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Isabelle
écrit à

Lolita


Comment aurais-tu vieilli?


    Chère Lolita,

Je me suis toujours demandé comment tu aurais vieilli, si tu avais pu. Il m'arrive parfois de croiser des femmes-enfants qui ont vieilli. Ce n'est pas beau à voir. Les délicieux caprices enfantins deviennent ridicules, les minauderies des femmes de cinquante ans ressemblent à des grimaces... Tu devais te marier et avoir ton bébé. Aurais-tu été une bonne mère? Une bonne épouse? Ou bien étais-tu la séductrice indécrottable ou pire, la victime des fantasmes de ces messieurs? Ils te voulaient dotée d'un tour de cuisse de cinquante-deux centimètres au plus je crois. Qu'en penses-tu?

Au revoir Lolita. J'aurais tellement voulu te voir mûrir...

Isabelle, une femme mûre


Très chère femme mûre,

C’est à moi que tu parles? J’en ai pas l’impression. J’pense que tu t’adresses à quelqu’un d’autre! Comment je vieillirai? Qu’est-ce que j’en sais? À idx-sept ans, j’ai déjà vieilli plus que les autres filles de mon âge. Probablement que je ressemblerai à ma mère, qui elle-même ressemblait à Marlene Dietrich.

Me marier et avoir mon bébé? C’est ce que je fais! Tu devrais peut-être te renseigner avant de m’écrire! Et je serai une mère sensass', selon mon chéri. Tu m’accuses d’être une femme-enfant. Tu n’y es pas du tout: une enfant-femme, c’est ça que j’étais. Et puis c’était pas de ma faute, je te ferai remarquer, très chère femme mûre et fière de l’être!

J’aurais bien aimé voir la tête que tu aurais faite à ma place.

Ta lettre transpire la jalousie. Dis-moi, de quoi es-tu jalouse? De mon statut d’orpheline? De mon état d’esclave sexuelle? Du rôle de femme-objet qui m’a été imposé? T’as pas à te gêner, si c’est ce qui te fait envie, je suis sûre que tu trouverais preneur! Tu veux peut-être que je te refile le numéro d’Humbert ou de Claire Quilty?

Perso, j’aurais bien voulu autre chose, mais j’avais pas trop le choix. C’était ça ou la famille d’accueil. Et dans la famille d’accueil, j’aurais probablement pas été mieux.

Tu sais quel âge j’avais, quand tout ça a commencé? Treize ans. T’étais comment, toi, à treize ans? Une femme mûre, peut-être?

Il me semble que tu devrais plus être fâchée contre Humbert Humbert, qui a profité du fait que j’étais sans père ni mère pour me voler mon enfance. C’est lui qui en voulait à mon tour de cuisse. Pas moi. S’il ne m’aimait que pour mon apparence, c’est son problème, pas le mien. Moi, je ne l’aimais pas pour son apparence. Je l’aimais parce que c’était mon père. Le mari de ma mère. Rien d’autre.

En fait, je voulais juste avoir la paix. Et faire du théâtre.

J’y comprends que dalle, à ta lettre agressive! J’ai vraiment l’impression que tu ne sais pas à qui tu t’adresses. Que crois-tu savoir de moi, au juste? J’aimerais bien que tu répondes à ça, car ça m’intrigue: qui penses-tu que je suis?

Au revoir, femme mûre qui aurait voulu me voir vieillir (probablement pour se rassurer).

Lo


Chère Lolita,

Je n’ai aucune jalousie et si je t’ai parue agressive dans ma lettre, ce n'était pas du tout intentionnel. Du reste, tu as raison en tout. Je ne suis pas fière d’être une femme mûre, c’est juste mon état actuel. Je te souhaite le bonheur et la légèreté qui t’ont été volés, de tout mon cœur chère Lolita.

Isabelle, qui aurait aimé te connaître et te protéger


Ah! Voilà qui est sacrément plus chouette!

C’est gentil de vouloir me protéger. Tu sais ce qu’il y a de plus affreux, quand on meurt? C'est qu’on est complètement seul!

Lola
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