Guy
écrit à

   


Jidhu Krishnamurti

     
   

La maladie

   

Vers la fin de votre vie terrestre, votre corps physique est tombé malade: «Quelle erreur ai je commise?» aviez-vous demandé.
Quelle réponse feriez-vous aujourd'hui s'il vous plaît?

Guy



Je me demande comment vous pouvez connaître ce que j'ai dit à l'heure de ma mort... que je n'ai moi-même pas encore connue. Dialogus semble être le lieu de nombreux miracles, une sorte de Lourdes spatio-temporel. L'heure du bilan n'a donc pas encore sonnée mais puisque vous m'interrogez à ce sujet et que nous sommes entre amis, je vais délaisser un instant le ton didactique qu'on me reproche parfois.

Je ne dois pas avoir conscience d'une erreur de ma part, à l'heure où vous me parlez, sans quoi je l'aurais certainement corrigée. Je constate cependant que très peu d'entre les personnes qui m'écoutent sont véritablement inspirées à poursuivre ce que je leur propose. S'il est possible de vivre la liberté, elle ne peut, bien entendu, être que le fruit d'un engagement total, sans réserve, d'une attention soutenue. Or, je vois beaucoup de personnes qui m'observent avec attention le temps d'une conférence ou qui hochent la tête avec bienveillance ou affection. J'en vois qui font semblant de discuter ce que je dis, comme dans un sincère désir d'approfondissement mais je constate au bout du compte que cela ne semble être que des lubies, des engouements passagers, un peu semblables à l'émotion que chacun va collecter au hasard d'une séance de cinéma ou de tout autre divertissement. Si je suis devenu un divertissement, j'aurais tendance à penser que l'erreur ne m'appartient pas.

Mais peut-être préparez-vous l'interrogation que j'aurai à l'heure de ma mort en me questionnant ainsi: Et si j'avais commis une erreur? Est-ce le ton dont je parlais à l'instant qui aurait rebuté le plus grand nombre d'entre vous? Faut-il être plus «moderne», voire excentrique, que je ne le suis pour stimuler ces jeunes âmes à se libérer du connu et explorer l'inexploré? Mais je leur suggère aussi de se libérer de l'autorité.

Qu'adviendrait-il alors si je répondais à leur demande d'un «gourou» plus affectueux, d'un modèle auquel, inévitablement, il voudrait ressembler et, en tous cas, en être «le plus proche disciple»?

Je me vois plutôt comme un phare qui éclaire dans la tempête, mais le phare n'est pas lui-même la sécurité, il n'est que la lumière qui éclaire un chemin intime, personnel, qui mène à bon port et que je ne peux pas faire pour vous.

Si je fais le bilan d'un dilettantisme, je n'en suis pas responsable et peut-être est-ce aussi dans la nature humaine de butiner longtemps avant de s'intéresser au nectar. Il y a la nécessité pour moi d'accepter aussi que je ne suis pas responsable du succès de mes conversations avec vous, tout autant que pour vous de prendre à coeur ce qui y est dit afin de vivre une authentique libération.

J Krishnamurti

Nous sommes bien entre amis. Comme votre enseignement dont il n'a pas été changé une virgule, votre vie fut consignée sur votre demande dans la trilogie de Marie Lutyen. Vous auriez posé cette question sur votre lit d'hôpital. Je croyais qu'il s'agissait d'un fait concernant la situation dans laquelle vous vous trouviez. Nous sommes en 2007 et vous êtes décédé en 1986.

L'absence de résistances ouvre sur la nature d'être telle qu'elle se présente à tout instant, se livrant à ce qui arrive au moment. Pourquoi êtes vous tombé malade de votre «vivant»?

L'Ordre de la nature procède t'il de l'immanence, est-il cette immanence? Se meut-il de l'immanence? En quoi pourrait-il donc y avoir dysfonction dans la distribution des fluides vitaux, qui maintiennent l'équilibre de la santé, dans l'organisation du corps ou véhicule physique?

La nature physique, organique, aurait-elle sa propre logique indépendante de toute absence de conflit psychologique, absence dont vous fûtes l'incarnation même de votre «vivant» jusqu'en 1986? Si oui, existe-t-il une action naturelle dans le corps humain exempte de déséquilibre, ou déviation de l'ordre, conduisant à la maladie?

Guy



Otherness se manifeste en toute circonstance et parfois accompagnée de maux de têtes pour ce qui me concerne.

