Sabine
écrit à

   


Louis XIV

     
   

Bonjour Sire

   

Sire,

Cela fait un long moment que je n'ai plus pris des nouvelles de Votre Majesté. J'ose espérer qu'elle se porte comme un charme, ainsi que Monsieur le Dauphin.

C'est vrai, je l'avoue, j'aurais dû vous écrire plus tôt (je suis impardonnable) et puis votre courrier me manquait un peu. C'est vrai vos lettres me causaient un immense plaisir. C'est aussi un immense honneur pour moi que de pouvoir reprendre le dialogue amical et courtois avec Votre Majesté.

Mon travail sur Versailles est terminé et vos notes personnelles sur l'étiquette de Versailles m'ont beaucoup aidé. Merci Sire pour votre aimable collaboration. Si vous le souhaitez, je peux vous en faire parvenir un exemplaire par l'intermédiaire de ce bon Monsieur Sinclair Dumontais. J'ose espérer qu'il aura l'honneur de plaire à Votre Majesté.

J'arrête cette missive un peu brève, mais j'espère qu'elle parviendra rapidement à Votre Majesté.

Présentez mes amitiés et mes respects à Madame de Maintenon. Je me suis laissé dire qu'elle avait fondé une maison d'éducation pour jeunes filles pauvres, mais issues de la noblesse et qu'elle avait fait jouer «Esther», une pièce de Racine.

Je reste, de Votre Majesté, la bien dévouée sujette,

Sabine


Madame,

Il m'est toujours agréable de recevoir vos missives. Le Dauphin se porte à merveille, je vous remercie.

J'aimerais bien recevoir ce travail dont vous me parlez. Sans doute Monsieur Dumontais peut-il arranger cela, comme il arrange si bien tout le reste.

Je transmettray avec plaisir vos salutations à Madame de Maintenon. La maison de jeunes filles à laquelle vous faites reference est celle de Saint-Cyr. «Esther» y a effectivement esté jouée il y a quelques années.

Je vous donne le bonjour,

Louis


Sire,

Je viens de recevoir votre charmante missive, elle me procure un immense plaisir.

Je suis vraiment contente que Monsieur le dauphin se porte bien, pauvre petit, déjà orphelin. Je me suis laissé dire que les ducs de Bourgogne étaient décédés. Est-ce vrai Sire? Si c'est le cas, rien n'aura été épargné à Votre Majesté comme épreuves. Enfin! que Dieu le conserve en bonne santé.

Vous l'aurez, Sire, ce travail, vous l'aurez, si Monsieur Dumontais a le temps de vous le faire parvenir n'est-ce pas?

Transmettez bien toute mon affection à Madame de Maintenon; elle doit sûrement avoir besoin de soutien. Je sais qu'elle était fort attachée à Son Altesse Royale Madame la Duchesse de Bourgogne. Enfin heureusement qu'elle a Saint Cyr pour s'occuper et se distraire de son chagrin.

Merci Sire pour votre lettre, c'est toujours un immense honneur d'avoir des échos lointains, certes, d'une époque que j'aurai bien aimé connaître.

À bientôt Sire ,

Votre fidèle et dévouée sujette,
Sabine


Madame Sabine,

Ce qu'on vous a dit est malheureusement vray. Le duc de Bourgogne, devenu Dauphin par la mort de mon fils, est luy aussi décédé il y a 3 ans et quelques mois. Une véritable hécatombe frappa ma famille à ce moment là et je perdis mon fils, mes deux petits-fils, mon arrière-petit-fils ainsi que ma chère duchesse de Bourgogne, en l'espace de quelques mois. Quelle tristesse pour le royaume et pour moy! Cela est un immense bonheur que le jeune Dauphin se porte bien jusques à ce jour.

Je n'ay point reçu vostre travail. L'avez-vous fait parvenir à MonsieurDumontais?

Je vous donne le bonjour,

Louis



Sire,

Que de malheurs dans votre vie depuis que je vous ai écrit!

Je crois que je vais rappeler à Monsieur Dumontais ses devoirs envers vous.

Et Madame de Maintenon comment va-t-elle? Se remet-elle de la perte de la Duchesse de Bourgogne?

Et puis non, Sire, je tiens trop à notre amitié naissante pour oublier que je suis d'abord votre sujette avant d'être une amie. Je vous fais donc parvenir ce devoir bien plaisant, ma foi.

A bientôt, Sire, je vous souhaite le bonsoir.

Votre fidèle sujette
Sabine


Mademoiselle Sabine,

Je vous escris présentement de mon chasteau de Marly, en ce mois d'aoust 1715. Il y a desja plus de 3 ans que le duc et la duchesse de Bourgogne nous ont quittés, mais ils sont tousjours presens dans nos esprits et nos cœurs.

