Silverstone
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Jidhu Krishnamurti

     
   

Déisme

   

Bonjour,

Je tenais à connaître votre avis sur le Déisme, c'est-à-dire la croyance en un Être qui ne se révèle que par son être et non par l'intermédiaire d'une quelconque révélation religieuse (Dieu est, point final).

À bientôt.



Pourriez-vous envisager la possibilité d'une «révélation» de votre être propre sans l'intermédiaire de mon avis ni d'une quelconque déité?

J Krishnamurti


Je ne crois pas qu'il y ait un être en nous, dans le sens ou nous ne sommes rien d'autre que ce que nous faisons. Nous existons, puis nous sculptons notre devenir par nos actes.

La déité prend place au niveau de l'existence. Le mot désigne celui par qui toute chose est, sans que ma croyance tourne du «par lui» au «pour lui» (religion).


Qui vous parle «d'un être en vous»?


Vous n'entendez pas ce qui est dit et y appliquez ce que vous croyez entendre.

Soyez attentif.

Vous êtes l'être en vous, pourquoi en créer un autre?

Votre existence est l'être dont vous parlez.

Vous êtes l'existence et toute autre spéculation est une forme de la pensée.

L'existence ne se pense pas, elle n'a pas besoin d'une déité pour se valider.

Votre préférence à un être plutôt à l'extérieur de vous qu'à l'intérieur est une de ces jongleries mentales dont on raffole quand on tente d'exister par la pensée.

Trouvez le courage d'explorer l'existence que vous êtes, sans dépendre des pensées que vous avez et, si vous êtes sérieux dans votre recherche de vérité, vous fréquenterez moins les sentiers battus de la misère humaine et religieuse.

J Krishnamurti


Bonjour,

Vous semblez ne pas mettre de distinction entre «être» et «exister».

La matière existe, mais elle n'est pas. L'humain existe, et il est.

Dieu serait «l'existant», «l'étant», Celui qui est.

D'ailleurs je ne peux constituer mon être que par ma pensée. Comment être indépendant de ce qui constitue mon être?

À la prochaine!


Vous énumérez les pensées auxquelles vous êtes attaché.

Et si votre attachement est grand, bien que vous posiez des questions, vous n'entendrez que vos propres réponses.

Je ne dis pas que mes réponses sont meilleures que les vôtres, mais que le dialogue que vous engagez avec moi n'a de valeur que dans la mise à l'épreuve de vos certitudes. Si vous me dites «dieu serait...», par exemple, je sais à vous entendre que vous ne parlez pas d'une expérience personnelle, mais d'une pensée. Votre pensée, coupée de l'expérience qu'elle évoque, est morte. Elle n'existe que par l'attachement que vous lui portez.

Toute pensée est ainsi, une sorte de bouée de sauvetage pour ceux qui craignent de se noyer dans l'expérience directe d'une réalité.

Si vous voulez réellement, et sincèrement, savoir s'il y a une distinction entre «être» et «exister», il faudra alors que vous en fassiez l'expérience.

Ce que je vous dit n'est donc qu'une indication, vous faites l'expérience et mes paroles n'y seront pour rien, et vos certitudes non plus.

Ceci étant dit, la distinction dont vous parlez n'est pas en rapport avec être et exister mais avec être et ce que vous appelez «dieu».

Vous semblez chercher un dieu qui serait un être transcendantal et je vous renvoyais à la possibilité d'un être immanent.

L'être que vous cherchez parce que vous pensez qu'il est là plutôt qu'ici, n'est qu'une vue de l'esprit.

