Tmeriot
écrit à

   


Jidhu Krishnamurti

     
   

À votre appréciation

   

M. Krishnamurti,

Bonjour.

Ça me fait drôle de vous écrire (et peut-être de vous lire si vous avez un peu de temps pour me répondre).

Ça me fait drôle parce que depuis quelques années que je vous lis, je ne compte plus le nombre de fois où je vous ai parlé, où je me suis énervé (mais jamais mis en colère) contre vous, où je l’ai ramenée avant même d’avoir écouté et de m’être laissé transformé par cette écoute.

Mais aujourd’hui c’est différent. Je dialogue avec vous pour de vrai. Et le plus drôle, c’est que je n’ai pas de questions à vous poser. Vous vivez votre vie, vous témoignez de quelque chose qui vous bouleverse, et le hasard (ou plutôt d’innombrables causes, mais n’est-ce pas la même chose?) m’a fait tomber sur votre parole.

Je ne suis plus le même, mais je ne suis pas un autre. Ce qui cloche dans cette phrase, c’est le « je ». Ce que je découvre aujourd’hui, c’est que sur le site de Dialogus, il y a bien d’autres personnes qui «s’empoignent» avec le vivre et qui répondent au défi de vivre de bien des façons et qui témoignent de bien des façons. Il n’ y a pas que la vôtre. Sans doute l’avez-vous toujours compris. Mais pas moi. Je me suis enfermé avec vous. Ce n’était pas votre problème. Cela est arrivé à celui qui écrit ces lignes.

Mais qu’arrive-t-il si celui qui écrit ces lignes constate qu’un acte a lieu et que des actes ont lieu à chaque instant, mais qu’il n’y a pas une personne particulière qui fait quelque chose?

Au revoir Monsieur.



Peut-être, monsieur, le problème que vous évoquez à la fin de votre témoignage est-il plus dans le «vous» que dans le «je»?

Si vous vous sentiez enfermé dans le «je» et que vous choisissez de vous enfermer avec moi pour résoudre ce dilemme, il n'y a qu'un changement de cellule dans votre prison. Ce que je veux dire, et vous devez y avoir été attentif pour m'avoir lu si longtemps, c'est que votre référence véritable ne peut pas être ce que je dis, au-delà de cette écoute que vous mentionnez très justement en introduction de votre courrier.

Vous entendez quelque chose et cela devient une idée intéressante, un nouveau dogme. Ou vous entendez quelque chose et vous vibrez de tout votre être, en alerte jusque dans ses racines, parce que vous sentez qu'une vérité s'éveille en vous. Vous êtes intimement concerné par cette dernière révélation dans laquelle l'orateur que vous écoutez disparaît tout à coup en tant qu'autorité ou référence.

À partir de la première hypothèse, vous auriez créé une image et tenté de modeler votre univers à partir d'elle. C'est ce qui se produit le plus souvent. Dans la seconde hypothèse, vous êtes à l'aube d'une mutation profonde. Dans cette révolution, «des actes ont lieu» au sein desquels nous avons toute notre responsabilité.

J Krishnamurti