Que de choses que je semble avoir dit dans un sens et que je vois pourtant dans un autre! Si j'ai pu dire que la douleur n'était pas un moyen, quelque chose à rechercher pour «apprendre», comme cela a pu se produire et se produit peut-être encore dans certaines «écoles», la douleur qui se présente naturellement (qu'elle qu'en soit la cause), n'est, je le répète, pas une erreur. L'erreur serait de la refuser. La peur de la douleur est une souffrance. On peut observer une sorte de pré-programmation automatisé dans les cycles de la nature, ou processus de déséquilibre et rééquilibrage. Se maintiennent-ils même quand la mutation du cerveau s'est produite par la vision pénétrante? Il semble que oui...

Il y a des processus de déséquilibre et de rééquilibrage qui se poursuivent sur un certain plan. Mais même cela n'est pas à prendre en référence à un modèle quelconque, vous devez d'abord explorer votre nature et vous verrez bien ce qu'il en est dans ce corps. Pourquoi donc l'intelligence de la nature l'a t-elle permis chez vous (ou bien, la permettra-t-elle)? Vous qui fûtes un vrai serviteur de la vie, de son expression, serviteur vacant de l'Enseignement et dont le corps même fût préparé afin que cet enseignement puisse voir le jour et aider tant de gens. Quelque chose ne nous échappe-t-il pas?

Aussi longtemps que vous considérez la maladie comme la conséquence d'une erreur (que l'on aurait pu éviter), nous aurons ce dialogue un peu circulaire. Aurez-vous le courage (au-delà de ce que j'ai vécu, de ce que vous pensez que j'ai vécu ou de ce que je vivrai), de confronter ce que vous vivez, vous, et d'en tirer les conclusions qui s'imposeront à travers ce courage? L'éventualité d'une mutation des cellules corporelles n'est-elle qu'une imagination puérile ou une vraie question? Est-il possible à un véhicule corporel de servir l'éternité d'une discipline d'observation dans l'humilité et la dignité? Comme l'observation sans intérêt pour soi dans la mutation des cellules du cerveau, existerait-il une action pour ce type de mutation des cellules du corps? Existerait-il un ego corporel?

Il semble que cette mutation ne puisse que très rarement concerner un individu unique, au sein d'une collectivité qui n'a pas connu cette mutation. Elle est donc possible, mais pour que cela soit sans friction, il est nécessaire que l'ensemble grandisse aussi, car nous n'en sommes pas dissociés.

Si l'on doit jouer le jeu de ce dialogue avec vous, le miracle spatio temporel n'est-il pas déjà la possibilité pour vous de parler éternellement? Pourquoi donc celle de le faire, un jour, dans votre propre corps serait elle exclue maintenant? En modifiant le passé cela ne modifierait pas le futur du monde relatif? Quel nouvel impact cela aurait-il sur ceux à qui s'adressait, s'adresse et s'adressera l'Enseignement, celui de l'Autreté? Et puis cela me permettrait de vous serrer la main... Merci.

Parler, qui plus est «éternellement», n'est pas un miracle. Le miracle serait d'être entendu tout de suite.

L'enseignement ne m'appartient pas, il n'est pas dépendant de moi et il n'y a donc pas d'enseignant. Mais il y a une sérieuse proposition de faire l'expérience de la vie telle qu'elle est (maladie incluse) et d'en tirer l'enseignement qu'elle contient.
 
Jidhu Krishnamurti

En quelle année vivez-vous s'il vous plaît? Voici la phrase que vous prononciez dans le contexte de 1986 et qui se trouve dans l'ouvrage intitulé «La porte ouverte»: «lorsqu'il sut à coup sûr qu'il avait un cancer il dit à Mary d'une voix lointaine: «Qu'ai-je donc fait de travers?». Vous disiez aussi que l'Autreté ne vient pas quand il y a de la douleur, qu'il fallait faire très attention sinon c'était fini.

Bien qu'elles puissent être abordées comme l'on prendrait soin de son jardin, les déficiences de l'aspect secondaire de l'existence ne prennent-elles pas de l'intérêt, quand la clarté et la présence incarnée de l'aspect primordial peuvent s'en trouver affectées ou éloignées? «Il n'y a rien à apprendre dans la douleur», disiez vous. Pourquoi cette terrible souffrance monsieur?

On peut observer une sorte de pré-programmation automatisée dans les cycles de la nature, ou processus de déséquilibre et rééquilibrage. Se maintiennent-ils même quand la mutation du cerveau s'est produite par la vision pénétrante? Il semble que oui...

Pourquoi donc l'intelligence de la nature l'a-t-elle permise chez vous? (ou bien, la permettra-t-elle?). Vous qui fûtes un vrai serviteur de la vie, de son expression, serviteur vacant de l'Enseignement et dont le corps même fut préparé afin que cet enseignement puisse voir le jour et aider tant de gens. Quelque chose ne nous échappe-t-il pas?

