Gérard Lison
écrit à

   


Lilith

     
   

Quelques questions personnelles

    Chère Madame Lilith,

Je ne suis guère versé en démonologie et je vous prie de pardonner mon ignorance, mais êtes-vous pour quelque chose dans la création ou l'inspiration à la création de la poupée Barbie? Quand on voit combien de fillettes le corps de cette poupée difforme a incité à l'anorexie et le caractère assez, euh, «déterminé» de sa représentante sur Dialogus, je me pose des questions particulièrement quand on voit les méthodes de «marketing» de Mattel. Certaines méchantes langues prétendent également que vous seriez capable de provoquer à volonté des crises d'épilepsie chez vos ennemis (et vos amis au besoin) et que vos rapports avec les enfants seraient plutôt délicats. Comme je fais partie de la gent masculine, j'espère que vous ne m'en voudrez pas de vous demander ce que vous pensez des hommes, de votre rivale Ève et d'Adam et, indirectement, de nous, pauvres mâles. Enfin, dans le domaine de la sexualité, ne craignez vous pas les infections sexuellement transmissibles et particulièrement le SIDA? Entre nous, le sexe aujourd'hui tue plus que la guerre.

Faites la Guerre pas l'Amour, c'est plus prudent !
Cher Gérard,

Je puis vous assurer que je ne suis pas l'inspiratrice du corps de Barbie. Ce corps-là n'est pas humain et ne pourrait pas enfanter. Quant à l'esprit de Barbie, qu'il s'exprime sur Dialogus ou dans les jeux des enfants, je plaide coupable. Il faut dépasser l'archétype de la jolie fille, future mère modèle que semble représenter Barbie. Il suffit d'observer les jeux des fillettes pour le comprendre. À travers Barbie, elles peuvent braver tous les interdits, ce sont elles qui dirigent et Ken n'est qu'un accessoire... Par contre, mon cher, pour tout ce qui concerne le merchandising, je vous renverrai à Satan.

Concernant les légendes qui courent sur moi, que vous dire? Vous pouvez interpréter mon histoire à travers différentes traditions et vous aurez à chaque fois une Lilith différente. J'ai porté tant de noms, vécu tant
d'existences. Je pourrais provoquer des crises d'épilepsie, bien sûr, et plus encore. Mais la question qu'il faut se poser est: dans quel but? Ce que l'ont tend à oublier est que je suis une porteuse de connaissances, un être intelligent.

Vous évoquez les enfants et vous devez savoir que je suis capable d'engendrer une multitude, mais que, ce faisant, je condamne cent de mes enfants à mourir chaque jour. J'ai donc renoncé à concevoir une progéniture humaine. Les femmes infertiles sont bien mal traitées dans les légendes: si on ne pond pas, on va certainement détruire les oeufs des autres... et on a dit de moi, notamment, que j'étranglais les nourrissons. Pourquoi le ferais-je? Les anges qui m'ont poursuivie lorsque j'ai quitté l'Eden m'ont fait un cadeau inestimable: à sa naissance chaque enfant m'appartient durant au moins huit jours. Croyez moi, cher Gérard, cela me laisse le temps de choisir mes enfants, de faire des voeux pour eux et de leur offrir mon étincelle et si quiconque s'avisait de vouloir les étrangler...

Pour répondre à votre question suivante, je dois vous rappeler que chaque femme est issue d'Adam également. Je ne considère pas que les hommes soient des petits d'Adam et les femmes des enfants d'Ève. Adam était un être qui n'a pas accepté qu'une créature différente de lui, mais née de la même glaise, puisse être son égale. Imaginez ce que l'univers aurait pu être s'il avait simplement accepté cet état de fait. Nos différences ne nous auraient pas divisés: nous nous serions complétés. Ève est la réponse de Dieu à la solitude d'Adam, une réponse plus «adaptée».

Quant à ce que je pense des hommes... mes enfants, ceux auxquels j'offre mon étincelle sont aussi bien des garçons que des filles. Seul l'esprit compte Gérard, le reste n'est qu'emballage. Mais peut-être voulez vous parler des rapports que j'entretiens personnellement avec les hommes? Je suis l'inspiratrice des plaisirs, créatrice de la sensualité et maîtresse de la sexualité et il serait dommage que je mène une vie de religieuse, non?

Ce qui m'amène directement à votre question sur le SIDA et les IST. Êtes-vous vous-même concerné par cette maladie? Personnellement, je ne puis être affectée par les maladies humaines. Votre époque connaît cette chance inestimable de disposer de moyens d'information permettant de mettre les gens en garde contre ces maladies. Paradoxalement, les gens de votre époque, tellement gavés d'informations, négligent encore ces mises en garde. Ce n'est pas le sexe qui tue, c'est l'absence de discernement. Ce virus est redoutable, bien sûr, mais je vous laisse imaginer ce que représentait il y a quelques siècles une maladie comme la peste, sans moyen d'information, sans médecine moderne...

