Myriane Bergeron
écrit à

   


Jidhu Krishnamurti

     
   

Je Suis... et puis après?

    Monsieur Krisnamurti,

Pourquoi trébuche-t-on encore même après avoir vécu le «Je Suis»? Dans mon cas, ça fait 18 ans et j'ai l'impression parfois d'avoir le cerveau vide, de ne plus rien savoir du tout, de moins en moins de mémoire fonctionnelle, comme si j'étais obligée de fonctionner seulement avec le présent. Je n'ai plus de référence, si ce n'est de savoir que Je Suis. Pourtant, je me sens encore louvoyer entre des moments complètement perdus et d'autres moments rares de conscience claire. Même après m'être éveillée, il semble que la plupart du temps je dors dure! N'est-ce pas contradictoire? Qu'est-ce qui se passe?

Merci de partager avec moi votre sagesse.

Myriane



Pourquoi analysez-vous ce que vous vivez actuellement à partir d'une expérience passée?

Vous fixez un point de référence dans le passé que vous nommez «le vécu de Je Suis» et cette comparaison met en relief la misère occasionnelle de votre vie présente.

Pourquoi - et je ne vous le demande pas comme une forme de rhétorique mais comme une question pour vous-même -, pourquoi ne pas observer ce qui est maintenant, sans référence à un passé quelconque, fût-il plus glorieux en apparence?

Vous dites, aujourd'hui, «j'ai le cerveau vide». Qu'entendez-vous par «vide»? De mon point de vue, madame, ce pourrait être une bonne chose d'avoir le cerveau vide, ce vieux cerveau préhistorique conditionné que nous prenons pour la source de la vie.

Vous dites «ne plus rien savoir du tout». Vous semblez y voir une calamité? Je fais le constat que bien des dialogues seraient plus ouverts et plus riches si nous ne croyions pas tout savoir.

Vous dites que vous êtes «obligée de fonctionner seulement avec le présent»? Vous semblez à nouveau y voir une malédiction.

Peut-être jugeriez-vous toutes ces manifestations et tous les moments où vous vous dites «complètement perdue» différemment, s'il n'y avait cette incessante comparaison avec un passé mort?

En effet, vous êtes perdue par rapport à quoi?

Voyez-vous si «je suis» à un sens, il indique que «être» n'est pas quelque chose qui se vit en comparaison avec autre chose. Toute contradiction est issue de la pensée qui divise. Je vous suggère d'observer en vous-même ce que je suis en train d'évoquer.

Être n'est pas avoir été. Si vous vivez aujourd'hui à travers hier, vous ne vivez pas et vous n'êtes pas réellement. Voilà ce qui se passe.

J Krishnamurti.