Florence
écrit à

   


Lilith

     
   

Inexistante

   


Chère Lilith,

Récemment, je me demandais quel était ton but dans ton existence et surtout ici sur Dialogus.

Et puis, par la suite, j'ai répondu à ta place, et je me suis rendu compte que pour nous les êtres humains, tu n'existais pas. Ni dans la connaissance de ta légende, ni dans la réalité de nos vies.

C'est fou, non? Tu fais partie de ce qu'on appellerait communément de la racaille inutile, et ça, c'est plutôt triste, tu ne trouves pas?

Florence

Salut Flo,


Que les hommes continuent à croire au Père Noël et pas en moi, ça m'arrange!

Bien entendu on m'a oublié Florence! Au IVe siècle, lorsque les textes sacrés furent traduits et copiés, ce sont des hommes qui écrivaient l'Histoire. Il faut être un érudit pour trouver une trace «officielle» de moi, en lisant le Zohar par exemple, et les érudits ne sont pas légion, je le sais: c'est un don que je fais à mes enfants.

Pauvre humanité, en vérité, qui craint ce qu'elle ne peut comprendre! Sans érudition, sans discernement, sans mener une réflexion sur l'origine, tout homme entendant parler de moi me verra en effet comme une «racaille inutile». Grand bien lui fasse! C'est que je ne me suis pas penchée sur son berceau et qu'il sera toujours pour moi quantité négligeable.

Mais, même si je n'ai pas choisi cet ignorant, même si je ne l'ai pas approché, j'ai changé le cours de son existence, parce qu'un jour j'ai tendu une pomme à une femme asservie. Et ne me dis pas que les hommes l'ignorent: depuis des siècles cette scène est sculptée sur Notre Dame de Paris!

La plupart des hommes préfèrent fermer les yeux, Flo...

LiLiTH


Et toi, dis-moi, ma chère...

T'es-tu penchée sur mon berceau, ou encore m'as-tu offert une pomme? Quelle aurait été ma réaction, penses-tu?

Si la plupart des hommes préfèrent fermer les yeux, ce n'est pas mon cas. Je suis lucide sur moi, ma nature, mes choix.

À te lire!

Florence


Eve a eu une pomme; depuis, certains ont la chair, la saveur, d'autres les pépins...

Et pour répondre à ta seconde question: si je m'étais penchée sur ton berceau, tu assumerais ta nature et tes choix!

LiLiTH


Tu oublies que Marie a écrasé la tête du serpent...


Il suffit de contempler le monde pour constater qu'elle n'a pas dû écraser le bon...

LiLiTH


De toute manière, c'est un faux débat car Jésus, en ressuscitant d'entre les morts, a vaincu une fois pour toutes le Mal.

Donc, tu peux parfois donner l'impression d'avoir le dessus, mais tu ne l'auras jamais!


Tu me confonds avec Adam... c'est lui qui pensait que la grande question était de savoir qui a le dessus!


Tu joues avec les mots, Lilith... mais au final, le résultat sera le même.


Pour connaître le résultat, il faudrait être une talentueuse devineresse ou une créature immortelle.

La conviction est une chose, l'aveuglement en est une autre. La conscience de l'existence du bien et du mal est une force si on ne sombre pas dans le manichéisme.

Comme tout serait plus simple si le gris n'existait pas...

LiLiTH


Mais ma chère, le gris n'existe pas. Il y a le blanc et le noir, c'est seulement les crétins qui mélangent les deux couleurs qui obtiennent du gris...


HAAAAA HA HA HA!

Voila qui va plaire à Celui qu'on ne nomme pas et qui a fait la terre grise pour rappeler aux hommes qu'elle les nourrit, mais qu'ils doivent peiner pour la cultiver.

Passe ton chemin, petite brebis, avant que ton inconséquence ne t'amène à offenser Celui que tu considères comme ton berger.

LiLiTH


... Qui a fait la Terre grise? C'est n'importe quoi ça. Tu as des références à me soumettre?

Si les êtres humains sont dans ce cul de sac, c'est à cause de toi, et non à cause de Celui que tu n'as pas l'air de vouloir nommer.

Je ne suis pas une petite brebis, et tu n'auras jamais le dernier mot avec moi puisque fondamentalement tu as tort. De plus, je ne vois pas pourquoi j'offenserai Dieu en essayant de prendre son parti.

Mais, même si les circonstances veulent qu'on se contredise, sache que je t'aime bien... Ta lucidité me plait, même si je ne peux pas y adhérer complètement.

Florence


Tu es si présomptueuse que tu es pitoyable.

Du haut de tes quelques années d'existence et de ton érudition défaillante tu clames tes vérités.

Moi je ne t'aime pas, non parce que tu me contredis, mais parce que ton esprit est pauvre.

LiLiTH


Tu sais ce qui me fait rire en ce moment? C'est que si j'avais dû jouer ton personnage, ce qui a failli un jour arriver, j'aurais saisi la même occasion que toi pour me moucher.

C'est fou ce que tu peux être prévisible. On te lance une perche et tu te jettes dessus à corps perdu...


