est bon pour ses sujets? Si je dois savoir bien m’entourer et avoir confiance dans les gens qui m’entourent, je suis le seul qui peut et doit prendre les décisions. Je ne saurois m’entourer de gens en qui je n’ay point confiance.

Cependant, ma confiance n’est point aveugle. À l’asge où vous me trouvez, il m’arrive parfois de regarder derrière moy à toutes ces années passées, comme vous l’escrivez. Ce que j’en pense? Je pense avoir trop aimé la guerre. Et peut-estre bien aussy les bastiments. J’aurois aimé faire plus de bien à mes peuples et si Dieu me donne encore quelques années de vie, j’ose espérer avoir l’occasion d’améliorer la vie de mes sujets autant qu’il me sera possible de le faire. La dernière guerre nous a éprouvés et il y a beaucoup de travail devant nous.

Quant à Noël, il s’agit d’abord et avant tout d’une feste religieuse. Évidemment, nous célébrons la naissance du Christ et cela donne lieu à des cérémonies particulières. La plus belle vaisselle est utilisée, tout se doit d’estre magnifique. Mes correspondances passées avec vos contemporains m’ont fait croire que cela n’est plus tout à fait le cas pour vous en vostre temps.

Vous me demandez si j’ay aimé ma vie. Bien qu’elle ne soit pas encore terminée, je puis vous asseurer que oui. Avec ses joies et ses peines, j’ay eu malgré tout la chance d’exercer le plus beau et passionnant mestier du monde, le mestier de Roy. Je ne peux imaginer une vie meilleure. Quant au regret… sans doute en ay-je quelques-uns. Entre autres celui d’avoir esté bien volage dans ma jeunesse.

J’espère, Madame, avoir le plaisir de vous lire de nouveau.

Je vous donne le bonjour,

Louis
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