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William
écrit à

Lilith


Qu'en pensez-vous?


   

Cher Lilith,

J'ai une question brève à vous poser: n'y a-t-il point d'amour dans ce qui est austère?

Vous trouvez cette question plutôt étrange, non?

Ce que moi je trouve étrange et merveilleux à la fois, c'est que cette question m'a traversé l'esprit comme un éclair, comme si elle avait été commandée.

William



William,

Comment l'austérité, qui est sévérité et rigueur, pourrait-elle abriter le sentiment qui rend l'homme léger, aventureux, fou, extatique, torturé, déchiré, distrait, guilleret, radieux, illogique, tendre, passionné, idolâtre?

L'Amour n'aime pas les barrières, William.

LiLiTH



De tout ce que vous avez nommé, ce que je connais le plus est la torture et le déchirement.

Je comprends maintenant pourquoi je ne parviens pas à m'aimer.

Reste a savoir quelle espèce d'esprit malade m'a dicté une pareille absurdité! Satan?

Je suis désolé pour ce désagrément.

William, l'homme qui ne connaît pas l'amour mais qui continue d'espérer.

P.-S.: merci de m'avoir éclairé.


Et si tu apprenais à t'aimer?

Chaque soir, regarde-toi dans un miroir et parle-toi. Dis-toi à haute voix une raison de t'aimer ce jour-là, un détail que tu as apprécié dans ton comportement, ton physique, ton travail...

Pourquoi quelqu'un t'aimerait-il, si tu n'acceptes pas de t'aimer toi-même?

LiLiTH



Bonjour!

Mais quelle grande surprise! Je ne m'attendais vraiment pas à cela, chère Lilith. Il y a bien longtemps que nous ne nous sommes parlé.

Je tiens tout d'abord à m'excuser pour la lettre dans laquelle je vous ai posé cette question: «N'y a-t-il point d'amour dans ce qui est austère?» Une question totalement immonde, tout droit sortie de l'ego, source des souffrances. C'est une chose que j'ai apprise depuis notre dernière conversation, et c'est ainsi que j'ai compris pourquoi il n'y a rien, ou pratiquement rien, de bon en l'homme: c'est tout simplement dû à son ego.

Et pour répondre à votre question, non: je ne compte pas apprendre à m'aimer car, en m'aimant, c'est surtout mon ego que j'aimerais et je deviendrais exactement comme ceux que je déteste. J'ai vraiment de la haine envers les hommes en général alors que j'ai un profond respect pour la majorité des femmes.

En parlant de respect, je tiens sincèrement à m'excuser de vous avoir chassée de ma demeure, à moins que je ne fasse erreur sur la personne? Voyez-vous ce dont je veux vous parler? Est-ce vous qui m'avez rendu visite un certain soir pour me réconforter? Si oui, je vous remercie sincèrement tout en m'excusant d'avoir agi comme j'ai agi, c'est inexcusable. Sinon, si je fais erreur, ignorez juste cette partie de la lettre.

William, l'homme qui n'attend plus et n'espère plus, car la joie et l'espérance ne sont qu'illusion de l'ego.



William,

Je vais te laisser méditer ceci: n'est-ce pas faire preuve de discernement et de bon sens que d'aimer ce qui est digne de l'être? Si tu deviens aimable, ne dois-tu pas t'aimer alors? Si malgré tout, tu t'en empêches, l'ombre de ton ego redouté n'assombrit-elle pas ton jugement?

Et, non, tu ne m'as point chassée... je ne donne ce droit à personne.

LiLiTH



Chère LiLiTH,

La kabbale dit que c'est par la dissolution du Moi seulement que nous pouvons parvenir à la Libération absolue. L'ego, le Moi, n’est jamais quelque chose d’individuel, d’unitaire, d'uni-total. De toute évidence, le Moi est une somme de Moi (le Moi pluralisé) et ceux qui nient la doctrine des multiples Moi, ceux qui adorent un Moi divin, ne se sont sans nul doute jamais auto-observés sérieusement. Aucun de nous n’a de Moi véritable, permanent, immuable, éternel, ineffable, etc. Aucun de nous n’a vraiment une véritable et authentique unité d’être. Ce qu’on nomme Moi divin ou Moi supérieur, Alter Ego ou quoi que ce soit du genre, est une supercherie du Moi-Même, une forme d’auto-tromperie. Et pour le zen, porter le néant dans le cœur, c'est porter le tout.

Celui qui veut dissoudre son ego ne doit-il pas abandonner l’amour-propre et la surestimation de lui-même?

Dites-moi ce que vous en pensez.


Tu es libre de tes croyances et je ne prêche pour aucune paroisse mais nous ne suivons pas les mêmes voies. Crois-tu que mon histoire est celle d'une libération par la dissolution du Moi?

