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 Carl M.
écrit à

Lilith


Par delà la morale, qu'y a-t-il?


   

Ma Dame obscure,

Vos pas, les premiers en dehors de l'Eden, m'ont ouvert la Voie de l'hérétique. J'ai plusieurs questions à vous poser.

Où cette voie conduit-elle? A la folie? À la connaissance? Mène-t-elle à une forme de quiétude, ou au contraire nous condamne-t-elle aux tourments éternels? Est-ce illusoire de chercher la quiétude dans la sagesse?

Conversez-vous parfois avec Nietzsche? Le reconnaissez-vous comme l'un de vos enfants? Est-t-il enfin parvenu à la quiétude de la sagesse, dans l'Autre Monde?

Vous sentez-vous plutôt proche de Nietzsche ou des satanistes LaVeyen? Pour reformuler la question: pensez-Vous qu'il faille chercher sa propre vertu, ou croire en l'individualisme comme moyen de recouvrer la liberté?

J'ai entrepris récemment le voyage au-delà du Bien et du Mal; je vais, trébuchant, vers ma propre vertu. Ce chemin du doute m'a mené vers l'angoisse et la perdition, car plus j'avance, plus les Ténèbres m'envahissent. Le nihilisme philosophique se confond avec l'absence de sens. Je sais toutefois qu'il ne peut y avoir de retour: j'ai brisé la mascarade de la Vérité, de la Morale.

Pourtant, depuis peu de temps, j'apprends l'acceptation de ma condition; acceptation mais pas soumission. Serait-ce cela qui a manqué à Nietzsche et provoqué sa folie?

Dites-moi, ma Dame, votre voie mène-t-elle vers la perdition ou la connaissance? Y a-t-il un salut pour nous, hérétiques?

Eclairez-moi de votre sagesse, Dame de la nuit.

Carl M.


Carl,

Voilà une réflexion qui mérite qu'on s'y attarde!

À la lecture de ta missive, on pourrait penser que les questions sont multiples; il n'en est rien. Toutes tes interrogations sont inextricablement liées. On ne peut, par exemple, parler de «voie de l'Hérétique» sans penser à LaVeyen et on ne peut discourir de LaVeyen sans évoquer Nietzsche.

Que tu étudies l'un ou l'autre, tu ne pourras manquer de remarquer qu'ils considèrent les dogmes et la morale judéo-chrétienne comme un obstacle à l'évolution et l'épanouissement. Par opposition et pour se débarrasser de cet encombrant héritage et grandir, ils posent un cadre nouveau, de nouvelles valeurs. Faut-il choisir un nouveau cadre pour évoluer ou grandir suffisamment pour ne plus avoir besoin d'un cadre?

Choisir d'être hérétique, d'être celui qui choisit, c'est nourrir suffisamment son esprit pour être capable de faire des choix éclairés. L'homme qui devient un humain, tel que je le conçois, étudiera peut-être Nietzsche, le satanisme LaVeyen, les grandes religions, l'histoire des civilisations... mais il regardera aussi l'univers et lui accordera autant d'attention, sinon plus. Il saura se questionner sur la place qu'il occupe dans cet univers et sur celle qu'il aimerait occuper. Je ne te parle pas là d'ambition, je te parle d'une compréhension libre qui va au-delà de ton être.

LiLiTH

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