Claudia
écrit à

   


Jidhu Krishnamurti

     
   

Intuition

    Bonjour,

Voilà, j'ai toujours eu l'intuition de la liberté. Parfois même, je l'ai éprouvée avec cette sensation de ne faire qu'un avec l'univers. Tout était à sa place!

Puis, je reprends mes bonnes vieilles habitudes... J'essaie d'attraper mon bras gauche avec mon bras gauche, je désire retrouver cette sensation bien que je sache que la désirer, c'est aller droit dans le mur. Vivre pleinement son mal-être, s'observer sans porter de jugement...

Si je n'avais pas cette intuition de la liberté, qu'il y a une autre manière de percevoir la réalité, alors, probablement, je ne ferais rien du tout, je n'aurais pas la passion de la liberté!

Voilà, je voudrais savoir ce que vous pensez de l'intuition! L'intuition fait-elle partie de la pensée ou bien est-elle une sorte de résidus de la vérité?

Merci.

Claudia

Chère Madame,


J’en suis venu à songer que la pensée structurait notre cerveau. Une pensée préfabriquée, conditionnée, doit avoir une influence sur les substances du système nerveux et, de la même façon, les connexions qui s’y établissent dépendent de la nature et de la qualité de nos pensées. Or, la pensée est actuellement une accumulation de savoirs plus ou moins valables, et en tout cas toujours en référence au passé. Ainsi, si vous n’avez jamais connu la liberté, vous ne pouvez concevoir la liberté dans cette manière de penser. Et votre cerveau est structuré à partir de ces limites. Il existe une autre source que celle de la pensée conditionnée, celle-ci ne se réfère pas au passé et à la peur qui vient avec. Cette intuition n’est pas un résidu mais un parfum. Le parfum de la rose peut vous guider à la fleur, celui de la liberté peut vous y conduire également.

J. Krishnamurti


Bonsoir,

Donc, puisque je connais ce parfum de liberté, c'est que la liberté ne m'est pas inconnue! Se peut-il que j'aie déjà été libre auparavant? Ce parfum est-il une sorte de souvenir? Bien sûr, je ne parle pas de souvenir lié à la pensée.

Merci.

Claudia


Oui, précisément, ce parfum est une nostalgie de la liberté.

J. Krishnamurti


Alors, je me pose la question suivante: pourquoi passons-nous notre temps à éviter la liberté alors que le parfum en est si délicieux? Pourtant, on nous rabâche dans les pays occidentaux que nous sommes libres! J’ai l’impression qu’on nous conditionne à nous penser libres!

Claudia


Parce qu'il y a plusieurs parfums et que nos goûts ont été pervertis.
Celui-là est le plus doux, mais sommes-nous si nombreux à lui préférer l'intensité ?

J Krihsnamurti


Mais l'intensité a une fin! Mais pourtant, on passe notre temps a rechercher cette intensité! On est donc condamnés à toujours rechercher cette intensité sinon on devient frustré,malheureux... Donc, on peut dire que c'est cette recherche de l'intensité qui nous rend malheureux!
Est-il possible de ne plus avoir de quête? Même celle de se connaitre?

Claudia

L'individualité, misérable et frustrée, est en quête d'intensité pour combler son inépuisable manque. Lorsque nous sommes sérieusement décidés à connaître notre nature fondamentale d'êtres humains, il devient possible de ne plus rechercher que cela.

Mais il ne suffit pas d'en faire un discours intellectuel pour que cela devienne une réalité.

Si la quête d'intensité (ou toute chose conditionnée) pèse de tout son poids dans la balance, parce que votre désir de transformation n'est pas ardent, ces mots (les vôtres, les miens) seront sans effet.

Le vieux cerveau sera encore, sans rival, sur le trône à discuter de choses et d'autres.  Il faut un sursaut complet de votre existence pour sortir de ces automatismes.  Et, s'il vous plaît, ne demandez pas «comment avoir un sursaut?», trouvez-le en vous.

J Krishnamurti