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Jidhu Krishnamurti

     
   

Dépendance

   

Monsieur,

En quoi consiste, à votre avis, la dépendance du contact tactile que l'on peut éprouver? En ayant en tête une personne précise, ou en général ce que cette personne représente.

Croyez-vous que cette dépendance n'est qu'un symbole qui cache autre chose? Puisque le corps n'est pas le plus important. Comment se reproduit cette sorte de dépendance primaire ou primitive qui nous fait plutôt régresser?

S'agit-il d'un renforcement de l'âme et de l'esprit pour en sortir?

Je vous remercie.

Angélique



Nous faisons nos expériences par les sens. Si nous observons le processus du désir, nous verrons qu'il y a toujours un objet vers lequel l'esprit se tourne pour vivre de nouvelles sensations. Ainsi, les sensations deviennent monstrueusement importantes et les problèmes qui en découlent sont sans fin. Si nous ne pénétrons pas profondément ce processus, notre vie est destinée à demeurer misérable. Il n'y a pas de fin au chagrin quand il n'y a pas de fin à la quête de toujours plus de sensations.

L'esprit fait en permanence l'analyse de ses sensations, vous voyez un beau vêtement, vous le touchez, et si je suis lassé de cette sensation, j'en cherche une autre, et ainsi nous parvenons à la quête de la sensation de Dieu qui est très prisée ici et là, mais ce n'est encore qu'une quête de sensation.

Le mental est l'entrepôt de nos mémoires, les bonnes sensations, les sensations désagréables y sont enregistrées. Il n'y a rien de mal à regarder une belle voiture ou un beau visage mais l'esprit ne s'arrête jamais là. Une perception conduit au désir de posséder. «C'est beau, je le veux». Et ainsi commence le tourment du désir.

Confrontons cette réalité, ne nous en éloignons pas. La pensée tente de s'emparer d'une perception pour la rendre permanente, elle veut la stocker dans l'entrepôt. Ma maison, ma voiture, ma femme. Tout ce processus d'identification qui fait la vie de l'ego. Et tant que nous sommes attachés à ces pensées, nous ne faisons réellement l'expérience de rien du tout.

Comment faire l'expérience de quelque chose, beau ou laid, sans que la pensée ne s'en empare «je dois l'avoir» ou «je dois l'éviter»? Comment observer le lac et ses magnifiques reflets sans que la mémoire ne tente de s'en emparer? Si vous êtes tout à fait identifié à vos sensations, cela ne sera pas possible, mais si vous souhaitez la vérité de tout votre être, ce sera différent. Alors il sera possible d'être simplement conscient de la beauté et de la laideur sans tenter d'en faire quelque chose. Quand vous comprendrez, profondément et pas seulement au niveau de la pensée qui tente déjà de s'emparer de ce que vous lisez à l'instant, quand vous comprendrez le processus du désir, la mécanique de la mémoire cessera et le chagrin avec elle.

Alors l'amour vrai pourra apparaître.

J. Krishnamurti