Oscar
écrit à

   


Jidhu Krishnamurti

     
   

Inertie

   

Bonjour cher Krishnamurti,

Ceci est ma deuxième question en moins de trois heures, je pense.

J'ai lu certaines des questions posées par d'autres personnes, et à présent je voudrais vous en poser une: je suis le type le plus fainéant que vous puissiez imaginer. Je n'ai absolument aucune volonté, alors que j'ai un grand idéal de perfection (surtout morale, suivie de près par l'intellectuelle et physique). Cela est probablement dû à ce que je suis insatisfait de ma condition actuelle. Et cela est également probablement dû à ma timidité.

Mais peut-être est-ce autre chose. Depuis environ cinq ans et demi, je me dis que je vais changer, que je vais prendre ma vie en main. Mais je suis exactement le même après ces longues années: quelqu'un de «normal», de «conditionné», «moyen», «banal» et que sais-je. J'ai beau me dire: «ce n'est pas demain que tu dois changer, c'est maintenant», je remets toujours à demain. Très insatisfait de moi, je m'aperçois également qu'il m'arrive fréquemment de mal juger les autres ou bien de m'entraîner dans une dispute en oubliant que je suis le fautif, en sentant mon indignation justifiée. Quand j'y pense, j'ai l'impression que la majeure partie de mon comportement n'est pas naturelle: je n'agis pas selon ma propre volonté comme je veux bien le croire mais, inconsciemment, je me comporte de façon à ce que je sois apprécié par autrui (ou du moins, de la manière dont je crois que je pourrais être apprécié par autrui).

J'ai peut-être quelques valeurs, mais elles sont pour la plupart issues de la réflexion personnelle et de l'éducation, c'est-à-dire que je ne me suis pas exercé à les appliquer. Si jamais j'y arrive, j'ai l'impression que c'est par «chance» ou «hasard». Avec les autres j'ai l'air normal (ou presque), mais au fond je me sens insatisfait. Non pas que cela me taraude continuellement, mais quand je m'y attarde, je me rends compte que moi, qui pourtant me considère comme une personne à part entière, différente des autres, et possédant de bonnes capacités; ou étant quelqu'un «de bien» ou de «gentil» (comme me le font remarquer beaucoup de personnes), je ne suis en fin de compte qu'une personne comme une autre, à la différence près que je commence à en être conscient. Finalement j'en arrive à penser que ce sont les personnes qui ne m'aiment pas (elles sont toutes aussi nombreuses) qui voient le mieux en moi.

Donc ma question: comment faire pour changer cette situation d'inertie, où je n'ai aucune réelle personnalité, où je suis en train de gâcher ma vie et de façonner des complexes qui me poursuivront jusqu'à la fin de mon existence? Il y en a tant dans ma situation et, souvent, sans un événement marquant dans leur vie, il ne changent pas, tout comme moi.

Pour être franc, je m'attends à subir des remontrances de votre part, mais elles seront sûrement plus éclairantes que des mots d'encouragement futiles.   

J'espère que vous arrivez à me cerner, parce que j'ai écrit sans penser à une mise en forme: j'ai toujours pensé que la réaction spontanée caractérisait très bien un individu.

Oscar


Votre constat est celui d'un homme qui ressent une aspiration à la liberté mais qui reste dominé par ses conditionnements. C'est comme une balance: si le poids est plus important d'un côté que de l'autre, c'est de ce côté qu'elle va pencher. Le jour où vous en aurez assez de pencher de ce côté, vous n'aurez besoin d'aucun conseil pour émerger de l'inertie.

Savez-vous pourquoi la balance penche du côté de l'inertie? Êtes-vous conscient de cela? Sans apporter de réponse à cette question, pour vous-même, vous demeurerez dans ce statu quo.

JK