L'éventualité d'une mutation des cellules corporelles n'est-elle qu'une imagination puérile ou une vraie question? Est-il possible à un véhicule corporel de servir l'éternité d'une discipline d'observation dans l'humilité et la dignité? Comme l'observation sans intérêt pour soi dans la mutation des cellules du cerveau, existerait-t-il une action pour ce type de mutation des cellules du corps? Existerait-il un égo corporel?

Si l'on doit jouer le jeu de ce dialogue avec vous, le miracle spatio-temporel n'est-il pas déjà la possibilité pour vous de parler éternellement? Pourquoi donc celle de le faire, un jour, dans votre propre corps, serait-elle exclue maintenant? En modifiant le passé cela ne modifierait pas le futur du monde relatif? Quel nouvel impact cela aurait-il sur ceux à qui s'adressait, s'adresse et s'adressera l'Enseignement, celui de l'Autreté? Et puis cela me permettrait de vous serrer le main...

Merci.

Guy

Je ne pense pas un jour parler d'erreur en rapport avec la maladie. C'est pourquoi le constat d'une erreur ne pourrait concerner que le peu de fruits de mon effort.

«Tomber malade» n'est pas nécessairement -même si c'est une possibilité- le symptôme d'une résistance ou d'un manque d'ouverture sur la nature. La nature cherche son équilibre à chaque instant, et quand elle penche vers le déséquilibre, pour toutes sortes de facteurs, on parle de maladie; quand elle penche vers l'équilibre, on parle de santé. La maladie n'est pas plus un dysfonctionnement que la mort, qui est aussi une rupture de distribution des fluides vitaux. La peur de la mort ou de la douleur conduit à regarder certains phénomènes naturels comme des erreurs.

La nature physique n'est pas indépendante mais il peut se produire des phénomènes qui n'ont rien à voir avec des erreurs, tout comme le moment de la mort du corps n'est pas la conséquence d'un conflit psychologique mais d'un ordre naturel. Il y a beaucoup trop d'attention sur les «sensations» et trop peu sur les dysfonctionnements de l'esprit. Les déséquilibres du corps (qui ne sont pas tous psychosomatiques) sont un aspect secondaire de l'existence qui ont pris la première place.
 
J. Krishnamurti

En quelle année vivez-vous s'il vous plaît? Voici la phrase que vous prononciez dans le contexte de 1986 et qui se trouve dans l'ouvrage intitulé «La porte ouverte»: "lorsqu'il sut à coup sûr qu'il avait un cancer il dit à Mary d'une voix lointaine: «Qu'ai-je donc fait de travers?»". Vous disiez aussi que l'Autreté ne vient pas quand il y a de la douleur, qu'il fallait faire très attention sinon c'était fini.

Bien qu'elles puissent être abordées comme l'on prendrait soin de son jardin, les déficiences de l'aspect secondaire de l'existence ne prennent-elles pas de l'intérêt, quand la clarté et la présence incarnée de l'aspect primordial peuvent s'en trouver affectées ou éloignées? «Il n'y a rien à apprendre dans la douleur», disiez vous. Pourquoi cette terrible souffrance monsieur?

On peut observer une sorte de pré-programmation automatisée dans les cycles de la nature, ou processus de déséquilibre et rééquilibrage. Se maintiennent-ils même quand la mutation du cerveau s'est produite par la vision pénétrante? Il semble que oui...

Pourquoi donc l'intelligence de la nature l'a-t-elle permise chez vous (ou bien, la permettra-t-elle)? Vous qui fûtes un vrai serviteur de la vie, de son expression, serviteur vacant de l'Enseignement et dont le corps même fut préparé afin que cet enseignement puisse voir le jour et aider tant de gens. Quelque chose ne nous échappe-t-il pas?

L'éventualité d'une mutation des cellules corporelles n'est-elle qu'une imagination puérile ou une vraie question? Est-il possible à un véhicule corporel de servir l'éternité d'une discipline d'observation dans l'humilité et la dignité? Comme l'observation sans intérêt pour soi dans la mutation des cellules du cerveau, existerait-t-il une action pour ce type de mutation des cellules du corps? Existerait-il un égo corporel?

Si l'on doit jouer le jeu de ce dialogue avec vous, le miracle spatio-temporel n'est-il pas déjà la possibilité pour vous de parler éternellement? Pourquoi donc celle de le faire, un jour, dans votre propre corps, serait-elle exclue maintenant? En modifiant le passé cela ne modifierait pas le futur du monde relatif? Quel nouvel impact cela aurait-il sur ceux à qui s'adressait, s'adresse et s'adressera l'Enseignement, celui de l'Autreté? Et puis cela me permettrait de vous serrer la main!

Merci.

Guy