Florence
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Lilith

     
   

Une bonne claque

    Petite Lilith,

Ainsi, tu veux jouer à la méchante? Au vu de tes réponses, tu dois y mettre vraiment du tien, n'est-ce pas?

Être mauvais ne s'apprend pas, c'est inné, alors je te conseille de retourner jouer avec tes poupées. Il a dû te manquer quelques bonnes fessées dans ton enfance!

Sans rancune,

Florence
«Grande» Florence,

Il va falloir élargir ton vocabulaire et ton esprit - aux forceps si besoin - et tenter de concevoir que l'univers n'est pas manichéen. Je ne suis ni gentille, ni méchante, ni le bien, ni le mal. Je suis au-delà de ces notions, de par ma double nature, angélique et démoniaque.

Quant aux fessées mmmmmmhhhhh, avec plaisir!

Et toi, Florence, un petit mot suffit-il à te définir? Serais-tu satisfaite qu'on dise simplement de toi que tu es "gentille" ou "méchante"? Si tel était le cas, le soir venu, à l'heure où chacun contemple sa vie, tu soupireras de n'avoir connu personne qui appréhende toute la subtilité de ton être.

LiLiTH

Tiens, j'ai toujours rêvé de perdre le pouvoir que je croyais avoir pour me retrouver soumise à quelqu'un de plus fort!

Tu as bien raison, ma chère. Je ne suis ni gentille, ni méchante. Je ne suis que le simple reflet de mes passions, ainsi que de mes pulsions. Et le jour où chacun contemplera sa vie, je serai sereine parce que j'aurai réalisé mes buts et mes rêves.

À dessein, je t'ai envoyé ce premier message provocateur, car tu m'intéresses beaucoup. Tu es un peu la personne que j'aurai aimé être tout en sachant pertinemment que je ne le serai jamais, pour la bonne raison que je désire choisir une voie saine. Dis-moi Lilith, qu'est-ce qui t'a empêché de m'envoyer sur les roses, à la lecture de mon message?

Florence

Tu es un être qui choisit, qui s'enflamme, qui palpite, et cela transparait dans tes mots. Tu as choisi de me provoquer et j'ai choisi de ne pas répondre à cette invitation. Pourquoi? Je crois que tu le sais et que cette provocation avait un objectif plus intéressant à mon goût que de déclencher mon courroux.

Tu me dis que tu veux suivre une "voie saine", saine pour toi-même ou au regard de la société? Raconte-moi cette voie.

Je déduis de cette volonté affirmée que tu juges ma propre voie malsaine. Ce qui est sain un jour ne l'est plus le lendemain. Enfile donc une couche culotte et fais tes besoins devant tout le monde. Cela m'étonnerait que l'assemblée s'extasie en disant "hooooo elle a fait la grosse commission!".

Tout est question de contexte, de moment...

LiLiTH

Ma provocation avait un objectif en effet. Et je crois que dans le secret d'une communication telle que la nôtre, elle se devine aisément.

Quand je parle d'une voie saine, je pense à une vie dans laquelle le mal -ou ce qui lui donne racine- soit le plus éloigné de moi. Je sais que si par hasard je tombais dans la mauvaise voie, ce serait le gouffre qui ne me laisserait plus jamais m'enfuir. Mais, malgré tout, il me plaît, je l'avoue.  Je flirte donc sur les deux chemins, poétesse et prisonnière à la fois.

Là où tu te trompes, c'est qu'en fait, je t'admire pour la voie que tu as choisie de suivre. Je n'ai jamais retrouvé quelqu'un tel que toi.

La vie est ainsi, n'est-ce pas?

Florence

Le mal !

J'ai parcouru le monde, depuis l'origine, et j'ai rarement vu une notion plus fluctuante. Rares sont les hommes qui arrivent à définir clairement le bien et le mal d'une façon universelle. Nombreux sont ceux qui aspirent à se tenir éloignés du mal, mais qui recherchent finalement l'absence de culpabilité ou la légitimité de leurs actes.

Si je décide d'être bonne en me conformant aux Saintes Ecritures, je serai une pêcheresse au regard de biens d'autres religions. Un acte anodin sur un continent est mauvais sur un autre.

Comment penser que les hommes puissent concevoir ce qu'est réellement le bien et le mal, alors qu'ils sont parvenus à légitimer l'acte de tuer à travers la peine de mort?

Et si tu n'étais pas au bord du gouffre? Et si tu avais tout simplement conscience de la nature mouvante de la frontière qui sépare le bien du mal? Il n'y a qu'un arbitre ma Belle: ton esprit! Celui qui a la connaissance du bien et du mal depuis que ton ancêtre a croqué la pomme. Nourris cet esprit, éclaire-le, ouvre-le à d'autres horizons.

LiLiTH