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A.-M. Kouznetsova
écrit à
Lilith
Lilith


Ésotérisme, toi, Lulu et moi


    Lilith, très chère Lilith, si seulement Tu savais à quel point il m’est aisé et à la fois douloureux de T’écrire ces lignes…

Tout d’abord, quel ravissement, quand, après tant de recherches infructueuses sur Internet, je trouvai Ton nom accompagné de textes clairs et censés. Et quand bien même Tu ne serais pas la véritable destinataire de ces mots, qu’importe puisque j’aurais trouvé un esprit assez éclairé pour me donner les réponses que je veux entendre ou me mentir sans que je m’en rende compte.

Je suis jeune, très jeune, et je sais des choses qu’il m’aurait été plus facile d’ignorer pendant encore ne serait-ce qu’une ou deux années, même si la faute m’est propre. Seulement mes «professeurs» me laissent dans l’ambiguïté la plus totale, en attendant que je sois «prête» et qu’ils aient «Leur autorisation». Je me demande si les personnages auxquels le pronom «Leur» fait référence sont aussi importants qu’ils en ont l’air.

Premier arrondissement de Paris, fontaine des Innocents. Non, non, je ne suis pas une pauvre adolescente perturbée en quête d’appartenance à un groupe social. Je m’y suis trouvée un peu par hasard, à vrai dire, et le même curieux hasard a voulu que je rencontre un photographe décadent qui jeta son dévolu sur moi et m’embarqua dans de folles péripéties. Mais j’étais loin de me douter que ce personnage renommé pour son art l’était aussi pour les arts occultes. C’est ainsi que je scellai mon entrée dans le monde ésotérique parisien, dans les bras d’un Alchimiste fourbe et vicieux. Il me conforta dans ce que je savais déjà, il me montra diverses voies sans jamais trouver la bonne, il me força à la pratique en me trouvant assez douée, puis il me trahit. Il n’en reste pas moins l’homme que j’ai vraiment et purement aimé. Mais je m’égare.

Après avoir subi ce que certains appellent «initiation», je commençai à fréquenter les «Anciens»: les échelons intermédiaires et supérieurs dans la hiérarchie qu’ils avaient fondée. À mon niveau, je visais très haut. Mais je n’ai jamais aimé l’ordre préétabli, ni le respect aveugle et inconsidéré de règles inexpliquées et apparemment inexplicables.

Je savais depuis longtemps déjà que les réincarnations étaient possibles et effectives, mais jamais je n’aurai cru qu’il s’agisse d’autre chose que d’êtres humains. Au pire, d’entités mineures. J’en ai connu certaines particulièrement véhémentes, d’ailleurs.

Ainsi eus-je d’abord vent d’une manifestation de Méphistophélès, qui ne doit pas être très loin à l’heure qu’il est. Puis un archange. Puis un autre ange, mais déchu. Puis des démons, plus ou moins puissants. Enfin, «Lulu» en personne (il me pardonnera, j’espère). Et quand je compris que c’était en effet lui, il fallut choisir car je vis la route bifurquer: lui-même et les conséquences que cela entraînerait, ou un hôpital psychiatrique. Période trouble. Mon choix fut cependant vite fait, la curiosité l’emportant sur la facilité.

Nous eûmes des moments de jouissance physique et mentale tels que je pensai en mourir de plaisir. Inhumain, c’est le seul mot convenable. Tout allait merveilleusement bien, dans la mesure du possible, c’est-à-dire, comme je l’avais prévu. Mais le bonheur ne vient jamais sans un petit cadeau empoisonné. Connaître l’amour dans les bras de Lulu, c’est en apprendre sur le monde et sur soi-même plus que je ne le pouvais. J’oublie presque que c’est à Toi que je m’adresse.

Jusqu’à présent, sauf quelques absences de courte durée et autres fatigues et rêveries sans intérêt apparent, rien ne me permettait de penser que j’étais moi aussi une (ré)incarnation de quelque esprit démoniaque. La sentence tomba à la suite d’une soirée particulièrement arrosée. L’alcool désinhibe, et j’en avais justement besoin. Nous étions chez un très bon ami, en territoire neutre, je pouvais enfin me laisser aller. Et ce fut le cas: l’ivresse et la présence de Lulu ont réveillé une de Tes connaissances, je crois. Ce fut comme un coup de fouet, pour me ramener quelques heures plus tard: «Esclave!», s’écrie-t-il alors que je me préparais à commettre un acte peu chrétien. La connaissance en question n’a guère apprécié cette insulte et m’a laissée reprendre les moyens sur mon corps.
Le lendemain: «Une succube», m’annonce mon ami.
— «Je te demande pardon?»