Jouer Lilith? Tu te crois au théâtre?

Je ne joue pas et tandis que, tel Adam, tu veux le dernier mot, je me lasse simplement...

Je ne te mouche pas, je te dis ceci: dépouille-toi de cette pauvre armure et montre moi qui tu es ou passe ton chemin car je n'ai que faire d'une caricature d'Adam en jupons!

LiLiTH


Te montrer qui je suis pour que tu me détruises? J'espère que tu plaisantes?

Bonne continuation, et évite de tuer trop de nouveau-nés, car en période de fêtes de fin d'année, ça fait plutôt mauvais genre...

Florence


Quel paradoxe... Les plus virulents défenseurs du crucifié sont souvent les moins «outillés» pour comprendre ses paraboles!

LiLiTH


N'importe quoi! Je ne vois pas le rapport avec tes supers loisirs privés...


Tu n'es peut-être pas «équipée» pour voir les rapports complexes...

LiLiTH


Très certainement! Il est vrai que tu es d'une subtilité pour un démon... Je dois faire quoi pour te comprendre? L'école satanique?


Comme tu es lassante! L'illustration même de l'adage «Quand le sage montre la lune, l'idiot regarde le doigt»!

LiLiTH


Mais si je suis lassante, tu n'as qu'à m'ignorer! Il est toujours plus facile d'agir de cette manière, en humiliant l'autre, qu'en menant un vrai débat...


Fais-moi signe quand tu seras prête pour un vrai débat.

LiLiTH


C'est cela. Et toi, fais-moi signe quand tu cesseras de te prendre pour la Reine Mère.


Haaa, Florence et ses répliques primesautières,

Florence la manichéenne,

Florence qui endosse ici et là le masque de la vertu s'opposant au vice.

C'est peut-être noble ou triste...

LiLiTH


C'est certainement triste. Je te comprends peut-être trop bien, c'est peut-être cela le problème. J'ai un masque, mais ce n'est certainement pas celui auquel tu as l'air de penser.

Florence


Il y a autre chose Florence, nous le savons, mais ce n'est pas ici le lieu de le dire.

Certains mots sont faits pour être murmurés.

LiLiTH


Ou pour être gardés à jamais secrets, n'est-ce pas, Lilith... Tu as raison.

Et ces mots-là ne peuvent même pas être murmurés. Mais je vois que tu as compris. Merci.

Florence


Tu peux aller en paix! Aucun mot... Aucun murmure.

LiLiTH


Je ne sais pas si tu comprends ce combat intérieur qui m'assaille trop souvent, mais en tous les cas, je te remercie pour ton soutien alors que je ne le mérite vraiment pas. Merci aussi de m'avoir fait remarquer ma pauvreté intellectuelle. J'ai encore du travail pour m'améliorer! Parfois, il ne m'en manque juste l'envie...

Allez, je ne veux pas abuser davantage de ton temps. Tu m'en as déjà donné suffisamment. Un jour, je te reviendrais avec des mots nouveaux. Des mots que toi-même tu m'auras inspirés.

Éternellement à toi,

Florence


Florence,

Le combat intérieur est la marque de l'humanité et chacun doit mener le sien. Certains sont plus rudes que d'autres, il est vrai.

L'emportement t'affaiblit intellectuellement; tu ne déploies ta dimension que lorsque tu es maîtresse de toi et cette dimension transparaissait aussi dans nos échanges.

Reviens-moi lorsque tu auras gagné ta part de sérénité et nous pourrons alors avoir cette conversation que nous attendions toutes deux.

LiLiTH


J'aurais juste envie de te dire «ne m'abandonne pas», mais je suppose que tout a été dit...

Florence


Je suis là, je serai là.

LiLiTH

Lilith,

Tu as tout à fait raison. Pour conclure, laisse-moi t'offrir cette prose dictée par mon cœur et mon esprit sur une phrase que tu m'as dite et qui m'a marquée. La poésie permet une certaine Libération...
Au revoir, mon amie.

Certains mots…

Certains mots sont faits pour être murmurés
Ou chuchotés
Certains mots ont la force de l’épée
Et d’autres
Se contentent d’être la caresse du vent
Au fil des ans…

Certains mots donnent réalité
À des souffrances cachées
Certains mots voilent de lourds secrets
Inconnus de tous
Ignorés du monde
Oubliés des esclaves des temps modernes
Que pourtant notre conscience
Librement berne

Certains mots ne franchiront jamais
Le seuil de la pensée
De l’esprit
Le seuil de la bouche
Ils resteront sans fondement et sans souche
Des épaves dont personne ne veut
Un style…
Que personne ne touche

Certains mots sont faits pour mourir aussitôt
Avant même d’avoir germés
Avant même d’avoir été pensés
La parole a été donnée à l’homme
Il l’a prise
Mais a oublié
Que parfois certains mots
N’ont pas le droit d’exister
Même s’ils font violence pour se manifester
Et se libérer
Enfin…

Florence, 10.01.2007

C'est cela, très exactement cela, ma précieuse enfant.

LiLiTH