Vos rapports avec Camille Desmoulins
       

       
         
         

Héloïse

      Citoyen,
C'est pour moi un honneur de vous écrire. Je m' excuse pour mon français imparfait. Je voudrais savoir si votre hostilité envers Camille Desmoulins a été seulement de nature politique ou si elle cachait une forme de jalousie pour le rapport d'amitié qui avait lié Camille et Robespierre?
Merci pour votre temps,
Heloise.

 

       

 

       

Louis Antoine Saint-Just

      Citoyenne,

Lorsque je vois devant moi un rhéteur éhonté qui, revêtu par le peuple de la responsabilité sacrée du fondateur de la liberté, se sert des malheurs de la patrie pour en faire l'objet de son jeu d'esprit dans son infâme bout de papier nommé «journal», ce n'est guère de l'hostilité que je ressens à son égard, mais du dégoût profond. Celui qui prête sa plume à l'intrigue, qui parle effrontément en faveur des ennemis de la Révolution et réclame de la clémence pour eux, qui cherche à anéantir la confiance qui lie le peuple à son gouvernement lorsqu'une nuée de traîtres corrompus l'attaque, ne peut m'inspirer que l'horreur et le mépris. Ce n'est point ce sentiment ridicule d'animosité malsaine enviant un lien d'amitié auquel vous semblez faire allusion et sachez par ailleurs que cette amitié appartenait entièrement à un passé révolu. La seule jalousie qui pourrait y prendre place est celle de la réputation et de la gloire d'un représentant du peuple aussi pur et exemplaire qu'est Maximilien, qui risquerait d'être souillée par l'ombre même d'un personnage aussi répugnant et bas que Desmoulins. Quel révolutionnaire sincère pourrait le souffrir ? 

Salut et fraternité, citoyenne,

Louis Antoine Saint-Just