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Jidhu Krishnamurti

     
   

La vie

   

Bonjour,

J'ai lu presque tous vos livres. Je comprend très bien votre message et je me laisse comprendre au fil des jours, si vous voyez ce que je veux dire.

Je comprends très bien qu'il n'y a pas de manière de se comprendre et que c'est quelque chose de neuf à chaque instant. Se comprendre, c'est la vie en fin de compte, c'est une oeuvre solitaire en lien avec toutes choses, si je peux m'exprimer ainsi.

Sans vous idôlatrer, vous êtes une personne ayant une lucidité extrême. C'est cette lucidité qui m'a attiré quand j'ai commencé à lire vos livres, et c'est cette même lucidité qui m'a aidé très souvent dans ma vie de tous les jours.

Après toutes ces lectures, ainsi que ce «travail» sur moi-même dans le sens de «me connaître», il persiste en moi une sorte d'anxieté diffuse que je n'arrive pas à saisir et sur laquelle je bloque. J'aurais besoin que l'on me dise si je suis sur la bonne voie, et je sais pertinemment que personne ne peut me le dire, mais je crois avoir encore une certaine crainte de me tromper, de ne pas être dans le «vrai».

Il persiste en moi encore une sorte d'observateur craintif devant ce qu'il peut se passer. D'un côté je sens que je commence à pouvoir vivre de façon totale si j'ose dire, mais d'un autre côté j'ai un frein intérieur que je n'arrive pas à déceler.

Peut-être auriez-vous quelques mots à me dire à ce sujet, je suis prêt à démarrer une conversation si vous avez le temps.

Merci

Rigli


Nous sommes tous prêts pour une conversation n'est-ce pas? Mais au-delà de cette disposition naturelle, sommes-nous prêt à en tirer le meilleur? Il y a deux attitudes directement opposées mais très répandues.

Nous prenons notre interlocuteur pour un expert et nous attendons de lui qu'il nous donne des réponses que nous ne posséderions pas et nous sommes sans discernement à son égard ou nous prenons notre interlocuteur pour quelqu'un qui ne mérite aucune attention et nous sommes perpétuellement en conflit avec lui.

Dans quelle catégorie me classez-vous aujourd'hui (les choses pouvant changer)? La lucidité est-elle un don paranormal qui me serait donné et dont les autres seraient irrémédiablement privés? Dans ce cas, je devrais vivre avec le monde entier à chaque instant pour le guider. Sinon, comment pouvons-nous trouver cette lucidité qui n'appartient pas à «quelqu'un d'autre»?

Il faut un peu de courage et d'honnêteté je crois. Ces deux conditions sont comme les deux jambes de la lucidité. Vous aimeriez que je porte ma lucidité sur ce malaise intérieur que vous décrivez, cette «anxiété diffuse»?

Je vous propose d'accompagner alors l'émergence de votre propre lucidité sur cette question. Si quelqu'un vous posait la même question «d'où me vient cette anxiété diffuse?», que lui répondriez-vous?

J. Krishnamurti