Lettre d'acceptation
de Lolita
à l'Éditeur

  Monsieur Dumontais,
 
Pffft! Ça fait franchement trop formel, «monsieur Dumontais». Je préfère encore vous appeler «papa»! De toute façon, qu'est-ce qu'un nom? Ce n'est ni une main, ni un pied, ni un bras, ni un visage, ni rien qui fasse partie d'un homme... Héhé! Pas mal, non? J'ai appris ça sur les planches! C'est de Chat qui expire! (Ça faisait marrer mes camarades quand je disais ça.)
    
Donc, ce sera «papa», étant donné que vous êtes en âge de l’être... Quant à mon nom à moi, personne ne veut le prononcer. Le matin, on m'appelle Lo. Quand je suis en pantalon, on préfère Lola. À l'école, c'est Dolly. Les intellos «me désignent sous le vocable ronflant» de Lilith. Finalement, c'est Lolita quand je n'ai plus le choix...
 
Il faut dire que mon prénom n'est pas des plus joyeux: Dolorès! «Douleurs» en espagnol! Et au pluriel, en plus! On comprend les gens de vouloir l'éviter.
 
Moi, j'aurais voulu être comédienne. Mais mon autre papa, Humbert Humbert, était trop jaloux: la scène qu’il me réservait était toute autre...
 
J'ai cru avoir ma chance avec Claire Quilty, seul amour de ma vie, mais il attendait de moi en retour des choses... Oh, des choses...Ça n'a plus d'importance maintenant!
 
Mais voilà que j’arrive ici et que je rencontre toutes sortes de gens, des artistes, des auteurs, des gens du monde du théâtre... Serait-ce enfin ma chance d'exercer mes talents dramatiques? Ce serait sensass! Ça me ferait passer le temps: surtout qu’en ce moment, je suis enceinte et je ne peux presque plus me bouger... Écrire sur Dialogus! Ce serait chouette!
 
Oh, vous direz que je sais pas parler! Que pour faire du théâtre, il faut savoir! Comment voulez-vous que je sache? Hummy ne me laissait jamais y aller. Mais pour les gros mots, ne vous inquiétez pas! J’en ai plein la bouche mais je ferai attention. Vous me demandez d’écrire... c’est différent que de parler!  D’ailleurs ma mère serait contente, elle qui voulait toujours que je soigne mon langage. Et que je parle en français! Il faut aussi comprendre que les gros mots, quand j’avais douze ans, quatorze ans, c’est tout ce que j’avais pour protester! Enfin... pour essayer.
 
Mais ici, c'est les planches! Les projecteurs! La comédie! La tragédie! Chat qui expire et Quilty!
 
Levez les rideaux! Les douleurs au pluriel entrent en scène!