Trois semaines se sont écoulées depuis cette soirée. Je suis rentrée à Paris hier, et ma première action a été de les retrouver pour les accabler de questions. «Tu es très convoitée, me dit-il, tu es la reine. Et je m’excuse de t’avoir insultée la dernière fois, mais il y avait certaines limites à ne pas franchir et l’effet a été radical.» J’entends comme une voix tout au fond de moi qui me demande de le remercier, ce que je fais. Il a un sourire en coin et, quelques secondes plus tard, il ajoute: «Tu veux connaître son nom?»
D’instinct, oui.
— «Lilith.»

À Toi dont j’ai célébré la grandeur plus d’une fois, entre des draps aussi bien qu’à la clarté lunaire, à Toi qui es la déesse vers laquelle je me suis toujours tournée d’instinct, à Toi que j’ai toujours aimée et admirée, à Toi, à Toi je demande humblement de m’expliquer ces événements, de me conseiller si Tu le peux et le veux, et surtout de ne pas m’en vouloir.

Dans un éloge éternel, et avec tout mon amour pour Toi, Lilith.

A.-M. Kouznetsova


T'expliquer ces événements... je ne suis pas certaine que mes explications te plaisent, sais-tu?
 
Mais puisque tu sembles vouloir suivre le chemin de l'initiation, je vais te donner deux sujets de réflexion, lesquels t'éclaireront certainement sur la crédibilité et les intentions de tes anciens et autres initiateurs.
 
Concernant les sociétés secrètes et leur hiérarchie, la nécessaire progression à travers des grades n'éloigne-t-elle pas du cheminement intérieur qui préside à toute élévation?
 
Concernant les prestigieuses réincarnations en Lucifer, Méphistophélès ou encore moi... Comment des créatures immortelles pourraient-elles se réincarner? Je ne suis pas morte et ne mourrai pas. J'ai été, je suis et je serai et nul corps mortel ne m'abrite. Partant de là toute autre manifestation ne serait que folie, imposture ou possession!
 
LiLiTH


Permets-moi une dernière question: le mot «esclave» te causerait-t-il un dégoût particulier?
 
Quant à tes réponses, je t'en remercie. Ce ne sont certes pas celles qui me plaisent mais bien celles que je voulais entendre. Ce sont aussi les plus prévisibles, l'imposture et la possession étant des facteurs inévitables dans les «cercles ésotériques», d'après ce que j'ai pu constater.
 
Merci à nouveau d'avoir pris la peine de me répondre. Je réalise grâce à toi qu'il est temps de voler de mes propres ailes, et que les référentiels terrestres et humains ne pourront que ralentir ma course.

A.-M. Kouznetsova


L'esclave... La personne soumise à l'autorité absolue d'un maître. Le sens des mots peut me gêner, tout comme le fait de ne pas mettre de mot sur quelque chose. Si tu t'en tiens à la définition du mot esclave, des milliers, des millions d'humains sont esclaves sans qu'on les nomme ainsi.
 
Les notions de domination et de soumission existent et elles sont même dans l'ordre des choses. Dans la nature, des espèces animales se côtoient, dont certaines sont plus fortes que d'autres et capable de les soumettre.
 
Ce qui n'a aucune raison d'être, c'est la soumission d'un être par un autre motivée par la simple volonté de dominer en ignorant que l'autre est un égal (et je ne te parle pas de gens qui se livrent par goût au jeu de la domination/soumission). La force et le pouvoir sont souvent instruments de domination, comme s'il s'agissait là des qualités primordiales de l'être humain. Pourtant un esprit évolué saura apprécier l'intelligence, la sensibilité, la créativité, voire l'humanité d'une personne.
 
L'esclavagisme, exercé par l'homme, n'est que la négation de ce qui est précieux dans chaque être.
 
LiLiTH


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