Iota
écrit à

   


Jidhu Krishnamurti

     
   

Les rêves éveillés

    Bonjour Krishnamurti,

Saviez-vous que votre nom est cité dans une pièce de théâtre La Cantatrice Chauve, d'Eugène Ionesco? Probablement pas, eh bien je vous l'annonce. De toute façon, ce n'est par sur ce point que je veux vous questionner.

J'aimerais vous demander à quoi servent les rêves. Pas ceux que nous faisons la nuit, mais ceux que nous faisons éveillés. Ils suscitent beaucoup d'espoir, mais plus souvent ils font mal. Je m'explique. Lorsque nous arrivons à peine à les réaliser, cela nous détruit, les gens se sentent plus mal encore. Est-ce que cela sert juste à détruire? Parce que nous ne pouvons jamais tous les réaliser. Peut-être, me direz-vous, cela donne-t-il un sens à la vie, mais, en même temps, cela l'enlève, plusieurs personnes décident d'en finir avec la vie justement parce quíelles avaient perdu le nord, leurs rêves s'éternisaient, ils ne s'accomplissaient jamais!

Merci!



Le rêve que vous décrivez est une forme de la pensée. La pensée, quand elle se substitue à la réalité, est génératrice de dualité, elle nous sépare. Il y a le rêve et la réalité. Nous fuyons la réalité pour nous réfugier dans le rêve. Mais ce refuge se révèle être notre souffrance. Même une pensée pieuse ou spirituelle cause la souffrance quand elle nous sépare de la réalité. La réalité nous paraît effroyable et c'est pourquoi nous lui préférons ce rêve éveillé. Mais une relation véritable avec la réalité n'est pas source d'effroi. Les rêves n'ont plus de sens dans une telle relation. Les rêves ne s'accomplissent jamais, ce qui est déjà accompli est la réalité. Mais avez-vous le souhait de vous ouvrir à cette réalité?

J Krishnamurti.