La sénérité
       

       
         
         

Antoine Castro

      Bonjour M. Krishnamurti,

J'ai beaucoup entendu parler de vous et pourtant je vous connais fort peu. Placide Gaboury a dit de vous «Un rare exemple de liberté totale vis-à-vis des religions, des traditions, des rites et des croyances.» et aussi «Un esprit d'une qualité exceptionnelle, un être d'une beauté intérieure et d'une noblesse extérieure à la fois saisissantes et continuelles.»

Ma question et la suivante: Pourriez-vous me donner quelques pistes pour se libérer du connu, de la mémoire, des préjugés et croyances, pour ne vivre que dans l'étonnement du présent.

Merci.

Antoine Castro

 

       

 

       

Jidhu Krishnamurti

      Considérez un instant la question telle que vous la posez et vous pourrez voir comment elle vous ramène à la religion et au rite. Mais que vous parveniez à voir cela ou pas, nous pouvons cependant considérer ensemble cette question.

Ne voyez-vous pas un paradoxe dans la pensée d'une «piste» pour se libérer du connu? Le désir que vous exprimez de vous libérer est issu de la pensée, de la mémoire, de la croyance. Si vous croyez qu'il existe une possibilité connue de vous libérer, vous allez penser que vous souhaitez vous en libérer. Il semble que vous demeurerez ainsi dans le cercle vicieux du serpent qui se mord la queue.

Pouvez-vous voir avec moi, dans cet instant, comment, sans renier votre question, il est possible de la considérer de manière plus essentielle? Si vous dressez une liste de ce dont vous voulez vous libérer, vous restez dans l'empire du connu. Si vous acceptez, et parvenez, à regarder profondément ce qui vous anime, sans intervention de la peur, de la croyance ou de la mémoire, vous aurez une toute autre perspective sur les problèmes dont vous avez fait la liste. Pourquoi vous apparaissent-ils comme des problèmes?

Si vous répondez à cette question, en réponse à la vôtre, vous approcherez d'assez près la véritable question en la réduisant au silence.

Permettez-moi cependant de vous remercier de n'avoir pas gardé le silence. Il est nécessaire que chacun réponde à la question essentielle que j'évoque ici, et de manière intime. Mes dialogues ont toujours tenté d'y contribuer sans pour autant se substituer à l'investigation «personnelle» que chacun doit mener avec honnêteté. Si cette porte que nous ouvre Dialogus peut me permettre de me joindre à vous pour cela, je serai heureux de poursuivre cet accompagnement.

Sincèrement,

K.