Lisa
écrit à

   


Lilith

     
   

Toi et moi, le bien et le mal

   
Salut, soeur!

Ne te fâche surtout pas si je te tutoie. Tu me le diras, si tu ne le désires plus, d'accord? Sans rancune.

Je t'appelle ma soeur pour la simple et unique raison qu'on m'appelle Lilith, moi aussi. C'est un de mes nombreux «noms». Mais je me demandais quelque chose. Es-tu la version féminine du mal? Es-tu «purement méchante»? Ou es-tu complètement le contraire et je me trompe carrément? On t'a toujours associée au mal, près de moi, et je m'étonnerais d'entendre le contraire.

On m'appelle Lilith justement parce que je peux être méchante. Pas violente, ni sadique, mais mes lectures et mes intérêts peuvent en troubler certains. Le meilleur exemple serait ceci: le film «Orange Mécanique» est mon film fétiche. Bizarre, pour une jeune femme de dix-neuf ans, non? Mais je m'égare, désolée. Je m'égare toujours.

Je t'écrivais par curiosité. Que veux-tu, la curiosité est souvent un bien vilain défaut!

J'attends ta réponse, et j'espère.

Lilith - Lisa

Lisa,

Tu, vous... qu'importe! J'ai parlé tant de langues qui ne connaissaient pas ce «vous». Mais «soeur», voilà qui est inopportun, parce que je ne peux être ni soeur, ni fille, ni cousine, ni nièce, ayant été créée et non enfantée.

Suis-je «la version féminine du mal»? Suis-je «purement méchante»? Encore et toujours cette tendance humaine au manichéisme! Comme vous êtes incohérents! N'y a-t-il donc que le bien et le mal et rien entre les deux? Si le monde était ainsi, le blanc d'une côté, le noir de l'autre, l'ombre et la lumière, le jour et la nuit, vous n'auriez plus jamais le bonheur d'admirer un crépuscule, de regarder le ciel se teinter de pourpre, saigner, s'encrer, chasser la pâleur du jour pour livrer une palette d'or, d'écarlate et d'ébène.

Je ne suis pas la version féminine du mal et je ne suis pas purement méchante, de même que je ne connais aucun être purement gentil !

Tu dis que tu es méchante? En vertu de quelle loi, quelle règle, quelle éthique, quelle morale? La méchanceté, comme le mal d'ailleurs, sont des notions tellement subjectives...

LiLiTH