Walter
écrit à

   


Jidhu Krishnamurti

     
   

L'inaudible

   

Cher monsieur Murti,

Puis-je vous appeler Krishna? Je souhaiterais m'adresser à vous avec la sincérité et la rectitude qui me semblent nécessaires en un tel cas de figure. A votre avis (et quand je dis votre avis, c'est bien de votre avis que je m'enquiers), la faculté à écouter l'Inaudible est-elle proportionnelle à notre propension persistante à lire l'Illisible? Si je vous demande ça, c'est parce que ma concierge me tarabuste depuis plusieurs mois avec cette question épiphénoménale, et que j'en ai assez de dévaler l'escalier quatre à quatre pour échapper à sa curiosité récurrente.

Je pense d'ailleurs que ce toponyme exécrable mérite des explications éclairées dont je vous sais capable, ayant suivi régulièrement vos aventures dans Pif-Gagdet.

Dans l'attente de votre estimable contribution à l'exploration du domaine de l'Inaudible, je vous prie d'agréer, cher Monsieur Murti, etc. etc.


Merci de votre compréhension,

Walter



Vous le souhaiteriez, mais y êtes-vous parvenu? En ce qui me concerne, la sincérité me suffira.

Il y a des personnes qui, dans un champ de fleurs, ne voient que la pointe de leurs chaussures, et d'autres qui, au beau milieu d'un concert, n'entendent que leurs propres cogitations. Notre "faculté" me semble donc proportionelle à notre désir de bien écouter ou de bien lire. Certains lisent les mots à l'envers, leur donnent un sens autre ou les chargent d'une importance qu'ils n'ont pas. L'inaudible et l'illisible ne sont pas des réalités absolues. Vous transmettrez donc à votre concierge, avec mes salutations, "mon avis" sur la question, si cela peut vous permettre une utilisation plus prudente des escaliers.

Je ne vois pas à quel toponyme vous faites référence (le toponyme étant un nom de lieu)? Si vous voulez parler de mon nom, je peux vous fournir cette explication éclairée: Murti signifie "la forme", en sanscrit et, par conséquent, Krishnamurti, "la forme de Krishna". Je ne suis pas attaché à la signification de ce nom, comme vous devez le savoir.

Je me suis renseigné sur la publication que vous mentionnez, en toute rectitude et sincérité, et il m'a semblé, que Gai-luron était, en effet, par moment, un bon porte parole de ma philosophie.
 
J krishnamurti