Bonoboca
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Jidhu Krishnamurti

     
   

Votre propre conflit

   
Vous-même qui tentiez d'apporter un changement dans le monde, n'étiez-vous pas en conflit avec ce qui est? L'acceptation du monde tel qu'il est dans sa totalité est-elle si difficile même pour vous?



Accepter le monde tel qu'il est signifie accepter ce qu'il est. Le monde est violent. Le voyez-vous différemment de moi?
Chaque jour apporte son lot de violences, de menaces de guerre, de délinquance et les hommes se débattent avec leur violence depuis toujours sans jamais vraiment la reconnaître. Une manière subtile de nier la violence serait de dire «j'accepte ma violence dans sa totalité» sans vraiment la reconnaître.

Maintenant, comment vivez-vous la violence?

Je ne parle pas d'une opinion philosophique comme celle qui est contenue implicitement dans votre question, mais d'une relation directe avec la violence qui vous entoure et peut-être celle qui vous habite.

Comment vivez-vous cela?

Il y a la possibilité de se retirer dans une grotte ou, plus sérieusement, celle de réaliser que le monde est nous et que nous sommes le monde.

Non pour l'accepter tel qu'il est - dans le sens où vous l'entendez - mais pour lui permettre de grandir.

Nous avons cette responsabilité. Mais combien l'assument aujourd'hui?

Vous qui posez cette question, avec le sentiment peut-être d'avoir dépassé la question du monde tel qu'il est, quelle est votre responsabilité ou quelle part en assumez-vous dans ce monde que vous dites devoir accepter?

Est-ce simplement une interjection philosophique détachée de tout le reste, de vos souffrances, de votre révolte probable devant certaines réalités, ou pouvez-vous revenir à une attention plus sérieuse sur la question et réaliser votre responsabilité à ce sujet?

Je ne saurais dialoguer sur une question aussi sérieuse et urgente sur les bases d'une acceptation qui ne serait qu'un nouveau masque et une nouvelle fuite de la réalité telle qu'elle est. Observez ce que vous affirmez et peut-être verrez-vous que le conflit n'est pas là où vous l'avez cru.

J Krishnamurti.



Je comprends que votre réponse à ma dernière question, telle que je l'ai posée, est oui. Que vous jugiez acceptable ou non la violence ne concerne que vous. Si vous rejetez la possibilité de tout accepter, y compris toute la violence des hommes et la souffrance qui s'ensuit, vous faites preuve d'une étroitesse d'esprit et n'avez aucune chance d'aller plus loin. Ce que vous percevez comme un jeu philosophique est en fait un dépassement de votre entendement, d'où votre incapacité à accepter le monde tel qu'il est, avec sa violence et ses souffrances.

L'univers régit tout (si je puis me permettre cette expression), y compris les événements et les comportements. Quand votre esprit percevra cela parfaitement, il se calmera enfin et il n'y aura plus ce sentiment d'urgence qui l'agite.