Faites l'amour Gérard, et la guerre si tel est votre choix!

LiLiTH

Chère Madame Lilith,

Je vous remercie de cette courageuse et complète réponse. Rassurez-vous, je suis séronégatif mais nul ne peut aujourd'hui se taire face aux IST.

Je vous ai interrogé sur les IST car les ligues féministes des années 60 utilisaient votre «logo» pour promouvoir la «libération» sexuelle et la désertion au Viêtnam avec pour résultat les épidémies incontrôlables de maladies sexuellement transmissibles qui auraient pu et du, dès cette époque, pour la plupart (verrues en crêtes de coq, syphilis, blennorrhagies, chlamydias, herpès, etc.) être éradiquées sans l'inconséquence hippie. Leur slogan «Faites l'amour, pas la guerre» entraîna finalement plus de pertes humaines que la guerre du Viêtnam (Viêtnam 68 000 morts et 140 000 blessés en 10 ans,  IST pour le seul Sida: 25 000 000 de morts en 25 ans et un nombre incalculable de personnes rendues stériles ou mutilées à vie par les séquelles des inflammations et infections des blennorrhagies, herpès et verrues en crête de coq etc. et ça se poursuit, même pour les moins de dix-huit ans). Je demeure persuadé qu'on aurait du en rester à faire la guerre. J'invite mes détracteurs à aller dans un service médical pour adolescents et jeunes adultes et voir ceux qui y sont amenés quotidiennement: un enfer sur Terre! C'est très pénible de voir certaines adolescentes atteintes de blennorrhagies au point qu'elles en ont des sérosités purulentes dégoulinant depuis leur entrejambe jusque dans leurs chaussures, ou encore s'étouffant dans la tuméfaction des tissus de la gorge suite à des inflammations causées par des fellations non protégées, ou encore décharnés comme des momies par le SIDA et qui n'osent en parler à cause de tabous sur la sexualité qui persistent et qui se retrouvent mêmes renforcés par le caractère devenu purement mécanique de l'acte sexuel et le caractère forcé -comme un rite de passage- de la défloraison de plus en plus précoce et de plus en plus contraint par la pression du groupe.

Quand je rappelle le slogan : «Sortez couvert», je me fais qualifier de puritain; c'est à voir... Pour ce qui est d'Adam, il est certain qu'Ève fut sans doute le pire cadeau empoisonné que Dieu lui ait fait. Vous n'avez pas croqué la pomme (que je sache) et si vous l'aviez fait vous n'auriez pas cherché à fuir vos responsabilités comme l'a fait Ève dans les bras de son mari. Elle a mangé du fruit défendu, puis, pour éviter qu'Adam ne l'abandonne, voire ne la punisse, elle l'a obligé à fauter avec elle avant d'entraîner Adam dans sa chute, préférant le condamner avec elle plutôt que d'assumer seule le choix de ses actes. Il aurait mieux fait de vous garder mais il a préféré -ou plutôt il semble que ce soit Dieu qui ait préféré lui donner- ce type d'épouse lâche et soumise.

Pour Barbie et pour tout le reste, je vous remercie de votre patience comme aussi de ces précieuses informations.

Amicalement,

Gérard


Cher Gérard,


N'oubliez pas ma nature mon ami... si les descriptions de plaies chargées d'humeurs et d'entrejambes suintantes peuvent toucher vos détracteurs, elles ne peuvent m'atteindre. Je ne ressens pas la pitié au sens où les hommes l'entendent. Mais cela ne m'empêche pas de percevoir votre révolte et de comprendre ce que traduit votre incitation à la guerre.

Toutefois, si ces maladies sexuelles sont à vos yeux un fléau, souvenez-vous que votre point de vue vous est personnel. Des hommes revenus de la guerre sans leurs jambes, incapables de marcher ou de faire l'amour pour le reste de leur existence auraient peut-être préféré être emportés par l'une de ces maladies. La vision de la mort -et de la maladie en ce qu'elle est une étape vers celle-ci- est insupportable aux hommes. Chacun réagit en fonction de ce qu'il ressent et de ce qu'il est.

Et pourtant Gérard, les hommes continuent d'être imprudents, violents, dominateurs et ils engendrent ainsi la souffrance, la maladie et la mort qu'ils craignent tant.

Qui blâmer? Le sexe? Non, l'origine de tout cela est bien plus complexe. Adam et moi avons connu des étreintes charnelles et cela n'a pas eu de conséquences dramatiques. La pomme?  Peut-être, mais la pomme n'est qu'un instrument. J'étais là pour tendre la pomme à Eve, la pomme qui a fait de l'Humanité une race douée de raison, dotée d'un libre arbitre, mais aussi perpétuellement confrontée au bien et au mal.

Alors? Qui a créé l'arbre de la connaissance et ses pommes magnifiques, tout en interdisant la consommation de ces fruits merveilleux? Le tentateur n'est pas toujours celui qu'on pense...

LiLiTH