Monsieur Dumontais a eu la gentillesse de me faire parvenir les papiers de vostre travail. Je dois dire que la prime chose qui m'a impressionné est la texture de ce papier, ainsi que le genre d'encre qui s'y trouve. Cela est bien différent des gravures et portraits de mon tems. Je vous remercie de les avoir envoyés si prestement à ce brave Monsieur Dumontais.

Secondement, vostre texte m'a paru très à propos et je vous en félicite. J'ose espérer que vostre gouverneur vous en a fait compliment. Il faut sçavoir louer le travail bien fait, cela aide et encourage les jeunes personnes qui reçoivent une éducation. Je me permets donc, Mademoiselle, de jouer le role de vostre gouverneur et de vous complimenter.

Je vous donne le bonjour,

Louis


Sire,

En me rendant sur Dialogus, où j'ai l'immense honneur de pouvoir correspondre avec Votre Majesté, je me suis aperçue que j'avais oublié de répondre à la dernière missive de mon souverain... J'espère que Votre Majesté aura la délicatesse de bien vouloir me pardonner ce petit oubli.

Je suis bien contente que mon modeste opus sur Versailles ait eu l'heur de plaire à Votre Majesté... Tant mieux, Sire, vous m'en voyez ravie.

Petite rectification concernant mon état-civil, du moins si Votre Majesté me le permet. Je ne suis plus demoiselle mais une femme mariée et respectable de 38 ans... J'ai eu la possibilité de faire des études universitaires en histoire, ce qui fait que je connais assez bien les grandes étapes de votre règne qui fut certes long, mais également fertile en rebondissementset intrigues en tout genre...

J'espère que Votre Majesté en profite pour se reposer à Marly...et de cette manière nous revenir en pleine forme et bien reposé.

Merci de votre confiance Sire, cela me touche énormément.

A bientôt j'espère

Votre dévouée sujette
Sabine


Madame,

Veuillez excuser, je vous prie, ma mesprise au sujet du fait que je vous donnois le titre de «Mademoiselle». Mais, Madame, vous ne pouvez vous en prendre qu'à vous! En effet, c'est que vous devez estre encore une jeunesse dans le coeur et dans l'ame. Vostre manière d'escrire démonstre cette fraischeur de vostre coeur et de vostre ame, fraischeur que vous ne perdrez jamais, je vous lesouhaite de tout coeur!

Le plus humblement du monde, après cette mesprise, pardonnable j'ose l'espérer,

Louis


Sire,

Votre Majesté est toute pardonnée... et moi, comme vous le dites si bien, je n'ai qu'à m'en prendre à moi-même.

Vous avez raison... je suis quelqu'un de jeune selon les critères de mon époque (le 21ème siècle ) mais, sous votre règne Sire, les personnes qui passaient la trentaine faisaient figure déjà de personnes respectables, certes dans la force de l'âge... Sic transit gloria mundi!

Merci, Sire, c'est trop d'honneur que vous me faites là... Vous êtes certes à l'automne de votre vie mais votre jeunesse de coeur et d'esprit ne vous fait pas défaut, n'est ce pas? On sent que Votre Majesté a encore beaucoup de projets et déborde de vitalité... continuez comme ça, Sire... et surtout ne changez pas... Restez positif et gardez un bon moral, c'est le principal...

Auriez vous l'amabilité, Sire, de transmettre mes amitiés à Madame de Maintenon... ainsi qu'au petit dauphin.

Votre dévouée sujette,
Sabine



Madame,

J'ay transmis vos amitiés à Madame de Maintenon, qui se moqua de moy et crut que je perdois l'esprit, lorsqu'elle m'entendit lui expliquer nos relations. Mais vostre message est fait, tel que demandé.

Je vous transmets les miennes à mon tour,

Louis



Oh! Sire, c'est vous qui me faites rire et, en plus, vous me flattez, petit-fils d'Henri IV, digne descendant du Vert Galant.

Ce n'est qu'une réaction de la part d'une épouse aimante et soumise aux désirs d'un époux, quoi de plus normal....

Je connais ça aussi, et je vous prie de dire à cette chère Françoise qu'il n'y a rien de fâcheux entre nous. Si ce ne sont que des plaisanteries de bon aloi, en tout bien tout honneur.

Quoi Sire, elle vous a cru fou? Ah, mon Dieu! pauvre amie! et dire qu'elle est aussi sur Dialogus... Vous feriez mieux de la rassurer sur vos sentiments à son égard en lui envoyant un petit mot d'excuse.

Votre amie
Sabine
 


Madame,

Hé bien! Il semble que je ne sois point fou, puisque je reçois bien vos missives! C’est tout ce qui compte.

Je vous donne le bonjour,

Louis