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essuacnedrarég
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Lilith
Lilith


Ride the lightening


    Une superbe nuit...

Un violent orage crache sa rage contre mes volets clos.

Je suis étendu, fixant l'obscurité que viennent déranger de majestueux éclairs -viendras-tu me combler de tes charmes, ma sublime tentatrice?

A moins que tu ne redoutes que ce soir le ciel t'envoie sa foudre divine, car il est vrai que toi aussi as franchi la porte et que tu ne joues plus. Le sais-tu, que peut-être, désormais, tu es une des pièces maîtresses du grand échiquier?

Malgré cela je t'attends, Toi, car tes succubes me lassent... Daigne, ne serait-ce qu'une fois, me laisser goûter réellement à tes indéfinissables charmes... S'il est, pour ce faire, un échange à fournir, sache que ma passagère est prête à partir pour un autre voyage en ta diligence...


Ami d'Eliphas,

Le soleil ne s'est pas encore levé. Entre chien et loup je foule la terre détrempée par l'orage de cette nuit. Je me souviens de la toute première fois où j'ai entendu gronder le tonnerre et où j'ai vu des éclairs déchirer la nuit. C'était il y a si longtemps! Je n'avais pas pensé que c'était là une manifestation de la colère divine, oh non; j'avais eu le sentiment que l'univers faisait écho à ma révolte.

Viendrai-je te combler? Et toi, me combleras-tu? Quels soupirs, quels gémissements m'arracheras-tu? Quelle extase m'offriras-tu? Tu te lasses de mes succubes... imagine la lassitude que je peux concevoir après des milliers d'années d'existence! A toi de jouer les tentateurs.

Surveille l'échiquier, tu verras comme les rois ne se méfient pas assez des fous.

LiLiTH


Un fou ....

Il est vrai que j'ai souvent le sentiment de marcher les yeux bandés sur un fil tendu entre deux abîmes. Ce fil symbolise t-il ma vie, ou mon destin?

Pour moi, la vie pourrait se représenter plutôt sous la forme d'un arbre qui commence à son  tronc. Tu as ensuite le choix de choisir une des ramifications qui te sont offertes, à droite ou à gauche, ou au milieu avec un peu de chance. Par la suite, les ramifications se font multiples, mais au bout de la branche tu finiras par goûter le fruit.

Un bien grand symbole que ce fruit... Etait-ce vraiment une pomme que ta chère amie a offerte à cet inutile Adam? Etait-ce le fruit de la connaissance ou celui de l'immortalité?
Quoi qu'il en soit, le cadeau que le serpent a donné à Ève ce jour-là était une ruse sans nom qu'il apprécie de jour en jour.

Comme toi, pourtant moi humain, je souris chaque jour à regarder mes semblables goûter à toutes les pommes de l'arbre. Penseront-ils à laisser un fruit pour qu'il puisse renaître? J'en doute.

Lorsque nous aurons goûté à toutes les pommes, lorsque nous aurons toutes les réponses, lorsque les humains seront supérieurs aux démons (méfie-toi, ma chère Lilith), lorsque nous serons devenus des dieux... Y aura t-il une fin ou un commencement?

Toutes ces questions sans réponses... toi qui connais, dit-on, le nom de Dieu, pourquoi depuis tout ce temps ne l'as-tu pas crié, ne l'as-tu pas hurlé vers les cieux, car tu viens de te trahir en me parlant de lassitude... Est-ce vraiment à toi, Lilith, que je m'adresse?

Peu importe en fait, si humain tu es, toi qui converses avec moi par ces textes, je te remercie, car tu as le don par ta répartie de me faire RÊVER...


Je sens dans tes lignes l'enthousiasme du fou traversant sa diagonale; je sens aussi le chaos qui t'agite. Tes questions se bousculent, tes sentiments s'entrechoquent.

Tu vois, lorsque je regarde un homme et que je me penche sur son destin, je vois le champ des possibles. Cela pourrait ressembler à un arbre en effet, à la condition qu'il y ait une forêt et que les arbres des uns puissent bousculer les arbres des autres. Le champ des possibles est la somme de tout ce que la vie peut offrir à chacun et de toutes les interactions possibles entre les êtres.

Ta vision de l'arbre et des fruits est néanmoins intéressante, et tu as raison lorsque tu dis que les hommes continuent de croquer dans le fruit: parce que finalement, c'était quoi ce fruit? Ne pas manger les fruits de l'arbre de la connaissance revenait à accepter que Celui-que-je-ne-nomme-pas décidât seul de ce qui est bien ou mal. Détenir cette connaissance, c'est se doter d'un immense pouvoir: celui de décider -tel le Créateur- de ce qui est bon ou mauvais et, conséquemment, de faire ses propres choix.

Pourquoi je ne prononce pas Son nom? Comment puis-je éprouver de la lassitude? Il m'a créée et cela fait de moi un être divin, à partir de la même glaise primordiale que le premier homme; et Samaël m'a donné l'immortalité et m'a ouvert son royaume. Je suis une créature particulière, jeune Papus, à la fois divine et démoniaque, et je ne veux rien changer à cela, même si cette glaise primordiale me rend accessible aux sentiments humains tels que la lassitude. Mais rassure-toi, je ne suis pas lasse de mon existence; j'évoquais simplement l'intérêt que pouvaient représenter les amants de passage.

Mon état me convient, je n'en changerai pas, et si je prononçais le nom de Celui-que-je-ne-nomme-pas, je prendrais le risque de me rapprocher de lui et de m'éloigner de ce que je suis...

LiLiTH
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