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Jidhu Krishnamurti

     
   

Qu'est-ce qu'être normal?

    Bonjour,

J'aimerais que vous m'aidiez à répondre à cette question sur les bases de la philosophie, bien sûr: «qu'est-ce qu'être normal?». Je vous remercie d'avance de m'avoir consacré un peu de votre temps.

Amicalement



L'éducation d'un être humain aujourd'hui, fondée sur la compréhension de ceux qui se disent experts en la matière, font des écoles et des universités des usines du matérialisme et du rationalisme.

La science elle-même, et la médecine en particulier, dans son étude de la santé mentale et de la spiritualité conduit à penser que ceux qui témoignent d'une révolution intérieure souffrent d'un trouble psychologique. Celui ou celle dont l'expérience et la pensée ne suit pas les sentiers battus de l'éducation traditionnelle est un malade mental.

Nos pensées sont structurées pour suivre toujours les mêmes lignes de réflexion et nous avons recours à la pensée des experts pour réfléchir ou nous exprimer sur tous les sujets.

Bien peu de personnes ont le courage de s'extirper de ces pensées préfabriquées afin d'explorer par elles-mêmes la nature de la réalité. Et bien peu le font par crainte d'être jugées anormales. Le périple est en effet risqué puisque la tranquillité morose des «gens normaux» ne peut pas subsister dans ce regard neuf porté sur la nature de la réalité. Mais, dans notre civilisation, la comparaison faite entre l'équilibre mental, selon les experts, et l'esprit revitalisé d'un être libre conduit immanquablement au diagnostic d'anormalité.

En effet, le déséquilibre mental, comme la liberté provoquent un déplacement de la «norme». L'expérience spirituelle authentique nous révèle la nature du monde et des liens que nous ne soupçonnions pas auparavant. Mais si nous allons voir un psychologue à ce sujet, son éducation et son conditionnement le pousseront à tenter de vous ramener dans la «normalité». Son travail est de refondre l'égo dans son moule originel et quand nous redevenons ennuyeux, et donc «normal», comme tout autre, nous sommes déclarés «guéris».

Nous sommes tous conditionnés par la nécessité d'être «normal», intégrés dans le moule afin de ne pas se faire remarquer. Nous aimons être conformes par souci de tranquillité et par peur. Nous laissons dormir en nous le potentiel de la liberté. La «stabilité» chérie par les êtres humains aujourd'hui est équivalente à la vie d'un rocher immuable, que l'on ne remarque plus lorsque nous passons devant parce qu'il ne bouge pas.

La révolution silencieuse nous ouvre à ce que nous ne connaissons pas. En sortant des sentiers du connus, nous vivons une transformation profonde.

Les normes de notre société fondée sur l'étroitesse de nos perceptions ne sauraient constituer une référence. Il n'y a donc pas de définition possible de «l'être normal» dans le contexte que je décris. Ce qui pourrait être jugé «normal» est d'inciter les jeunes générations, ou ceux d'entre nous qui n'ont pas complètement perdus le courage d'explorer la réalité, à prendre le risque de s'interroger profondément et sans crainte sur ce qu'ils sont vraiment. Si cette découverte bouleverse le cadre de leur existence conforme, qu'ils ne se formalisent pas de la sanction des experts en «normalité», car ils ne font qu'exprimer leur terreur d'être vivant, plutôt comme la rivière que comme le rocher, en mouvement constant, tout en étant toujours la même, aux miroitements infinis sous la lumière, transparente et légère, surprenante, par conséquent, «anormale» seulement à l'aune de la stabilité d'un rocher.

J. Krishnamurti




Je vous remercie sincèrement pour m'avoir éclairé à ce sujet.

Amicalement.