L'être, dans l'expérience que vous pouvez en faire, n'a pas besoin de la pensée. Vous pouvez être sans penser. Il y a toutes sortes d'êtres (les animaux par exemple) qui n'ont pas de pensée structurée et qui ne constituent pas leur existence par la pensée. Votre propre être existe par lui-même sans le secours de la pensée. Il y a d'ailleurs des espaces du sommeil qui sont sans pensée mais vous n'affirmeriez pas que vous n'êtes plus, ou que vous n'existez plus pour cela. Votre être est ce qui précède la pensée. Cet espace de l'être, avant la pensée, est un espace de silence où les grandes questions comme celles qui sont en filigrane de vos questions trouvent leurs réponses plus sûrement que par la cogitation mentale de l'esprit conditionné.

J. Krishnamurti


Bonjour,

Je continue donc cette discussion, avec cette fois-ci, une plus grande ouverture à votre vision du monde.

Vous me demandiez donc de passer d'un Dieu transcendantal à un Dieu immanent. Comment situez-vous donc son immanence?

Ensuite, en ce qui concerne la notion de l'être, elle me paraît toujours... vide... Exister sans être, je le comprends. Mais être sans penser... À mes yeux ce sont encore deux côtés de la même médaille...

Même dans l'exemple de l'animal, je reste dans l'idée que même ceux-ci possèdent un minimum de pensée...

Pouvez-vous m'éclairer?


En réalité, je ne parle pas de Dieu. Je vous propose donc d'abandonner cette image (au moins le temps de  notre dialogue), qui ne correspond à rien dans votre expérience pour l'instant, sinon comme une forme mentale de quelque chose qui vous attire mais dont vous ne savez rien.

Je parle de la possibilité d'explorer ce que vous êtes, l'être en vous, et de réaliser dans quelle mesure cette exploration pourrait vous rapprocher de ce que vous cherchez dans vos images.

Si l'animal possède une certaine forme de pensée, il ne détermine pas son existence à partir d'elles. Un animal ne réfléchit pas sa condition, son passé ou son devenir. Il est.

Nous, en tant qu'êtres humains, avons la capacité à penser les choses au-delà de ce que vous prêtez à un animal. Cette capacité est un outil en même temps qu'un piège dans lequel nous sommes tous tombés.

L'être dont je parle est celui qui n'observe pas son univers et ce qui l'entoure à partir de catégories mentales, d'étiquettes et qui peut donc avoir une relation non intellectuelle avec la vie.

Seule cette relation peut vous révéler la vérité, toutes les pensées ne sont que des spéculations, au mieux ou des fantasmes pour se sécuriser.

J. Krishnamurti


Bonjour,

Par quelle façon voulez-vous qu'on explore l'être en soi?

Jusqu'à maintenant, je crois comprends par vos dires que cette exploration ne doit pas se faire avec nos pensées. Alors quelle autre façon me proposez-vous?


Tout ce qui appartient à la mémoire est périmé. Contempler un paysage ou sa vie intérieure à partir de nos pensées, de nos souvenirs ou de nos concepts revient à mettre un écran devant ce que nous voulons observer.

Il y a une relation «scientifique» à l'arbre, qui nous permet de parler de l'arbre à partir de son nom latin ou de la dimension de ses feuilles par rapport à un autre arbre, et il y a la relation émerveillée qui provient de la perception de l'arbre sans la pensée.

La pensée peut jouer son rôle dans bien des situations, surtout si elle est délestée des préjugés et du passé mais dans la plupart des cas, l'écran de la pensée nous coupe simplement de la réalité.

Pour découvrir l'inconnu, il faut se libérer du connu.

Vous ne connaissez pas Dieu, vous en parlez comme un scientifique parle d'un arbre.

Le connu, c'est ce qu'on vous a dit sur «l'être» ou sur «dieu175, mais les avez vous rencontrés?

Vous croyez-vous condamné à ne connaître que les concepts qui entourent une chose ou serait-il possible de connaître cette «chose» directement?

Une indication vous est donnée ici de la possibilité d'un contact plus direct, moins cérébral, avec toute chose. Cette indication devrait suffire si vous souhaitez sérieusement découvrir ce que vous ne connaissez pas.

J Krishnamurti