Flore
écrit à

   


Louis XIV




Angélique de Fontanges

    Votre Majesté,

Dans la lettre «Combien de maîtresses avez vous eues?», lorsque vous citez les maîtresses que vous avez aimées, vous ne citez pas Angélique de Fontanges. Je voulais savoir si c'était un oubli ou si elle ne comptait pas pour vous. Qu'aimiez-vous particulièrement chez mademoiselle de Fontanges, à part sa beauté et sa jeunesse? Qu'avait-elle de plus que les autres pour vous plaire?

Cordialement,

Flore


Madame,

Vous remarquez bien. Et cela n’est point un oubli. Je ne dirois pas qu’elle ne comptoit point mais cela n’a point de comparaison avec Madame de Montespan, par exemple, qui me donna sept enfans. Ou avec Mademoiselle de La Vallière qui partagea ma vie si longtems et me donna aussi des enfans.

Mademoiselle de Fontanges estoit en effet très belle. Mais je dois avouer qu’elle ne brilloit point par son esprit et cela me lassa rapidement. Je ne saurois très bien vous dire, avec le recul, ce qu’elle avoit de plus que les autres, outre sa beauté particulière.

Je vous donne le bonjour,

Louis


Majesté,

En ce qui concerne l’affaire des poisons, pourquoi a-t-on soupçonné plutôt madame de Montespan qu’une autre sur la mort de mademoiselle de Fontanges? Mademoiselle des Œillets aurait pu vouloir se venger du fait qu’elle eut un enfant illégitime avec vous, et madame de Maintenon aurait pu en avoir eu assez de vous voir vivre dans le péché. Mademoiselle des Œillets aurait fait d’une pierre deux coups. Elle se débarrasse d’une rivale et se venge de madame de Montespan qui était favorite, alors qu’elle portait votre enfant sans honneurs. Pourquoi les nobles ont-ils des privilèges? N’est-il pas injuste par le hasard de la naissance, comme vous-même, de devenir milliardaire en levant le petit doigt alors que d’autres labourent, labourent et labourent et vivent dans la misère?

Prenez garde aux réactions du peuple. N’oubliez pas que c’est le peuple qui fait votre fortune. Vous lui êtes redevable. C’est le peuple qui a construit le château de Versailles.

De plus, n’oubliez pas les circonstances dans lesquelles est mort votre oncle, le roi Charles Ier.

En avez-vous voulu au duc de Buckingham d’avoir été son âme damnée et l’un des artisans de sa chute?

Cordialement,

Flore


Madame,

Mais que me chantez-vous là? D’où vient cette agressivité dont vous faites preuve? Vous ne m’avez point habitué à ce genre de missive.

J’ay respondu moultes fois sur le sujet de l’Affaire des poisons et de Madame de Montespan. Je n’ay rien à ajouter sur ce sujet. Les coupables ont esté punis et respondent de leurs actes devant Dieu.

Chacun des trois ordres du royaume a son role à jouer et je ne vois point comment cela pourroit estre autrement. S’il n’y avoit que des nobles et des ecclesiastiques, qu’adviendrait-il du royaume? Chaque role est important.

Vous me croyez riche? Sachez que si le Roy possède les biens de sa famille, l’argent et les domaines du royaume ne lui appartiennent point. Il en est seulement le dépositaire.
Pour le reste de vos insinuations, je ne prendray point le tems d’y respondre. Après plus de soixante-dix années de règne je ne croy point, Madame, avoir besoin de vos conseils.

Louis


Votre Majesté,

Comme vous dites, chacun a un rôle à jouer. Mais pourquoi ne serait-ce pas les nobles qui travailleraient et les pauvres qui se feraient entretenir, pour changer? Il est dans l'ordre logique des choses que se soit les plus démunis qui bénéficient d'un peu d'aide. Savez vous que, lorsque le château de Versailles a été construit, plus de deux cents personnes sont mortes à cause de la puanteur des marais? Et s'il n'y en avait eu que deux cents! Mais je suppose que vous vous en moquez, vous ne pensez qu'à la grandeur du château. Vous souhaitez être le plus grand roi du monde et je reconnais que vous êtes un très grand roi, bien que pour moi, le meilleur roi que la France ait connu soit votre grand-père, le roi Henri IV. Pour moi, un roi, ce n'est pas un homme bon à porter une couronne, aussi grosse et brillante soit-elle ou logeant un grand château. Pour moi, un roi c'est quelqu'un qui fait du bien à son peuple.