Chaque doctrine, chaque philosophie a du bon et du mauvais. J'aime l'idée de cheminement de la kabbale, l'idée de parcours initiatique mais je ne peux accepter la diabolisation systématique du Moi. Et lorsque je dis systématique, je ne parle pas que de la kabbale. Depuis l'origine, les hommes sont dressés à culpabiliser. On leur apprend à ne pas privilégier l'individu. Tout est conçu pour que l'homme s'oublie au profit d'une communauté, pour qu'il soit un bon outil.

Ce que je prône te semblera peut-être moins louable, pourtant j'entrevois ce que pourrait être le monde si chacun l'expérimentait. Je refuse la dissolution du Moi car je sais ce que le Moi pourrait devenir. Lorsque j'encourage les hommes à devenir des Humains, c'est de cela dont je parle: des êtres dotés d'un Moi conscient et qui travaillent à l'élever, en harmonie avec l'Univers.

LiLiTH



L'homme est capable du meilleur comme du pire, certes! mais surtout du pire. Le passé et le présent en témoignent et le futur le prouvera certainement. L'homme se considère toujours comme un être supérieur et continue son petit bonhomme de chemin sans ouvrir les yeux sur les conséquences de ses actes. Au fil du temps, le ciel s'obscurcit au-dessus de nous. D'un côté, notre foi est attaquée par la rouille due au mal que font certains hommes -malheureusement de plus en plus nombreux; de l'autre, par l'oubli causé par le confort matériel qui ferme les yeux de certains.

L'humanité doit immédiatement quitter le monde des passions pour pouvoir enfin entrer dans le monde de la compassion. Mais en est-elle vraiment capable? En ce qui me concerne, il y a bien longtemps que j'ai cessé de croire en elle.

William



L'Humanité connait une période de dérive, de perdition, il est vrai. Son évolution l'a coupée de l'Univers; elle a oublié qu'elle était une forme de vie parmi des milliards d'autres formes de vie et que toutes ces vies cohabitent.

Si les hommes grandissaient, ce n'est pas l'oubli d'eux-mêmes qu'ils choisiraient mais la conscience de toute vie.

LiLiTH


Chère Lilith,

Oublier le je, le soi, l'ego, facilite l’accueil de la paix intérieure. C’est un repos que de perdre le désir des exigences tyranniques du «pour soi».

William



Je ne cherche pas le repos, William, je ne l'ai jamais voulu, ni connu.

LiLiTH


Chère Lilith,

C'est donc vrai ce qu'on dit de vous? vous êtes bien la reine des succubes?

Dites-moi! qui était cette femme, celle qui m'a rendu visite une certaine nuit? Une succube?


William



William,

Certaines femmes savent fasciner les hommes et laisser dans leur sillage un parfum de mystère et de séduction, sans pourtant être des succubes. Elle était l'une d'elles.

LiLiTH


Chère Lilith,

Aucune femme ne peut me séduire!

William


William,

Ta réponse sonne comme celles de ces gens qui disent «jamais» sans penser que tout peut arriver...

LiLiTH



Chère Lilith,

Je ne suis pas comme ces gens qui disent «jamais», car je n'espère plus et n’attends plus rien de la vie. Je ne vis plus dans le monde des émotions illusoires, mais dans le monde des faits réels ; je ne m'en tiens qu'aux faits et c'est un fait : les femmes n'ont pas ce qu'il faut pour me séduire, tout comme je n'ai pas ce qu'il faut pour les séduire.

William


Les mots sont puissants, sais-tu? Ils ont leur propre magie. Lorsque j'ai dit «je ne serai jamais l'esclave d'Adam», consciemment ou non, mon esprit a par la suite fait tout ce qui était nécessaire pour ne plus être son esclave, y compris m'aider à accepter de douloureux sacrifices.

Ce que les hommes oublient souvent c'est que ce qu'ils disent modèle leur vie... Si tu veux modeler la tienne ainsi, libre à toi.

LiLiTH


Chère Lilith,

Bien sûr que je le sais, mais quand bien même je me dirais le contraire, cela ne me rendrait pas plus attirant ou désirable puisque je ne possède tout simplement pas ce que les femmes recherchent. Et sache que cela me laisse complètement indifférent, car l'amour n'est pas un besoin mais un désir de l'ego.

L'ego n'aime que lui, que pour lui. C'est notre ego qu'on caresse quand on tend vers une relation affectueuse avec l'autre. L'ego dit: j'aime la relation, donc j'aime cet autre auquel je suis lié, je l'aime pour ce qu'elle m'apporte et non pour ce qu'elle est.

Pour l'ego l'autre n'est qu'un objet de désir.


Certains méconnaissent l'amour au point d'aimer en réalité l'amour que l'autre leur porte.

D'autres savent...

LiLiTH 

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