Monsieur Schings (Allemagne)
écrit à

   


Louis Antoine Saint-Just

     
   

Votre bon peuple

   
Vous vouliez la République vertueuse, mais la canaille révolutionnaire se moquait bien de votre vertu, comme de Robespierre. Belle vertu que de danser la carmagnole avec des têtes d'hommes et de femmes sur des piques! Ce qu'elle voulait, c'était surtout carte blanche pour les carnages et pour que personne ne puisse être plus riche, savant, intelligent, poli qu'elle ne pouvait l'être (voilà pourquoi c'est toujours facile de fanatiser le peuple, d'appeler à ses ressentiments les plus bas, contre les aristocrates, contre les juifs, contre ceux qui sont différents). Ils ont crié quand on a coupé la tête au roi comme ils ont fait la fête quand on a fait tomber celle de Desmoulins et de Danton, et la vôtre aussi. Rassurez-vous, aujourd'hui le «peuple» n'a d'autre souci que d'acheter une télévision plus grande et un portable encore plus cool, mais pour des festins comme au dix août 1792, on en trouvera toujours, et on appellera ça «vouloir de la justice sociale».

Dormez bien dans votre sommeil éternel, monsieur.


Digne réplique, venant d’un pays gouverné par les tyrans et en guerre contre la République. En effet, vous n’avez rien compris à la Révolution et n’avez rien appris depuis.

Adieu, Monsieur.

Monsieur,

Vous êtes très jeune encore. Si vous aviez eu le temps de vivre, de survivre même vous auriez peut-être appris qu'on ne peut pas tuer les hommes parce que les principes, aussi grands soient-ils, le réclament. Vous vous comportez et parlez comme un enfant en train de jouer avec ses soldats de plomb. Moi je n'ai rien compris à la Révolution, soit, mais vous, qu'avez-vous compris au-delà des belles phrases? Quant à mon pays, soyez tranquille: le tyran n'est pas le mien, je viens d'une petite république un peu endormie...

Je vous remercie néanmoins de m'avoir répondu, je sais que votre temps est précieux.

Soit, ne perdez donc point le vôtre pour des sornettes… et ménagez le mien par le même coup.



Monsieur,

Ayant changé d'adresse, on m'a fait parvenir votre réponse un peu tard. Elle est cependant digne de votre réputation, et je l'ai probablement méritée...

J'ai passé cinq semaines avec vos œuvres complètes. En bref, vous aviez raison, et moi, j'avais tort. Comme je devine que vous êtes complètement imperméable à la flatterie, ce n'est pas ma pauvre opinion sur vous, mais la vôtre (dans le cas où vous en auriez une) sur moi, qui compte.

Si vous m'accordiez encore une fois le droit de vous demander quelque chose, c'est sur votre enfance et sur monsieur votre père et son influence sur votre vie que je vous prierais de m'écrire...

Salut et fraternité