Pour terminer, je trouve indigne la comédie que vous avez infligée à la pauvre Louise de Lavallière. Ne vous êtes-vous pas demandé ce qu'elle pouvait ressentir en la conservant comme maîtresse pour batifoler secrètement derrière son dos avec madame de Montespan? Et vous avez fait la même chose avec madame de Montespan lorsque vous avez entamé une liaison avec madame de Maintenon. Pourquoi avoir choisi madame de Maintenon comme épouse plutôt que l'infante du Portugal ? Si la reine Marie-Thérése était décédée à l'époque de vos amours avec mademoiselle de Lavallière, l'auriez vous épousée?

Cordialement,

Flore

Madame,

L'estat noble est, par définition, un estat où les gens ne travaillent point.  Ils n'en ont d'ailleurs pas le droit.  La noblesse d'Espée a son propre role à jouer, le role militaire. Qant à la noblesse de Robe, elle s'occupe de rendre la justice en mon nom. Vous avez une drosle de conception de la societé de mon tems. Que croyez-vous, Madame? Que tous les nobles sont riches? Cela est loin d'estre le cas, bien au contraire. La majorité d'entre eux sont démunis, pour utiliser vos propres mots. Cet estat ne va point avec le rang social.  Il existe aussi des ecclesiastiques démunis. Evidemment, dans le meilleur des mondes, personne ne seroit démuni. Mais cela semble estre la volonté de Dieu, puisque mesme si mon règne se poursuivroit encore pendant mille ans, je puis vous asseurer qu'il y auroit encore des gens pauvres dans le royaume. Certaines choses, Madame, ne se règlent point en claquant des doigts. Et cela n'a rien à voir avec le fait d'estre noble ou roturier.

Je sais pertinemment comment se déroula la construction de Versailles et de ses jardins. Il est dommage que des gens soient morts mais ce sont là les risques du mestier. Allez-vous aussy me reprocher les morts sur les champs de batailles? Les malades et les fous dans les hospitaux? La contagion de la petite verole? Ce n'est pas moy, Madame, qui décide de la mort de ces gens. Personne n'est à l'abri de la mort, qu'il travaille à Versailles, sur un champ de bataille ou dans son champ en quelque part dans le royaume.

Je crois, Madame, faire le bien de mon peuple. Toutes mes actions sont dirigées dans ce sens. Bien seur que je souhaiterois en faire davantage. Mais le Roy, s'il est le lieutenant de Dieu, n'est point Dieu lui-mesme! Je connois mes devoirs, beaucoup plus que vous ne pourriez jamais vous les imaginer. Et si vous pensez que ma vision du mestier de Roy se limite à «porter une couronne» et loger «dans un grand chasteau», vous n'avez de toute évidence aucune compréhension ni de mon tems et de ses valeurs et ses moeurs, ni de mes actions, ni du mestier de Roy. Mais comment pourrois-je vous en vouloir, vous qui vivez sous d'autres cieux? Cela dit, avant de lancer des accusations dépourvues de sens, attachez-vous à comprendre mon règne et mon tems. Vous relirez ensuite vos propos qui vous sembleront tout à fait inconvenants.

Si j'ay esté un peu injuste avec Mademoiselle de La Vallière, je n'ay joüé aucune comedie. Cela n'a d'ailleurs jamais esté sa pensée. Encore une accusation sans fondement. Quant à un eventuel mariage avec Mademoiselle de La Vallière, je ne puis me prononcer sur des evenemens qui n'ont point eu lieu.

En ce qui concerne l'infante du Portugal, si j'ay considéré cette union pendant un moment, elle ne me paroissoit point si interessante pour me convaincre de me remarier.

Reflechissez bien, Madame, avant de lancer des accusations. Cela pourroit vous eviter de parler à travers vostre chapeau.

Louis